Finalement le dégel?

École et homosexualité

André-Constantin Passiour
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L'homosexualité à l'école est longtemps restée un sujet tabou. Des études révèlent pourtant qu'environ 30% des suicides chez les adolescents, donc chez les étudiants, sont reliés à l'acceptation de l'orientation sexuelle et à la difficulté à la vivre. Il y a donc quelque chose qui cloche, et c'est principalement à l'école secondaire que la violence verbale ou physique fait basculer un jeune déjà en difficulté. L'an dernier, un colloque de la Table de concertation mettait en lumière la nécessité d'en débattre plus longuement. Il se peut donc que deux congrès soient organisés sous peu. En espérant que les décideurs scolaires et politiques ne fassent pas la sourde oreille...

Autant la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec (TCGLQ), en collaboration avec la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), que l'Association canadienne pour la santé mentale, filiale de Montréal (ACSMM), ont annoncé leur intention de tenir des rencontres extraordinaires sur l'homosexualité et l'école. Rejoints au téléphone, les responsables des organisations n'étaient pas au courant de leurs projets reciproques.
«On voulait faire des démarches auprès de la Table de concertation et on va voir avec eux quelles sont les possibilités de collaboration. Il est certain qu'à la base, les thèmes sont similaires, mais il peut y avoir des différences dans leur traitement. Mais nous sommes ouverts à la coopération pour peut-être ne tenir qu'un seul colloque», a indiqué la coordonnatrice des programmes à l'ACSMM, Geneviève Provost. Pour sa part, le porte-parole de la Table, Laurent McCutcheon, s'est dit lui aussi prêt à une collaboration.
La Table et la CDPDJ tiendraient leur colloque plus tard cet automne, tandis que l'ACSMM prévoyait une rencontre en mars 2002 qui réunirait autant des intervenants communautaires qu'institutionnels. «On veut aborder ce thème sous l'angle de la qualité de vie des jeunes gais et lesbiennes, l'amélioration de leur environnement scolaire, familial, etc.», de dire Mme Provost. Une dizaine de personnes siègent au comité organisateur, à titre individuel, mais provenant d'organismes tels que l'Association des mères lesbiennes, Séro Zéro, etc.
Dans le cadre de ses «forums droits et libertés», qu'elle organise à chaque année, la CDPDJ planifie une journée de débats et d'échanges «dont le thème de travail, pour l'instant, est "jeunes, éducation et homosexualité", journée où des personnalités, telles que Michel Dorais, par exemple, seraient invitées à venir prendre la parole», indique l'adjoint au président de la Commission, Marc-André Dowd. De ce côté-là aussi, on avoue que le projet n'est pas très avancé. «On veut cibler des hauts fonctionnaires et des gens hauts placés dans les diverses instances», précise M. Dowd. «On veut réellement voir qui est en mesure, en 2001, de faire ouvrir les portes dans les commissions scolaires et au ministère de l'Éducation.»
«On vise l'établissement d'une politique ministérielle, un peu comme l'avait fait il y a quelques années le ministère de la Santé et des Services sociaux en ce qui concerne les services aux gais et lesbiennes. Il y aurait une politique du ministère de l'Éducation qui orienterait les commissions scolaires et les institutions en matière d'éducation, d'appui aux jeunes, etc.», souligne M. McCutcheon qui est également président de Gai Écoute.
Tous ces préparatifs surviennent alors que la campagne de cartes postales du GRIS (Groupe de recherche et d'intervention sociale gaies et lesbiennes de Montréal) «Démystifier l'homosexualité ça commence à l'école» a débuté il y a quelques semaines à peine, afin de sensibiliser les autorités scolaires (conseils d'établissement) qui, généralement, peuvent bloquer ce type d'interventions dans leurs classes.
Après le colloque de Montréal, la CDPDJ et la Table aimeraient potentiellement en tenir dans d'autres régions «pour que le message puisse se rendre partout au Québec», de souligner M. Dowd.