LE CAS D’UN ÉLU ANTIGAI CRÉE LE MALAISE

Entre rumeurs et outing

Pierre-Louis Quenneville
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Un journaliste de CBS prétend qu'Aaron Schock, jeune et photogénique député républicain, est homosexuel. Des critiques gaies évoquent un «outing» douteux aux méthodes indignes.

Tout est parti, le premier week-end de janvier, d’un statut posté sur Facebook par le journaliste de CBS Itay Hod. «Que faire quand vous savez qu’un certain membre du Congrès républicain, disons de l’Illinois, est gai… et que vous le savez parce qu’un de vos amis, journaliste d’un réseau réputé, vous a dit dans des termes sans ambiguïtés qu’il l’a surpris sous la douche avec son colocataire?» Le message était accompagné d’un lien vers un article recensant les «photos les plus gaies» d’un jeune élu très en vue au sein du «parti Républicain Aaron Schock.

De fait, le politicien de 33 ans siège à la Chambre des représentants depuis 2009 s’est illustré dans les magazines de mode et de fitness, où il a fréquemment exposé son élégance, ses abdominaux impeccables et sa belle gueule. Des clichés qui lui ont déjà valu de faire courir des bruits sur son homosexualité, aussitôt démentis par l’intéressé. Il faut comprendre que Schock s’est fait remarquer par son alignement avec le Tea Party lors de votes sur l’égalité des droits pour les LGBT.

Comme on peut se l’imaginer, le message d’Itay Hod sur le réseau social a provoqué de gros remous – y compris dans des médias LGBT plutôt partagés par le geste de Hod.

Si certains ont salué sans réserve le «courage» et la «responsabilité éthique» du reporter, beaucoup ont exprimé leur malaise face à un outing facile, où le journaliste s’abstient même de désigner sa cible par son nom (par craintes des poursuites?).

Dans Salon.com, Daniel D’Addario va plus loin. D’après lui, c’est l’ultime étape d’une campagne qui utilise les ressorts de l’homophobie qu’elle dénonce par ailleurs. «Le outing est important, rappelle l’éditorialiste de Salon.com. Dans le cas de politiciens, il expose l’hypocrisie. Mais c’est une autres sorte d’hypocrisie qui se révèle ici: celle de journalistes qui ont provisoirement oublié que le fait de se moquer de quelqu’un perçu comme efféminé ou vaniteux constitue une forme de bullying».

D’Addario rappelle que l’auteur et militant gai américain Dan Savage avait qualifié la garde-robe de Schock de «flaming» – un adjectif d’ordinaire réservé aux gais les plus exhubérants et les plus flamboyants.

Savage a répliqué en adressant ce tweet à Aaron Schock: «Prépare-toi à recevoir ton pétard homophobe en pleine face, trou du cul! Aucune sympathie pour ceux qui se retrouvent pris au piège de l’homophobie qu’ils ont eux-mêmes promu activement.»

«Si Schock est gai, son hypocrisie est risible. S’il ne l’est pas – et nous devons continuer de le croire, vu le manque de crédibilité de Hod – ce dont les médias gais se moquent est quelqu’un qui a un comportement gai, conclut D’Addario. La dernière fois que j’ai vu ça, c’était dans la cafétéria au secondaire.»