Sexy girls

Les lesbiennes et la porno

Chantal Cyr
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On pourrait avoir tendance à penser que la porno n'est qu'une affaire de gars. Or, il existe aussi, de manière marginale, une création porno faite par et pour les lesbiennes. Si l’on compare leur situation à celle des gais, les lesbiennes québécoises ne sont pas très gâtées lorsqu'elles recherchent de quoi se donner des frissons. Parfois, elles ont un film à se mettre sous la dent le temps d'un festival (image& nation présente effectivement quelques productions assez osées pour les lesbiennes à chacune de ses éditions).

Pourtant, la production pornographique lesbienne existe, surtout aux États-Unis, depuis la fin des années soixante-dix. Sa difficulté à se faire reconnaître tient surtout à deux écueils : d'une part, le manque d'argent limite sa production et sa distribution; d’autre part, une partie des lesbiennes manifestent des réticences, identifiant la porno à un univers d’hommes. Pour ces dernières, même la porno produite par les femmes serait dégradante. Ces réticences sont d'autant plus nourries que la porno lesbienne est très liée à la scène sado-masochiste, tant par le truchement de ses revues que par ses films.

Peu de revues pornos ont pu, jusqu'à présent, atteindre la forme d'un vrai magazine comme ceux qui s’adressent aux gais (Men, Blue Boy, Mandate et cie). Toutes sont en noir et blanc, et la presque totalité bénéficient d'une régularité de parution aussi aléatoire que les budgets. Certaines sont pourtant devenues des références. C'est notamment le cas de On Our Backs, créée en 1984 et qui parut régulièrement pendant près de dix ans. La revue a représenté tous les modes de sexualité des lesbiennes sous la plume et l'objectif de collaboratrices douées. Sa rédactrice en chef jusqu'en 1991, Susie Bright, s'est depuis imposée comme l’une des grandes théoriciennes de l'érotisme lesbien depuis la parution de Nothing But the Girl, The Blatant Lesbian Image (1996), une analyse de la photographie érotique lesbienne. Soutenu par le mensuel Girlfriends, On Our Backs a repris vie en 1998 et propose, comme par le passé, des images explicites de la sexualité entre femmes.

Impossibles à trouver au Québec mais éditées aux États-Unis depuis plusieurs années, Bad Attitude et Fat Girl (http://www. fatso.com/fatgirl) jouent sur le même régistre. Fat girl a son site web, tout comme Brat Attacks (http://www. devildog.com/brat), paru entre 1991 et 1994, mais seuls les textes sont reproduits en ligne. Autre publication culte, Quinn, un fanzine londonien, a pour sa part disparu il y a quatre ans. La photographe Della Grace, aujourd'hui drag king connu sous le nom de Volcano Disgrace, y collaborait. La revue Flirt, plus luxueuse et qui s'en dit l'héritière, parue en juin 1997, joue sur un érotisme soft que plusieurs lesbiennes considèrent comme décevant.

Il est difficile d'établir un inventaire du côté de la production cinématographique : ce sont surtout des courts ou des moyens métrages — qui ne bénéficient d'aucune distribution — et de projections le plus souvent limitées aux festivals de films gais et lesbiens. L'existence de la porno «lesbienne», conçue principalement pour plaire aux gars hétéros, est souvent la chose la plus facile à trouver sur le marché. Mais, l'aspect très faux des relations sexuelles qu'on y montre déplaît au petit nombre de lesbiennes qui les consomment. Il semble — s’il faut se fier aux commentaires que plusieurs amies lesbiennes m’ont faits, mais également à certains gérants de clubs vidéos du Plateau et du Village — que les lesbiennes qui aiment les sensations fortes optent plutôt pour de la porno bi ou même gaie qu'elles considèrent comme plus réaliste. «On sent que les gars y mettent du leur», me confie en riant France Desilets, propriétaire de L'Androgyne et consommatrice occasionnelle de porno gaie. Mais, comme cette dernière me fait remarquer, la porno purement lesbienne existe, mais elle souffre d'un manque flagrant d'argent et son accès demeure très difficile.

C’est pourquoi il faut absolument souligner l’existence de Classy Cunt, une production locale explicite (disponible à L’Androgyne), qui regroupe quelques histoires fantasmatiques entre femmes. Gros plans, intimité exposée, filles qui sont visiblement lesbiennes et qui, à la limite, ne jouent pas mais sont réellement excitées. Le cas est trop rare pour vous en priver, les filles.

Il faut également signaler que plusieurs films de Monika Treut — dont Seduction, a Cruel Woman — et les films expérimentaux de Barbara Hammer (disponibles, entre autres, à la Boîte Noire) sont très explicites et pourraient bien plaire à plusieurs femmes, bien que ces productions ne soit pas considérées comme des pornos.