Questions de société

Le village de Noël

Daniel Rolland
Commentaires

Tout d’abord je vous souhaite une très bonne fin d’année. Je vous souhaite un très joyeux Noël, et ce quelles que soient vos allégeances religieuses (si vous en avez). Avec décembre, une grande ferveur de générosité s’empare de nous. Entre les cadeaux, les grandes bouffes, et la course pour que tout soit prêt à l’heure, on pense entre deux achats aux plus démunis.


Toutes ces guignolées et autres initiatives pour que les enfants pauvres, les vieux délaissés, les sans-abris, pour que les ex- clus puissent partager et profiter de cette période un peu spéciale où le cœur se doit d’être sur la main. D’autant qu’une fois Noël passé, des associations et des bénévoles vont continuer à venir en aide à ceux que pour mille raisons différentes la vie a décidé de mettre de côté, à venir en aide à ceux qui se battent contre leurs propres démons, qu’ils soient mentaux ou causés par la drogue. Et il est peut- être bon qu’une fois par an, collective- ment, nous pensions à eux. Même si c’est moins engageant de déposer des denrées non périssables dans un sac brun remis à un bénévole que d’inviter l’un des laisser pour compte à partager le repas de Noël ou du jour de l’An avec sa famille ou ses amis. La misère nous dérange, et encore plus quand elle s’invite à notre table.

Prenons le Village par exemple. Depuis cet été, une vague de ras-le-bol frappe ceux qui y vivent, y travaillent ou le fréquentent. La mendicité, les drogués, les malades mentaux qui trainent de Papineau à Berri-UQAM soulèvent l’exas- pération. Une exaspération qui atteint un

point limite chez certains. Et si beaucoup d’individus seraient prêt à mettre de leur énergie pour trouver des solutions durables en association avec les pouvoirs publics, d’autres pensent à des solutions radicales et extrêmes, si l’on en croit cer- tains commentaires laissés sur les réseaux sociaux. Des réactions sem- blables à celles que l’on peut lire ou en- tendre sur la charte de la part d’extrémistes qu’ils soient pour ou con- tre. Des propos qui ne font pas dans la dentelle comme celui récurrent qui af- firme que les immigrants qui ne sont pas contents devraient retourner chez eux. Mais on ne peut demander aux sans- abris du Centre Sud qu’ils retournent chez eux... parce qu’ils n’en ont pas de chez eux. Il ne faudrait pas qu’un racisme social s’installe, et que la compassion et la tolérance prennent le bord pour un nettoyage social.

Il ne faut pas pour autant nier le problè- me. On est approché par des revendeurs si on traine autour de la station de métro Berri, on peut se faire engueuler quand on refuse de donner une cigarette, et cer- tains de par leurs comportements et leur manque d’hygiène nous forcent à faire du slalom sur le trottoir. C’est vrai que des comportements agressifs peuvent faire peur. Tout cela est lié au phénomène du centre-ville et de la présence de nom- breux services envers cette population. De plus, les autorités municipales, provinciales et fédérales, parfaitement au courant de la situation, n’ont pas l’air de bouger beaucoup pour trouver des solu- tions durables qui conviennent à tout le monde dans le respect et la dignité de chacun. On attend pour voir ce que le nouveau maire de Montréal, Denis Coderre, posera comme geste à ce sujet. Il faudra à suivre aussi la nouvelle poli- tique de solidarité sociale qui alloue des sommes supplémentaires aux organismes qui viennent en aide aux plus démunis.

Mais quelle est la logique pour certains de vouloir s’en prendre directement aux sans-abris en les chassant du quartier ?

Ne se trompent-ils pas de cible? Pourquoi ne pas retourner leur colère contre les élus-es ? Ou mieux, de suivre des citoyens qui sont prêts à prendre leurs responsabilités et à s’asseoir avec les élus, les organismes communautaires pour trouver des solutions durables en respectant les demandes et surtout la dignité de chacun.

Les discours extrémistes me font peur et m’attristent. Qu’ils concernent les immi- grants, les sans abris. Ils me font encore plus peur quand ce sont des gais qui les tiennent. Sont-ils frappés d’amnésie? Il y a à peine trente ans encore, ce sont eux qui étaient les parias. Ce sont eux dont on voulait se débarrasser dans des hôpitaux psychiatriques. Ce sont eux, il y a à peine quelques décennies, que l’on faisait mon- ter dans des fourgons à destination de camps de concentrations, de camps de travail, de camps de rééducation. Et ces discours m’attristent encore plus parce que dans de nombreux pays, les homo- sexuels sont toujours les parias, les ex- clus, les moins que rien. Ils étaient et ils sont encore une vermine. Une vermine qu’il faut éradiquer. Il n’y a, paraît-il, par pires bourreaux que d’anciennes victimes et l’adage s’appliquerait bien dans ce cas- là. La logique extrémiste d’exclusion pro- pose toujours la même solution, la disparition de celui qui dérange.

Nous portons nous aussi un voile. Il a la texture et la couleur du papier brun dans lequel on glisse les boîtes de conserve pour les bonnes œuvres. La pauvreté ne nous concerne que de loin, et elle ne doit pas venir nous toucher dans notre con- fort. En ce temps des fêtes, alors que l’on s’enflamme autour des signes religieux ou comme dans le Village autour de la misère sociale trop visible, il serait peut- être bon de regarder tout cela en ayant un autre point de vue, plus constructif et ne pas faire des exclus des bouc-émis- saires. L’histoire des gais le prouve, on construit sur l’inclusion pas sur l’exclu-

sion.