Sophie-Geneviève Labelle

Candidate d’Option Nationale ouvertement transgenre

Denis-Daniel Boullé
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Sophie-Genevieve LAbelle

On ne sait si les élections provinciales auront lieu cet hiver ou à l’automne, mais déjà les partis présentent leurs candidats. Et pour Option Nationale dans Rosemont, celle qui portera les couleurs de ce parti progressiste qui a au cœur de son programme l’indépendance du Québec, a précisé au lendemain de son investiture qu’elle était transgenre. Si cette déclaration a suscité la curiosité, elle n’a pas entrainé de débats passionnés. « Je pense que la population québécoise est prête à voir des personnes transgenres briguer des mandats électifs », de préciser Sophie-Geneviève Labelle, étudiante, enseignante et aussi auteure de livres pour enfants qui abordent le genre. Retour avec elle sur sa candidature. 

Issue d’une famille indépendantiste et progressiste, ayant voyagé à travers l’Amérique du Nord à la rencontre des communautés francophones, la jeune femme a une conscience aigue des réalités entourant les différents faits francophones du continent. « Ce voyage, initiatique en quelque sorte puisqu’à mon retour j’ai décidé de commencer ma transition, m’a convaincue encore plus de la nécessité d’avoir un pays », commente la candidate d’Option Nationale. Minoritaire linguistique dans un océan anglophone, Sophie-Geneviève l’est aussi dans son identité. Ayant effectué une transition, elle a dû se confronter à tous les obstacles auxquels se heurtent les personnes trans tant la représentation et la perception de ce qu’est une personne trans est encore teintée de préjugés. « Lors des commissions parlementaires qui ont eu lieu récemment à Québec concernant le retrait de l’obligation de chirurgies pour l’obtention du changement de sexe, il était remarquable de voir combien encore les personnes trans sont perçues par des élus comme des déviants, des malades. On le sentait bien dans les questions de certains députés »,
 
Si la jeune femme est très sensible aux manifestations de résistance autour de la question du genre, elle ne peut aussi s’empêcher d’insister sur l’évolution des mentalités, et l’ouverture de plus en plus marquée de la population. La preuve, les commentaires qui ont suivi son annonce, relayée par les médias étaient positifs. «Les personnes qui m’abordaient étaient plutôt curieuses, la preuve qu’il reste encore de la sensibilisation à faire, mais en aucun cas elles ne semblaient choquées que je me présente, et cela est très encourageant », continue Sophie-Geneviève qui espère cependant que bientôt on lui posera plus de questions sur son programme politique. « Je savais que ce serait inévitable. Au départ on s’intéresserait plus à mon parcours qu’à mes idées politiques, mais c’est aussi bien comme cela car dans tous les dossiers qui me passionnent, il y a bien évidemment celui du genre. Au moins, à Option Nationale, ils ne sont pas fermés à cette réflexion, ils font preuve d’une grande ouverture ».
 
En attendant que les élections ne soient déclenchées, la jeune femme poursuit ses études au département des Sciences de l’éducation de l’UQAM, tout en s’investissant à Enfants Transgenres Canada, une association qui vise à aider les enfants transgenres et leurs familles. Activités, informations, soutien, cet organisme mettra sur pied pour la première fois au Canada un camp de vacances en août 2014 qui accueillera des enfants transgenres et des enfants intersexués, un projet dans lequel est engagée Sophie-Geneviève Labelle, « Il est important que ces enfants puissent se retrouver entre eux, partager leurs expériences, et se sentir moins isolés ».
 
L’engagement est un maître-mot dans la bouche de Sophie-Geneviève Labelle que ce soit à l’intérieur d’un parti politique, dans sa vie professionnelle et étudiante, une façon d’être en prise avec le monde et l’espoir de le voir changer.