Afrique du Sud

Le Cap veut sa place au soleil sur la carte du tourisme gai mondial

Sébastien Thibert
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The Glen
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Une «carte rose» des lieux gais est distribuée dès l'arrivée à l'aéroport : Le Cap joue très officiellement la carte du tourisme homosexuel, seul sur un continent où le sujet reste tabou.

«Le marché gai est vraiment un marché de niche que nous visons», explique Skye Grove, porte-parole de Cape Town Tourism, pour qui la métropole touristique sud-africaine doit tenir son rang parmi les destinations privilégiées des homosexuels, face à San Francisco, Miami, Sydney, Berlin ou Amsterdam.

«Le revenu disponible des homos est généralement plus élevé que celui des hétéros», et ils ont été bien moins affectés par la crise mondiale qui a privé Le Cap du quart de ses touristes ces dernières années, ajoute-t-elle.

La culture gaie s'affiche depuis la fin de l'apartheid, qui réprimait l'homosexualité. L'Afrique du Sud accorde l'égalité des droits aux homosexuels, se distinguant sur un continent africain où beaucoup doivent se cacher. Sur les 1,5 million de visiteurs qu'accueille Le Cap tous les ans, 15% sont homosexuels, selon Mme Grove. Surtout des garçons blancs.

Qu'est-ce qui les attire tant? «le style de vie!», juge-t-elle. Et de citer la beauté de la ville et de ses environs, la tolérance des habitants, la «vie urbaine vibrante», les plages, les vignobles, les bons restaurants...

Le tout dans un pays qui autorise le mariage homosexuel, sans oublier l'inversion des saisons qui fait que c'est l’été quand l'Amérique du Nord ou l’Europe grelottent.

En outre, l'importance de la communauté gaie locale et le nombre des touristes favorisent les rencontres pour ceux qui en cherchent.

Que veulent les touristes? «Sea, sex and sun», note Chris Hattingh, le directeur du Glen, l’établissement numéro un sur la Pink Map, un hôtel qui a récemment doublé de volume, avec une deuxième piscine, un deuxième jacuzzi, un deuxième bar... À Cape Town, il y a un peu de tout!», ajoute-t-il.

Il y a ceux qui exposent leur corps parfait au bord de la piscine et ceux qui veulent absolument visiter tous les musées du coin. Et puis ceux qui prolongeront leur séjour en explorant les environs, pourquoi pas avec un safari.

«On voulait du soleil! On a pensé aux Caraïbes, mais on y est allé déjà très souvent", explique Pierre, un québécois rencontré au bord de l'eau. «Et puis mon beau-frère nous a dit que c'était très gai, le Cap! On est ici pour découvrir.»

Le Cap propose toute une gamme d'hébergements à ses touristes homosexuels — plus ou moins exclusivement gais, plus ou moins naturistes, favorisant plus ou moins les rencontres —, mais aussi des guides spécialisés, des partys, des boîtes de nuit, des bars, des restaurants... Jusque assez loin dans l'arrière pays.

«Je me sens bien ici. C'est un très beau pays. Je suis fleuriste, et les plantes me plaisent ici. Et aussi les garçons!", raconte Stefan, un Torontois au drapeau canadien tatoué sur l'épaule, qui lit une revue, nu au bord d'une piscine. Il en est à son deuxième voyage en cinq ans.

Le succès auprès de la clientèle gaie a toutefois fait du Cap une destination plus chère. «Il y a dix ans, le Cap était à peu près inconnu comme destination gaie, et très bon marché. Mais tout cela a changé, Le Cap a perdu son avantage compétitif. Les vols ne sont pas donnés et les hébergements sont devenus de plus en plus chers», constate Chris Hattingh. «Mais Le Cap reste une destination gaie très recherchée, et il y a tous les ans davantage de touristes!»

Reste que si les touristes apprécient l'atmosphère détendue du Cap, où les couples de même sexe peuvent se tenir par la main ou s'embrasser dans la rue, la plupart ignorent qu'à quelques kilomètres de là, de nombreux habitants des townships ou des quartiers afrikaners conservateurs ne sont pas aussi tolérants.

Ainsi, les lesbiennes des townships sont régulièrement victimes de viols, de la part d'hommes qui veulent leur apprendre à rentrer dans la norme.