L'épanouissement par le sport !

Le 10e anniversaire d'Équipe Montréal des Dragons de Montréal et du Club À COntre courant

André-Constantin Passiour
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À l’été 1990, peu de temps avant les Gay Games de Vancouver, quelques sportifs se rencontrent, organisent un groupe puis prennent part aux jeux. De là, est née Équipe Montréal. À leur retour de Vancouver, les nageurs et les hockeyeurs fondent leur club pour pratiquer ce sport qui les passionne. À cette poignée d’individus, se sont ajoutés d'autres amateurs voulant, eux aussi, s'épanouir dans un sport qu'ils affectionnent, se faire des amis et vivre ouvertement leur orientation, sans pressions sociales ni préjugés. Aujourd'hui, plus de 700 sportifs sont rassemblés sous le drapeau d'Équipe Montréal et s'exercent à une multitude d'activités. Cet automne, lors du gala traditionnel d'Équipe Montréal, en plus de célébrer les efforts des athlètes, cette fédération soufflera dignement ses 10 bougies pour le travail accompli autant par les clubs membres que par l'organisation elle-même.
Il ne faut pas croire, cependant, que le sport gai est né à Montréal il n’y a que dix ans puisque déjà, en 1982, la Ligue de volleyball Lambda prenait son envol et attirait suffisamment de participants pour organiser des tournois et voyager à l'extérieur du Canada. Plus participatif que compétitif, Volley-ball Lascar accueillait ses premiers adeptes l'année suivante.

L'envol
C'est le fondateur de la ligue Lambda, Claude Mailhot, aujourd'hui décédé, qui a eu l'idée de former une fédération en prévision des jeux de Vancouver. «Claude était un leader-né, un gars dynamique. Il pratiquait le volleyball, le tennis... C'est lui, également, qui a mis sur pied la fameuse compétition du Big Jump.
Lorsqu'il pense à créer Équipe Montréal, il suscite suffisamment d'enthousiasme qu'une trentaine de sportifs l’ont suivi à Vancouver. Cela seul a eu un effet d'entraînement», explique le responsable des communications à Équipe Montréal, Roland Lacombe.
Dans les jours qui suivent les jeux de Vancouver, deux annonces paraissent dans le Fugues : une pour recruter des membres pour un club de natation et une pour une équipe de hockey.
«Serge Dupuis a placé une annonce à l'automne pour former une équipe, et des gens ont répondu. Après quoi, on a loué une patinoire à Dorval et on a commencé à jouer», se remémore Charles Boyer qui, avec Serge Dupuis, sont les cofondateurs des Dragons. La première année, une vingtaine de joueurs formaient deux équipes.
Yves Leclair, Sylvain Dugas et Dominique Lampron forment le trio fondateur de Montréal Équipe Natation (MEN) devenue, en 1992, À Contre-Courant. Lorsque les séances de natation débutent en novembre de 1990, ils sont huit nageurs. «En février-mars [1991], nous étions une soixantaine. Dès la première année, il y a donc eu une croissance importante : il y avait beaucoup de gais célibataires qui venaient pour rencontrer du monde. C'était également le cas pour d'autres sports», dit M. Lampron, qui est le président de l’équipe depuis 1991.

La consolidation
Sur la glace, de deux équipes, on passe bientôt à trois et on organise, à partir de 1992, le Défi International qui attire depuis bon nombre d'équipes nord-américaines à chaque année (sauf les années des Jeux Gais). Avec un hétéro et un ex-joueur de la LNH dans l'équipe, les Dragons se présentent aux jeux de New York, en 94, et gagnent la médaille d'or contre Los Angeles. «Pour New York, on avait de tous les calibres, d'un joueur de la LNH à un gars qui ne savait pas jouer du tout quelques mois auparavant. Et c'est à ça que sert la ligue : jouer, avoir du plaisir, se faire des amis... Donc, il y a tout l'aspect humain de partir ensemble, de vivre en gang comme les ados lorsqu'ils participent à des tournois à l’étranger», indique M. Boyer.
En revenant de New York, le nombre d’inscriptions grimpe et la ligue comprend 4 équipes et 44 joueurs qui se rencontrent à l'aréna Camilien-Houde. Puis, c'est la préparation pour Amsterdam quatre ans plus tard. Leur retour de la Hollande, avec la médaille d’argent, a fait que les Dragons ont apprécié encore plus l’aspect convivial des Jeux.
Dans la piscine, les mecs font des vagues. À la natation s'ajoutent ensuite le water-polo, la nage synchro et le plongeon. La compétition de la Coupe de Montréal, à l'instar du Défi International, attire des nageurs des quatre coins de l’Amérique du Nord et des liens étroits se tissent. Contrairement aux Dragons, ce ne sont pas les Gay Games qui ont marqué le plus ce club, c'est plutôt l'IGLA (International Gay & Lesbian Aquatics), qui se tenait à Montréal en 1995. Cet événement qui a rassemblé 700 participants, et les championnats provinciaux de la fédération québécoise, que ACC organise en 1998, soudent réellement le club.
Depuis cinq ans, ACC a ajouté à ses activités le nagethon «Eau-vive», en collaboration avec le BBCM, ce qui a permis d'amasser plus de 30 000$. «Les relations interpersonnelles sont très saines tout comme dans d'autres équipes ou disciplines. Il n’est pas nécessaire d’être bon, mais il faut aimer ça... À 25 ans, à mes débuts, cela m'a beaucoup valorisé et m'a permis de me faire des amis un peu partout», dit M. Lampron, qui rappelle que «pour être membre de ACC, il faut aimer l'eau et aimer le monde».
À présent, plus de 150 nageurs assistent aux pratiques, tandis que les Dragons sont sur le point d'ajouter une 5e équipe.
Ce qui se dégage de l'évolution des disciplines gaies, ce n'est pas tant la compétition que la camaraderie, l'intégration de jeunes hors bars et une vie sociale intense remplie de voyages, de sorties au resto, de partys, etc.
La sensibilisation par le sport gai est aussi un élément important pour ces organisateurs car, comme le dit M. Boyer, «dans le hockey, on ne s'attend surtout pas à voir des gais... et au fil des ans, l’existence d’un club comme les Dragons peut sensibiliser les jeunes». Et cela vaut aussi pour le volley-ball, la natation et le soccer.
Les sports organisés tels que le hockey, la natation ou le volleyball ont contribué au développement d'Équipe Montréal, non seulement par leur expertise, mais aussi par leur dynamisme : «Il y a eu un effet d'entraînement d'un sport à l'autre. Lorsque les gens voyaient qu'un sport fonctionnait bien, ils avaient l'idée de former leur propre équipe», commente M. Lacombe.
Du karaté au badminton en passant par le basketball, Équipe Montréal a réuni une quinzaine de disciplines au cours de la décennie.
«Équipe Montréal ne peut pas, elle-même, décider de créer une équipe, il faut qu’un initiateur entraîne les gens, par intérêt ou par plaisir, et s'en occupe. En soccer, par exemple, il n'y avait pas d'équipe, mais des gens appelaient pour se renseigner. Puis, Etienne Vigneault a voulu s'en charger. On l'a conseillé par rapport à la promotion du groupe. On lui a aussi fournit des ressources (un lieu de pratique, la publicité, les assurances, etc). C'est notre rôle.», conclut Roland Lacombe.
L'existence même du sport gai et lesbien à Montréal démontre combien ce type d'activité comble un besoin, joue un rôle récréatif et remplit une fonction d'intégration, d'épanouissement personnel et de sensibilisation.