Julie Vaillancourt, journaliste

Elle écrit des Fugues et chante des ballades

Michel Joanny-Furtin
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Julie Vaillancourt
Julie aillancourt
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Notre journaliste Julie Vaillancourt a 32 ans et enseigne le cinéma au niveau collégial. Mais aussi, elle «pousse la chansonnette», puisque Julie écrit, compose et chante. On dit même qu’un CD se prépare, mais elle ne veut pas en dire plus pour le moment. Superstition d’artiste ? 
Née à Montréal, Julie est l’enfant unique d’un couple de fonctionnaires. «J’étais très sportive quand j'étais petite. Je faisais de la gymnastique, de la natation, du karaté, du patinage artistique et même de l’athlétisme. J’ai couru pendant six ans en visant la préparation olympique, mais le cœur n’y était plus, alors c’est un rêve qui n'a pas abouti…», raconte Julie, sans amertume toutefois.
 
«Arrivée au cégep, je me suis passionnée pour le cinéma et la musique. C’est vrai que j'ai découvert tout cela plutôt tardivement dans mon parcours. Le fait est aussi que j'ai pris goût à l’écriture avec les études académiques à l'adolescence.»
 
«J'ai toujours aimé écrire, plus que lire d'ailleurs, c'est un paradoxe», sourit-elle.  Et j’ai toujours aimé la critique cinématographi-que, non pas dans l'idée de “critiquer”, mais ce que cet exercice apporte comme analyse et ce qu’il oblige comme écriture. L’idée, c’est d'abord de transmettre dans un premier temps, puis d’extérioriser par l'écri-ture ensuite», confie celle qui est aujourd’hui également rédactrice pour la revue de cinéma Séquences.
 
« Mon père adore le cinéma et les westerns de John Ford et j’en regardais beaucoup avec lui. J’avais — j’ai, corrige-t-elle — une vision anthropologique du cinéma en tant que médium. Pour moi l'histoire du cinéma, c'est un peu l'histoire de l'humanité… »
 
De la CDP à Fugues, il n’y a qu’une… Extravaganza
« Lors d’un stage à la Commission des droits de la personne comme recherchiste sur le rapport du Groupe de travail mixte contre l’homophobie, j’ai réalisé que j’avais envie d’écrire sur la communauté LGBT et que le faire dans un but professionnel devenait possible. »
 

« J'ai commencé à écrire pour Fugues en 2008. Je faisais partie de la chorale Extravaganza et, à titre bénévole, je m'occupais à l’époque des communications. J’ai envoyé un texte à Yves Lafontaine pour annoncer nos activités. Nous nous sommes vite bien entendus parce que nous sommes tous les deux passionnés de cinéma. J’avais fait mon mémoire de maîtrise sur la représentation des LGBT dans le cinéma québécois, sous la supervision de Thomas Waugh. J’ai donc proposé un autre article et il m’a dit “pourquoi ne pas continuer ?…”»
 
Ouvrir le regard sur une autre partie du monde
«Même mon orientation sexuelle, je l’ai découverte sur le tard », s’amuse-t-elle. « À l’adolescence, je faisais beaucoup de sport, et cette question était un peu secon-daire pour moi. Ma rencontre avec Jenny a peut-être donné aussi une explication à ce que je ressentais.»
 
« Je suis fiancée avec Jenny, une Française, une Ch’ti comme on dit, puisqu'elle vient d’une petite ville située entre Douai et Cambrai dans le nord de la France. Je l’ai rencontré il y a 12 ans dans un party entre amis. On est sortis ensemble peu de temps après. »
 
« La sortie, le coming out, a été une période un peu dure. Ironiquement, elle a coïncidé avec les premiers mariages civils au Québec auxquels ma mère devait procéder en tant que greffier adjoint de la cour supé-rieure. Elle a d’ailleurs célébré le premier mariage gai, celui de Michael Hendricks et René Lebœuf ! »
 
« Certes, il y a eu un moment de rejet, mais sa pratique professionnelle lui a permis d'avancer dans notre univers à Jenny et moi. Tout cela est maintenant loin derrière nous, et ma mère considère Jenny comme sa deuxième fille. Mes parents s'intéressent désormais à la communauté LGBT. Même si ce fut difficile pour eux au début, cela leur a permis de changer leur vision et d'ouvrir leur regard sur une autre partie du monde. Je suis très fière d’eux. »
 
« Avoir des enfants ? Pourquoi pas, mais je ne sais pas pour le moment. Je ne suis pas fermée à l'idée, mais l'horloge biologique ne me sonne pas plus que ça », commente Julie dans un sourire étoffé d’un regard complice vers Jenny.