3 couples de filles dévoilent le secret de leur recette

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Trois couples différents vivant de belles histoires d'amour. Trois couples qui nous livrent les secrets de leur bonheur.

Mylène & Nadine

Elles se sont rencontrées le soir de la Saint-Sylvestre il y a six ans. Encore sous l'effet destructeur de Suzanne, un amour impossible, Mylène se rend à contre-cœur chez Catherine, une amie d'une amie. Elle s'y rend sans enthousiasme, sans se douter, bien sûr, qu'elle y rencontrerait Nadine, la femme de sa vie. Elles avaient entendu parler l'une de l'autre, sans y faire attention. «Vous savez comment est la communauté: les amies des amies font partie de la gang, sans qu'on les connaisse!»
Mylène est bibliothécaire, «la profession où l'on retrouve le plus de lesbiennes!», se plaît à dire cette femme d'allure BCBG de 36 ans. Elle mène une vie très rangée avec sa conjointe Nadine. Elles habitent un magnifique condo sur le bord du Richelieu. Elles voyagent, jouent au tennis, vont souper chez les parents de Nadine tous les dimanches midi... La belle vie, quoi. «Des fois, je me trouve plate, je voudrais m'impliquer, faire quelque chose dans la société. Puis, je change d'idée et je retourne dans mon confort. C'est moi, ça, la petite vie tranquille.»
«Franchement, d'aller à ce party a changé ma vie! Je ne le regrette pas! Ce fut un coup de foudre instantané et réciproque», dit Mylène. «Bien que nous n'ayons pas tout de suite commencé à sortir ensemble officiellement, nous faisions presque tous les jours des activités. Puis, j'ai commencé à aller coucher chez elle, sous prétexte que c'était moins loin pour aller travailler.»
Malgré la belle chimie entre elles, les débuts n'ont pas été facile, parce que Nadine ne s'acceptait pas comme gaie.
La belle avocate aux yeux d'ébène s'était toujours caché son homosexualité. «Je ne suis jamais vraiment sortie avec un gars. Je m'étais fixé des critères irréalistes et personne ne pouvais y cadrer. J'amplifiais un défaut: il n'était pas assez grand, il portait une marque de vêtements que je n'aimais pas, etc. Ridicule. Mais, je n'avais jamais pensé que je pouvais aimer une femme. J'avais des amies gaies ,mais dans mon déni, je n'avais même pas imaginé que je puisse l'être.»
La rencontre avec Mylène a tout chambardé. «Je ne l'acceptais pas, j'hésitais. Quand, enfin, j'ai privilégié ma relation avec Mylène, je me suis mise à paniquer: "dois-je le dire? Ma mère ne le prendra jamais. Qu'est-ce que je vais faire au bureau?" La première année a été éprouvante. Mais maintenant, bien que je n'en parle pas encore ouvertement, je suis bien dans ma peau», confie-t-elle.

Quelle est donc la recette de ces années de bonheur?
Mylène: «Mon Dieu, je ne sais pas quoi répondre! Je suis gênée par votre question parceque je n'ai pas de réponse, sinon des banalités! (hésitations...) Je dirais qu'il faut tomber sur la bonne personne! C'est peut-être idiot, mais c'est tout ce que je trouve. J'ai connu des amours impossibles, troublants, romanesques. J'attribue les échecs au fait que ce n'était pas la femme prédestinée. Avec Nadine, tout est simple. On se complète merveilleusement bien, sans efforts.»
Nadine: «Je pense qu'il faut savoir marcher sur son orgueil. Au début, j'avais tendance à bouder quand ça ne faisait pas mon affaire. Je ne parlais pas pendant des jours... J'ai appris que ce comportement ne menait à rien et qu'il était ridicule.»
Mylène: «Mon père m'a appris qu'il ne fallait pas se coucher quand on avait quelque chose sur le cœur. J'applique cette règle et s'il y a eu un malentendu, une frustration, nous ne nous couchons pas avant de l'avoir réglé. Mais c'est rare, nous nous entendons sur tout!»

Et la fidélité?
Mylène: «Elle va de soi. Je n'ai jamais eu d'aventures, je n'ai jamais eu de kick sur une autre en six ans... Alors, nous n'en avons pas discuté. Mais, pour moi, c'est important.»
Nadine: «Mon travail me porte à voyager à travers le monde et les gens pensent que j'ai beaucoup d'occasions. C'est faux! Ça ne me vient pas à l'esprit que je puisse avoir un béguin ou une histoire extraconjugale. C'est hors de question!»
Je quitte le charmant couple en me disant que les gens heureux n'ont pas d'histoire(s)!

Cynthia & Tina
Leur histoire d'amour ressemble à un scénario de film. Elles doivent se pincer tous les jours pour bien le réaliser! Cynthia vivait une relation hétérosexuelle et après la naissance de la petite, elle a commencé à réaliser qu'elle était attirée par les femmes. Puis, elle a laissé la business familiale pour devenir agent de sécurité! La vie qui change du tout au tout.
Elle commence à naviguer sur le Net, cherchant des explications sur la vie gaie. Elle découvre les chats. «Dès mes premières discussions sur le chat, j'ai connu Tina, qui vivait au Massachussetts. Nous avons convenu de nous rencontrer à mi-chemin, soit à trois heures de route chacune, dans un petit hôtel du Vermont. Bang! Le coup de foudre!»
Pendant un an, elles se retrouvent à toutes les fins de semaine au même endroit, à mi-chemin. «Je partais tous les vendredis soirs tout de suite après le travail, et nous ne nous quittions pas pour deux minutes jusqu'au dimanche soir!»
Ce train d'enfer a fini par devenir insoutenable. «C'était de plus en pus difficile de nous laisser le dimanche soir. Je pensais devenir folle! J'ai demandé à Tina de venir demeurer avec nous, ma fille et moi.»
Que faites-vous pour régler les différents?
Cynthia: «Nous sommes deux têtes de cochons! Nous avons tendance à demeurer sur nos positions. Seule la communication peut régler les chicanes avant que des conflits ne s'installent.»

Qu'est-ce qui est plus difficile dans la vie à deux?
Cynthia: «Les PMS! Comme je n'ai jamais demeuré avec une femme, je trouve les PMS difficile à vivre! Avec une femme tu ne peux pas dire laisse-faire on va en parler plus tard comme je le faisais avec un gars.»
Tina a tout laissé tomber pour venir s'installer au Québec: la job d'infirmière, l'ex et son garçon, qu'elle considérait presque comme le sien, ses parents, ses amis. Bien qu'elle s'ennuie des siens, elle ne le regrette pas une seconde!
Cynthia: «Nous avons comme priorité une vie familiale réglée et nous vivons notre amour en toute quiétude. Quand on aime vraiment quelqu'un, la routine ne s'installe pas, il n'y a rien qui soit plate! Et en plus, Tina est la blonde idéale, elle est patiente avec la petite.»
Elles se sont installées en banlieue, à Valleyfield. Pour Tina, l'adaptation est difficile, parce qu'elle ne parle pas français.
La seule ombre au tableau est la crainte de l'immigration. Munie d'un visa temporaire, Tina ne sait pas si elle va pouvoir immigrer facilement. Comme les unions gaies n'ont toujours pas de valeur légale, son statut est précaire. «Nous vivons au quotidien, toujours en état d'urgence. Nous essayons de ne pas trop penser à plus tard», confie Cynthia.
La veille de la Saint-Valentin, elles se marieront à l'Eglise communautaire du Village. «Nous tenions à avoir une union sainte pour nous faire une promesse mutuelle. Je n'ai jamais voulu me marier et dire "oui" pour la vie. Je n'ai pourtant pas hésité quand Tina m'a proposé le mariage.» Pour elles, la fidélité est très importante et l'exclusivité est essentielle pour la santé du couple.
Cynthia considère qu'une relation de couple entre femmes est plus exigeante à vivre qu'un couple de deux personnes de sexe opposé, d'autant plus qu'elles doivent se battre pour des questions légales et sociales. «Mais la satisfaction de vivre un bel amour et d'avoir ne vie si riche est le plus beau cadeau!», termine Cynthia.
Cynthia et Tina vous invitent à leur écrire pour avoir du soutien ou de l'information sur l'immigration à l'adresse internet : [email protected]


Josiane et Jacinthe
Les «deux J», comme les appellent affectueusement leurs amies, sont ensemble depuis 12 ans. Elles habitent un appartement du Plateau et toutes les deux travaillent dans la restauration. Après leur journée de travail, elles se retrouvent au resto ou dans les after-hours. Nos deux oiseaux de nuit se considèrent «sur la même longueur d'ondes, ce qui permet à notre couple à s'épanouir», dit Josiane.
Jacinthe a toujours refusé le pattern social. Toute jeune, elle fumait du pot et se jurait qu'elle ne vivrait pas une vie plate et triste comme les petits couples standards. «Les carcans, les engagements bidons me font peur. Les promesses, les "je te le jure, je vais t'aimer" sont futiles, presque immoraux!» ajoute-elle. Pour elles, la définition de l'amour va bien au-delà de ces principes dépassés.

En 12 ans, avez-vous eu des périodes difficiles?
«Bien oui! Ce n'est pas parce qu'on s'aime que la vie est un conte de fée. Jacinthe, par exemple, a eu une période de fuite. Elle voulait tout laisser tomber dès qu'elle vivait une contrariété. Les troisième et quatrième années ont été les plus dures. On s'est laissé au moins 111 fois!»

Et la fidélité?
(rires gênés) Jacinthe: «En fait, au début, on s'est fait croire que la fidélité était importante. Un jour, Josiane m'a dit qu'elle me trompait. J'ai voulu mordre, me sauver. Ma jalousie me rendait folle... Jusqu'au jour où j'ai eu, à mon tour, un désir pour une autre. Cette attirance n'altérait pas mon amour pour Josiane. Nous avons eu une bonne discussion et notre relation a pris un autre tournant.»
Josiane: «Nous avons maintenant une relation ouverte, c'est-à-dire que l'exclusivité n'est pas de mise dans notre couple. Je sais que la majorité des filles sont fidèles... Heu (rires) J'veux dire qu'elles se disent fidèles! Notre couple semble dysfonctionel pour certaines. Pourtant, nous nous aimons depuis 12 ans. Nous sommes loyales l'une envers l'autre et honnêtes. Cela vaut bien mieux.»

Quelle est la recette de votre couple heureux?
Josiane: «La base de nos liens est la communication. J'ai une maîtresse régulière depuis un an et Jacinthe la connaît. Tout se vit en harmonie parce que nous savons communiquer et ne pas accumuler.»
Jacinthe: «J'applique le principe du Tourne la page. Quand quelque chose cloche, nous en parlons, puis nous oublions. C'est la seule façon pour réussir. Mettre de l'eau dans son vin et tourner la page.»

Es-tu en train de me dire que la relation ouverte est difficile ?
Jacinthe: «Non, le quotidien est plus dur à dealer que la maîtresse! Je n'ai pas la prétention de m'imaginer que je peux satisfaire Josiane sur tout et en tout! Mais je sais qu'elle est la femme de ma vie, que nous serons probablement ensemble pour longtemps. Et cela n'empêche pas que nous ayons des amies et des amantes. Je ne crois pas que possessivité et amour font bon ménage.»