Une femme de tête et de cœur

Anne Roussell, la nouvelle présidente du centre communautaire

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Depuis cet été, le centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal est présidé par une femme exceptionnelle, Anne Roussell. Elle prend le flambeau tenu tour à tour, depuis 11 ans, par des gens courageux qui se sont donné corps et âme pour défendre la mission du centre. C'est la seconde fois seulement qu'une femme est à la présidence du Conseil d'Administration (Élizabeth Neve a été présidente en 1993). Nous avons rencontré cette femme d'affaires dynamique, forte et charismatique dans ses bureaux impressionnants de l'Université McGill, où elle occupe un poste de direction.

Travaillant depuis 26 ans dans le stimulant domaine du recrutement pour l'Université, ce qui l'emmène à faire le tour du monde, Anne Roussell s'est toujours impliquée dans divers projets communautaires. « Je ne serais pas capable de me consacrer à une cause à laquelle je ne crois pas sincèrement », dit cette femme d'action qui a souvent été appelée à tout bâtir, à reconstruire, à organiser. C'est presque un profil de carrière pour cette femme qui a eu à se battre pour sur plusieurs plans, ayant été, entre autres, vice-présidente du YWCA et s'étant impliquée au Gala du mérite.

Dans son travail, elle aime le lobbying et les contacts avec les pairs. «Je parle à tous mes amis de mon implication au Centre et de l'importance de ses services directs à la communauté. Trop de gens oublient facilement les besoins spécifiques des leurs. Chez les gais et les lesbiennes, on manque souvent de solidarité sociale. On parle d'argent rose, mais on oublie aussi ceux et celles qui ont besoin d'aide: il y a des jeunes qui se font mettre à la porte du foyer familial parce qu'ils sont gais, et il y en a d’autres qui ont de la difficulté à faire leur sortie et qui ont besoin de support de la part de leur communauté», poursuit la présidente.

Il n'y a pas de hasards, selon Mme Roussell, et c'est une série de circonstances teintées d'amitiés qui a mis Serge Tremblay, le directeur du Centre, sur son chemin. «J'ai été rapidement convaincue qu'il fallait faire quelque chose pour le Centre. Il y a une équipe merveilleuse qui travaille avec passion, répondant à 20 000 demandes par année! C'est ce qui me motive: tous ces gens qui ont besoin de l'équipe du Centre ainsi que la trentaine de groupes qui comptent sur nous», précise-t-elle.

Avant qu'elle accepte la présidence du Centre elle a vécu une belle relation d'amour qui a duré 13 ans. «Comme plusieurs femmes vivant en couple, je ne me suis pas impliquée dans les dossiers des lesbiennes. Je vivais en cocon et, je l'avoue, pas très à l'aise dans ma différence». Elle avait de la difficulté à accepter sa réalité.

C'est son fils, alors âgé de 16 ans, qui lui a fait remarquer qu'elle semblait peu fière d'elle-même. Ce coup de fouet lui a donné le courage de s'affirmer, puis de s'impliquer. «Je découvre une communauté riche, fertile, remplie de talents, qui possède une sensibilité que l'on ne retrouve pas dans le milieu hétéro. Des gens magnifiques la compose avec une multitude d'énergies» constate-t-elle.

Anne Roussell se sent bien, dans le Village, à côtoyer des gens différents, à discuter avec des femmes et des hommes ayant une multitude d'idées et de visions du monde, de leur monde. «J'aime ce contact qui se fait plus facilement qu'avec les hétéros», affirme Anne Roussell.
Quant à la mixité dans les organisations communautaires, elle lui semble essentielle «tout en prenant soin de préserver nos différences. J'aime beaucoup les hommes. Ils ont une autre philosophie, une autre façon d'aborder les problèmes et de trouver des solutions. J'ai de la facilité à établir une belle relation égalitaire avec les gais... surtout parce qu'il n'y a aucun équivoque sexuel et que la franche camaraderie s'installe rapidement» ajoute-t-elle.

Avant de s'investir dans le milieu gai, elle en avait une image assez négative. «Comme la majorité des gens, je voyais les reportages chocs de la parade et j'en avais une idée péjorative. Je ne m'identifiais pas à des gens qui ne font que festoyer et qui ne pense qu'à avoir du fun. La réalité est toute autre et j'aimerais convaincre mes pairs du fait que la communauté est pleine de chaleur humaine, mais qu’il existe une situation urgente. Les groupes sont sous-financés, délaissés par les gouvernements et peu soutenus par ses membres. Le Centre pourrait devoir fermer ses portes. C'est critique!» lance-t-elle.

Selon Anne, la meilleure façon de s'impliquer, dans un premier temps, est de devenir membre du Centre afin de constituer une véritable force. Dans les mois qui viendront, il serait important de contribuer à la toute nouvelle Fondation Mario Racine (en l’honneur de l'ancien directeur du Centre, décédé des suites du sida). «Cette fondation servira à amasser les sommes nécessaires afin de doter le centre d'un immeuble bien à lui, lequel desservira l’ensemble des besoins des groupes communautaires. Si rien n'est acquis quant au succès d'une telle levée de fonds, je suis optimiste et je pense qu'il faut s'accrocher à nos rêves, à nos espoirs», conclut-elle.