Denis Brossard

Tout un hommage pour son implication !

André-Constantin Passiour
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Lors du 10e Gala Phénicia, le 21 novembre dernier, organisé par la Chambre de commerce gaie du Québec (CCGQ), Denis Brossard, le copropriétaire du Cabaret Mado et président du conseil d’administration de la SDC du Village, a reçu tout un honneur inattendu pour lui. En tant que président «bénévole» depuis la fondation de la SDC en 2005, il ne compte plus ses heures. C’est ainsi que le jury du Gala Phénicia lui a décerné le Prix «Ronald-Poiré» remis à un bénévole méritoire dont l’implication est exemplaire. Or, c’est en partie à Denis Brossard que l’on doit un événement comme Aires Libres, soit la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine Est axé sur l’art public. Dans son allocution d’acceptation, Denis Brossard a insisté sur l’importance du Village gai de Montréal en tant qu’espace de liberté et d’acceptation des personnes LGBT. L’allusion était voilée, mais elle était là en référence à la polémique qu’avait soulevé le billet de Luc Boulanger dans le quotidien La Presse, à la veille du défilé de la Fierté gaie, l’été passé…

Les quelque 250 convives assemblés dans la salle «Ambassadeur» de La Plaza – Holiday Inn ce soir-là se sont levés pour donner une ovation bien sentie à Denis Brossard, ce qui a encore plus ému l’homme qui avait peine à retenir ses larmes… En 2015, cela fera officiellement 10 ans que Denis Brossard est le président de la Société de développement commercial du Village (SDC). Directeur artistique lors de quelques éditions du Black & Blue, directeur artistique et co-promoteur, avec Michael Armstrong, du Bal en Blanc, durant plusieurs années, Denis Brossard possède une longue feuille de route avant  le  Cabaret Mado et  la SDC du Village.
 
«Cela m’a fait très plaisir parce que c’était une surprise totale. On m’avait bien caché que j’étais en nomination, honnêtement, je croyais que c’était la SDC qui était en nomination et non pas moi personnellement… Mon discours était orienté en ce sens. C’était donc totalement inattendu pour moi que d’être ainsi reconnu et récompensé. La reconnaissance fait du bien oui, mais je partage ce prix avec tous les membres du conseil d’administration et avec Bernard Plante [le directeur général de la SDC]», de dire M. Brossard.
 
«Cela nous rassure sur ce qui a été fait, comme Aires Libres, sur tous nos efforts consentis avec des moyens somme toute modeste, poursuit Denis Brossard. Mais le doute est un moteur dans toutes choses. C’est certain que cela me donne le goût de continuer. Mais la question reste à savoir si on veut encore de moi. Mon poste sera en élection en 2015, donc on verra. Mais c’est sûr que cela me donne envie de continuer à travailler sur quelque chose de plus grand que soi. La récompense est en relation directe avec notre implication bénévole à la SDC, une implication citoyenne et qui aide au bien commun.»
 
«On ne mesure pas nécessairement les impacts que cela a sur nous [de recevoir un tel prix]. Cela est  déterminant pour la suite. Cela nous fait réaliser, en même temps, tout le travail qui reste à accomplir. Cela est un exemple de la capacité à pouvoir changer les choses et ce, concrètement. C’est sûr que les réseaux sociaux sont importants, on l’a bien vu comment cela a réuni les gens lors du «prin-temps arabe» et même ici pendant le «printemps érable», les étudiants communiquaient leurs actions par les réseaux sociaux, mais sans négliger ceux-ci, on peut travailler aussi à la réalisation de choses concrètes», déclare Denis Brossard.
 
L’effet «Boulanger»
Le journaliste Luc Boulanger rédigeait un billet dans La Presse, inti-tulé «A-t-on (encore) besoin d’un Village gai ?». C’était le 19 août. M. Boulanger faisait plutôt l’éloge des lieux branchés où sortent les jeunes LGBT maintenant et qui sont hors Village parce qu’ils désirent «se fondre dans la foule». Plus loin, Luc Boulanger écrit : «Aujourd'hui, au Québec, la culture gaie est devenue mainstream. Ses créateurs les plus intéressants évoluent loin du Village». Pour lui, bref, le Village n’avait plus rien d’original et était devenu obsolète… Il n’en fallait pas plus pour soulever un tollé que M. Boulanger n’avait probablement pas prévu. 
 
«Je termine en lançant un appel à la communauté LGBT. Le Village est à la communauté gaie du Québec ce que Montréal est pour le Québec. Son poumon économique. J’invite cette frange de la communauté dont je fais partie et qui navigue plutôt bien hors Village à ne pas oublier d’où vous venez et pourquoi vous pouvez vivre relativement bien hors Village. La prochaine fois que vous vous empêcherez de prendre la main de celui ou celle que vous aimez dans un de ces endroits branchés (hors Village), je vous invite à réfléchir à la différence entre la tolérance et l’acceptation pleine et entière. Vous verrez alors que le combat n’est pas terminé. Le Village demeure encore le seul endroit où la tolérance est remplacée par l’acceptation pleine et entière», a déclaré Denis Brossard lors du Gala Phénicia. 
 
Comme on le comprend, la référence au texte de Boulanger était là. «Dans un sens, je remercie Luc Boulanger. Cela m’a aidé à approfondir ma réflexion sur le Village, de penser plus sérieusement à ce que sont la tolérance et l’acceptation, à réfléchir à l’importance de la communauté gaie. Pour moi la tolérance est semblable à un mal de dent, on le tolère, mais on a hâte d’aller chez le dentiste pour régler le problème ! Je ne suis pas sûr que, même dans d’autres quartiers de Montréal, de marcher et se tenir par la main soit si bien reçu. Bien sûr, la situation avance, heureusement, mais rien n’est gagné encore et on le voit bien d’ailleurs encore dans le monde comment il y a de la discrimination, de la haine, de la violence. Il ne faut pas donc négliger l’importance de ce lieu, beaucoup en ont encore besoin, c’est ça qu’il ne faut pas oublier», souligne M. Brossard.
 
«Je tiens à remercier la CCGQ pour avoir ouvert le Prix «Ronald-Poiré» à d’autres bénévoles que ceux spécifiques de la Chambre puisque, normalement, cette récompense est attribuée à un volontaire émérite de cette organisation-là. Je tiens aussi à remercier le jury qui a particulièrement apprécié le travail de Denis Brossard à la SDC», a rajouté Bernard Plante.