Le barebacking ou la pratique du sexe sans protection

Au-delà du condom

Yves Lafontaine
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Stéphane a un secret : il n'utilise jamais de condom. «Je ne peux pas, dit-il. J'ai de la difficulté à garder mon érection quand j'en porte un. En plus, je trouve que ce n'est vraiment pas excitant au toucher». Dans son cercle d’amis, il s’imagine ne pas être le seul, qu’il doit bien y en avoir d’autres comme lui. «Mais on ne parle pas de ça. On parle souvent de cul, presque tout le temps, même (rires). On parle de nos baises, de nos chums, mais on ne parle pas de si on met ou non un condom quand on encule quelqu’un ou si on demande que notre partenaire en mette un quand on se fait enculer. C’est un peu comme si on ne voulait pas savoir si chacun de nous est le seul à faire ça...» Effectivement, Stéphane n’est pas seul. Parmi les participants de la Cohorte Oméga — tous des séronégatifs —, un peu plus de 3 % des hommes ayant des partenaires occasionnels n’ont jamais utilisé de condom lors de leurs relations anales au cours des 6 derniers mois. La proportion grimpe à 20 % lorsqu’ils l’ont fait avec des partenaires dits réguliers (selon Oméga, des partenaires de plus d’une relation sexuelle). Dix-huit ans après le début de l’épidémie et après une décennie de messages encourageant des pratiques sexuelles plus sécuritaires, on observe, ici et ailleurs en Occident, un nouveau phénomène au sein de la communauté des hommes gais : le barebacking, ou la pratique du sexe sans condom malgré la possibilité consciente d’un statut sérologique positif du ou des partenaires. Et les adeptes de cette pratique, on les nomme « barebackers ». D’aucuns considéreront cette pratique comme de la folie pure et le simple fait d’en parler dans Fugues comme dangereusement absurde, voire irresponsable, car susceptible de la propager. Mais, comme cette pratique semble croître en popularité, ici même au Québec — particulièrement chez les moins de 40 ans —, il nous apparaît important d’aborder la question et d’essayer de comprendre ce qui pousse certains gais à risquer ainsi leur vie. La pratique du sexe sans protection a évidemment toujours existé, avant et après le début de l’épidémie — malgré les campagnes de prévention du sida —, mais le fait d’en parler plus ouvertement est plus récent.

Définir le débat
Scott O’Hara, écrivain et vedette de films porno, aujourd’hui décédé du sida, a sans doute été le premier à parler du barebacking et à se porter à sa défense. Dans un éditorial publié en 1995 dans la revue qu’il avait fondée, Steam, O’Hara écrivait : « J’en ai assez d’utiliser des condoms, je ne le ferai plus (...) et je ne ressens pas le besoin d’encourager les séronégatifs à le rester. »
Depuis, O’Hara et quelques autres séropositifs ont réitéré leur position dans le contexte d’entrevues pour des magazines comme POZ et Advocate, exhumant, chez certains, le souvenir lointain de l’ère pré-sida, alors que l’on baisait peau contre peau et partageait le sperme, pour en récupérer le sens symbolique. Évidemment ces déclarations contre l’usage du condom étaient juste ce qu’il fallait pour abasourdir et exaspérer une bonne partie des gais qui se sont battus pendant toutes ces années pour réduire le taux d’infection. C’est sans doute pourquoi, depuis son apparition publique dans les médias, la pratique du barebacking a été à la fois condamnée et exploitée par ceux-ci. Le quotidien de Québec Le Soleil ne titrait-il d’ailleurs pas dans son édition du 2 décembre : «Les jeunes gais branchés cherchent le virus du sida», sans que cela ne soit le véritable sujet de l’article et sans que soit contextualisée cette pratique? Et ceux qui ont dévoilé leurs pratiques sexuelles, comme Tony Valenzuela (voir encadré en page 88), sont devenus des parias.

Des défenseurs du libre choix, comme le groupe américain Sex Panic!, ont été accusés d’irresponsabilité, voire d’incitation au meurtre (entre autres par l’activiste et auteur Larry Kramer), après avoir donné la parole à des barebackers lors d’événements publics. Pendant ce temps, la tenue, aux États-Unis — et, semble-t-il, également au Canada — de «partys de séro-conversion» (où des hommes séronégatifs se font enculer par des hommes séropositifs dans l’espoir d’une séroconversion), ont fait entrer dans le vocabulaire les termes suivants : bug chasers (des hommes séronégatifs désirant devenir séropositifs) et bug givers (des hommes positifs disponibles pour répondre au souhait des premiers).

Si certains ont d’abord utilisé le terme barebacking pour décrire toutes les pratiques sexuelles sans condom, la plupart définissent maintenant le barebacking comme la conjugaison du désir et de l’érotisation de la pénétration anale non-protégée avec un partenaire potentiellement séropositif ou connu comme tel. Différente d’une défaillance occasionnelle, d’un oubli du condom pendant une nuit sous l’effet de l’alcool ou de drogues, ou d’un relapse, la pratique du barebacking est l’actualisation d’une décision prise en toute connaissance de cause de jouir sans honte de la baise sans protection.

Dans un document de travail produit pour le Sommet sur la santé des hommes gais (The Gay Men’s Health Summit), qui s’est tenu en août dernier au Colorado, on définit le barebacking comme «un niveau sophistiqué d’organisation autour de la préméditation, de l’érotisation et de l’identité sociale basée sur le sexe anal sans condom». En effet, ceux qui se définissent comme des barebackers ne regrettent pas leur expérience après coup, comme c’est souvent le cas lors d’une défaillance occasionnelle. Toujours selon ce document, le barebacking implique «un choix informé et une prise de décision consciente».

Au cours des dernières années, on a vu naître, aux États-Unis, une véritable sous-culture dotée de son réseau social spécifique. Si plusieurs spécialistes de la santé, observateurs et militants considèrent qu’il est prématuré de dire qu’il existe vraiment une communauté bareback, cela n’est pas l’avis de Michael Scarce, auteur de Smearing the Queer : Science and Gay Male Sexual Health et de l’étude Male on Male Rape : The Hidden Toll of Stigma and Shame et l’un des défenseurs du barebacking les plus articulés.

«La presque totalité des organisations de santé ne savent presque rien du barebacking en tant que sous-culture : ses normes, son fonctionnement, ses motivations, le profil démographique de ceux qui s’y adonnent et ainsi de suite. Il existe plusieurs études quantifiant le nombre et la fréquence d’actes sexuels anaux sans condom, mais aucune qui fasse une distinction entre le barebacking et le sexe occasionnel sans protection.»

Depuis les dernières années, grâce aux études sur les hommes gais séronégatifs comme la Cohorte Oméga, nous savons que plus de 3 % des hommes ayant des partenaires occasionnels n’ont jamais utilisé de condoms lors de relations anales durant les 6 derniers mois. La proportion grimpe à 20 % s’ils l’ont fait avec des partenaires réguliers.

Cependant, ce que n’indiquent pas les chiffres de la Cohorte, c’est quelle proportion du sexe sans protection est véritablement du barebacking. Et, plus important, si les participants ne taisent pas — comme certains experts le croient — ces pratiques par crainte de se sentir jugés par les intervenants ou tout simplement par déni. Quoi qu’il en soit, et même s’il est actuellement difficile de chiffrer l’importance réelle du phénomène, le barebacking semble avoir fait son entrée au Québec.

Qui sont-ils ?
Cette nouvelle culture sexuelle qu’est le barebacking s’est développée et organisée autour de la philosophie du sexe sans protection dans le contexte du VIH/sida dans la communauté gaie. Il s’agit d’un courant encore underground, certes, mais qui semble compter de plus en plus d’adeptes, ici même au Québec. Cette sous-culture évolue principalement sur Internet et, dans une moindre mesure, sur les lignes téléphoniques de rencontres. Libérés de la stigmatisation qui reste attachée à la proposition de demander ouvertement de pratiquer le sexe sans protection, les adeptes de barebacking peuvent, grâce à Internet et aux lignes de rencontres, fantasmer, faire des expériences et, s’ils le désirent, prendre contact avec d’autres pour réaliser leur fantasme.
« Je sais que je prends un risque », lance Stéphane, bien assis dans mon bureau en ce samedi d’octobre, m’ayant confié plus tôt croire être toujours séronégatif, même si son plus récent test datait de plus d’un an. « Mais est-ce qu’on ne prend pas plus de risques en conduisant une voiture qu’en baisant sans condom ? Les chances que je me fasse tuer lors d’un accident de voiture sont en fait assez élevées. Et c’est un risque que tous les autres automobilistes et moi prenons. Ça nous semble en valoir le risque. Même chose avec le cul. »

Lisant la surprise sur mon visage, il ajoute : «Si je décide de ne pas mettre ma ceinture quand je conduis, personne ne devrait s’en offusquer. La seule personne qui prend un risque, c’est moi.» Stéphane encule quand il baise avec des gars séropositifs. C’est, dans son esprit, un niveau relativement bas dans l’échelle de risque. Il est arrivé au barebaking à travers une série de relations de couple avec des gars séropositifs à la suite desquels ses tests demeuraient négatifs. Il s’est finalement dispensé de porter le condom. «Avec mon second chum séropositif, j’ai décidé de ne plus du tout utiliser de condom, dit-il. C’est moi qui l’ai convaincu ».

Stéphane est l’un des huit gars pratiquant le barebacking à avoir accepté de me rencontrer pour en parler. Je suis entré en contact avec eux (et avec une centaine d’autres qui ont, poliment ou non, refusé l’offre), en «chattant» sur deux populaires «chats» gais québécois. Tous, sans exception, avaient inscrit dans leur profil qu’ils désiraient une relation sexuelle non protégée («sans capote», «top bareback», «skin contre skin», extrême bb).

Pour Erik, un autre gars avec qui j’ai discuté longuement, «le barebacking est une expérience extrèmement excitante. Le feeling de la peau contre la peau... Pour moi, ça serait très difficile de retourner au condom.» S’il met de côté celui-ci, Erik se considère tout de même prudent. Contrairement à la plupart des gars avec qui j’ai discuté, c’est le seul à avoir spécifié rechercher un gars séronégatif en santé. «Je sais, ça peut sembler totalement épais, mais j’ai confiance dans les gars avec qui je baise. Sinon, je ne baise pas avec eux. S’ils sont honnêtes et qu’ils me disent la vérité, je le sens. Et si je sens qu’ils pourraient ne pas me dire la vérité, je renonce...»

Mais tous ne sont pas comme Erik. La plupart des barebackers ne spécifient pas le statut sérologique des partenaires qu’ils recherchent. En effet, lors de mes recherches sur Internet, je me suis fais passer à plusieurs reprises pour quelqu’un recherchant une rencontre bareback, et jamais on ne m’a demandé mon statut sérologique...

De toute façon, «les stratégies de réduction de méfaits sont des concepts de contrôle de risques qui ne sont pas réellement valables», selon Michael Hendricks, activiste et militant de longue date. « Il est illusoire de croire qu’on peut, en regardant quelqu’un, éliminer les risques de transmission du virus. C’est croire qu’une personne de belle apparence est nécessairement plus en santé que les autres. Ça, c’est un mythe dangereux qui peut également inciter à la discrimination ou à la ségrégation selon l’apparence ».

Les raisons
Plusieurs experts désignent les trithérapies, l’arrivée des essais vaccinaux et, dans une moindre mesure, le traitement prophylatique post-exposition — improprement désigné comme la «pilule du lendemain» — comme responsables de la pratique du barebacking, parce que ces traitements et essais ont répandu l’idée que le sida était devenu une maladie chronique.

L’avocat David Thompson, du Centre de bioéthique de l’Institut de recherches cliniques de Montréal, est l’un d’entre eux. «À force de laisser miroiter l’arrivée d’une nouvelle ère de la maladie ou, même, de la fin du sida, on encourage la population à moins se protéger contre le VIH». Il pense que les trithérapies ne sont pas les seules responsables : «Les essais vaccinaux anti-sida, tels que l’Aidsvax deVaxgen, peuvent également donner l’impression que l’on n’est pas éloigné d’une cure au sida.» La réalité est évidemment toute autre. «Dans le cas du Aidsvax, il ne s’agit que d’une expérimentation. On est loin d’être sûr que le vaccin fonctionne.»

Certains adeptes du barebacking s’opposent cependant à l’explication de l’émergence de cette pratique par l’arrivée des trithérapies et des essais vaccinaux. « Je pense que la pratique du sexe sans condom était inévitable », explique Richard, jeune professionnel de 33 ans et barebacker. «Les nouveaux médicaments aident les sidéens à vivre plus longtemps — j’en suis d’ailleurs la preuve —, mais de toute façon, plusieurs d’entre nous (les gais) en avaient assez d’utiliser des condoms. Après tant d’années marquées par le doute et l’impression qu’il ne nous reste que peu d’années à vivre, nous ne voulons plus affronter la vie, emprisonnés dans un condom.»

Parallèlement, les progrès dans les traitements amplifient certaines incertitudes. Selon Michael Scarce :«Le rapport entre le VIH présent dans le sang et le VIH présent dans le sperme reste obscur, et beaucoup de barebackers continuent d’espérer, mais sans en être sûrs, qu’une charge virale indétectable dans leur sang ou dans celui de leur partenaire pourrait réduire le risque de transmission.» C’est sans doute pour cela que les questions que l’on pose le plus souvent aux médecins et autres spécialistes de la prévention — comme le faisait remarquer Réjean Thomas (dans une récente entrevue qu’il nous accordait) — ne portent pas sur les modes de transmission en général, mais plutôt sur ces zones d’ombre que sont la fellation, le retrait avant de jouir, le liquide pré-séminal (pre-cum), et ainsi de suite. Le discours qui classe les pratiques sexuelles en deux catégories seulement, «haut risque» et «faible risque», laisse de nombreux gais, dont les pratiques se situent souvent entre ces deux extrêmes, sans grand soutien dans leurs attitudes sexuelles.

Pour plusieurs adeptes du barebacking, c’est le sens de la sexualité « peau contre peau » qui semble compter le plus. Pour ses adversaires, ce sont plutôt ses conséquences : le risque de maladies, mortelles ou non. Généralement, l’opinion publique classe la pratique du barebacking dans le sexe non protégé, par opposition au sexe plus sûr (sécurisexe). Dans notre effort pour tenter de comprendre pourquoi certains choisissent d’éliminer les préservatifs, il est extrêmement utile d’appréhender cette pratique différemment, soit en considérant que, sur l’échelle du risque, il y a différents degrés de protection et de dangers. Par exemple, sucer est un risque moindre que de jouir dans un cul; se retirer avant d’éjaculer est plus sûr que d’éjaculer dans un cul.

Il est important de souligner que les préjugés s’accroissent parallèlement au risque d’infection. Si la pratique du barebacking entre séropositifs suscite rarement plus qu’un froncement de sourcils (bien que le risque de ré-infection soit là), il n’en va pas de même si les partenaires sont sérodiscordants (de statut sérologique différent). On n’hésite pas, alors, pour employer des termes comme « inconscience », « folie » ou même « meurtre ».

Mais, après 18 ans d’hécatombe, les homosexuels, quel que soit leur statut sérologique, ont sans doute une relation très complexe non seulement avec le sexe sans protection, mais avec le virus lui-même.

Selon Claude Cyr, de Séro Zéro, «pour certains gais séronégatifs, il existe des sentiments qui les attirent vers le virus, notamment la culpabilité du survivant ou un sentiment fataliste que la séroconversion est inéluctable».

D’ailleurs, à entendre Peter, un gai de 31 ans, on comprend cette ambivalence : «Pendant longtemps, j’ai eu tellement peur de devenir séropositif que le jour où c’est arrivé, je me suis senti presque soulagé. Et alors, j’ai décidé que je ne voulais pas passer toute ma vie sans baiser comme j’aime.» Pour certains séropositifs, se libérer des condoms avec des partenaires séropositifs présente un certain attrait. Le slogan des barebackers inventé par Steven Gendin il y a plus de deux ans dans un article de POZ et qui, malgré son humour noir, a fait boule de neige depuis, résume assez bien leur état d’esprit : «Être membre a ses privilèges.»

Que faire?
Pour Michael Scarce, il est important de ne pas stigmatiser les barebackers, même si on peut avoir de la difficulté à comprendre leur choix. «Une approche, autrement plus productive, serait que les acteurs de la prévention se familiarisent avec cette pratique. Qu’on le veuille ou non, des individus vont continuer à le faire, et ils auront droit à une information sur les stratégies pour diminuer les risques. Reconnaissant que les pratiques non protégées ont leur propre échelle de risque, une approche du barebacking par la réduction des risques devrait permettre aux individus de faire des choix plus éclairés». Lors d’une conférence en 1998 de la National lesbian and Gay Health Association, Scarce a d’ailleurs mis au point une ébauche de modèle : Réflexions sur le barebacking plus sûr. Cette approche qui suggérait d’éviter certaines substances (poppers, viagra), conseillait l’usage d’une grande quantité de lubrifiant pour limiter les fissures, proposait de rationner le nombre de partenaires et suggérait d’éjaculer à l’extérieur du cul et de se faire vacciner contre l’hépatite, a suscité la colère de plusieurs experts américains de la prévention, qui craignent que les barebackers, ayant rejeté une partie de la stratégie officielle de prévention, les rejetteront toutes dans une insouciance aveugle tôt ou tard.

Par essence, le barebacking représente un défi énorme sur le plan de la prévention. Il est extrêmement difficile d’établir la limite entre les droits des personnes qui font des choix extrêmes pouvant potentiellement créer un fardeau collectif par les coûts astronomiques des thérapies sur l’assurance-santé collective et le coût réel supporté par nous tous. Et, au niveau éthique, il faut se questionner sur la responsabilité des séropositifs et des séronégatifs. Une démarche limitée à la seule réduction des risques ne saurait pas nécessairement répondre aux défis que nous posent le barebacking.

S’il est facile de constater qu’il y a encore beaucoup à faire, il est en revanche beaucoup plus difficile d’apporter des réponses concrètes en matière d’innovation. S’il est essentiel de renouveler et de mettre à jour, régulièrement, l’information sur le sida et de la rendre disponible à la population, l’information ne suffit plus pour prévenir que des gais s’exposent, de manière ponctuelle ou régulière, à un risque majeur de contamination. Il faut essayer de comprendre les mécanismes en œuvre derrière cette réalité.

Pour y arriver, il faudra répondre en tant que communauté à plusieurs interrogations : Qu’est-ce qui motive des gais à baiser sans condom avec des partenaires dont ils ne connaissent pas le statut sérologique? De quel genre d’aide les gais ont-ils besoin par rapport aux zones de risques incertains? Quelles sont les différences d’attitudes face aux relations sexuelles, entre les séropositifs et les séronégatifs, vis-à-vis de la révélation de la séropositivité ou de la transmission du VIH? Quels sont les problèmes rencontrés par les hommes qui négocient le risque, par exemple en n’utilisant pas de condom avec des personnes de même statut sérologique ? est-ce que la relation au risque est différente chez les jeunes gais? Chez les gais qui ont vécu l’ère pré-sida? Chez ceux qui ont des proches séropositifs et chez ceux qui n’en ont pas ?

Il faudra également, un jour, aborder plus ouvertement le rôle que l’on attribue aux séropositifs et aux séronégatifs. En effet, on demande aux séropos de dévoiler leur statut sérologique et aux séronégatifs de se protéger. Selon Yves Jalbert, de la COCQ-SIDA, «on a cantonné les gens dans des rôles bien définis depuis trop longtemps, par les campagnes de prévention passées. Quand on regarde les 15 dernières années de prévention, on remarque que les gais sont souvent mal à l’aise d’aborder avec leurs partenaires la séropositivité, la prise de médicaments, l’utilisation du condom et la pratique du sexe anal».

Dans le processus de réflexion, il est important de ne pas accentuer la division entre séropositifs et séronégatifs et de ne pas ramener le concept des bons et des mauvais séropositifs, ceux qui font attention de ne pas contaminer leurs partenaires en opposition à ceux qui ne prennent pas de précautions ou pas suffisamment. La division de la communauté n’est surtout pas quelque chose de souhaitable si l’on veut en arriver à une solution.