Le garde-robe de frédérique — FICTION

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Julie Beauchamp
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Photo prise par © Robert Laliberté

«Ha! L’hiver! J’aime tellement ça!» affirme Brigitte avec enthousiasme. Marie-Ève la regarde avec surprise. «Je savais pas que tu aimais tant que ça l’hiver!» «Ben voyons ma chérie ça fait juste 6 mois qu’on est ensemble, comment voulais-tu le savoir?» Marie-Ève ajoute : «Oui, mais en 6 mois, on a eu le temps de s’en raconter des choses et moi je n’aime pas vraiment ça l’hiver!»


La soirée commence bizarrement, Marie-Ève n’est pas dans son état habituel, quelque chose la dérange, mais elle ne sait pas quoi, elle a envie de contredire Brigitte sur tout, comme si elle lui en voulait, mais elle ignore pourquoi. Fred vient voir les filles. «Bonjour à vous deux, alors comment se passe votre soirée?» Brigitte, toujours aussi enjouée, répond : «C’est super Fred! Wow, j’aime ça ce bar-là! On devrait venir plus souvent hein Marie? » Cette dernière soupire un Oui, c’est correct… Fred sourit à la nouvelle blonde de Brigitte qui n’a pas l’air parti-culièrement de bonne humeur.

Fred et Brigitte se connaissent depuis quelques années, des amies d’amies, elles sont restées en contact, Brigitte est sa partenaire de films d’animation, une vraie passion partagée. Marie-Ève reprend : «Alors, ça fait longtemps que tu travailles ici?» «Oui, quelques années, j’aime bien, c’est divertissant et l’ambiance est super trippante.» Marie-Ève ajoute : «Mais travailler dans un bar, ça doit être difficile pour ta blonde!» Fred la regarde et dit : «Non, ça va. Camille, ma copine, vit très bien avec mon travail, et on peut flirter et se faire aborder par n’importe qui, peu importe le travail, après c’est une question de confiance, c’est tout.» Marie-Ève acquiesce, elle ne sait toujours pas pourquoi, mais elle a juste envie de partir et rentrer à la maison, sauf qu’elle ne sait pas comment l’exprimer à sa blonde. Fred est en demande et doit aller servir ses clientes.

Brigitte regarde Marie-Ève: «Ça va? J’ai comme l’impression que tu n’as pas envie d’être ici.» Marie-Ève dit : «Oui, tu as raison, je n’ai aucune envie d’être dans un bar, alors qu’on pourrait être sous les couvertures collées à regarder un film juste toutes les deux! » Brigitte rétorque gentiment : «Mais Ma Ève, on est tout le temps juste toutes les deux, c’est bien de voir des gens, de socialiser. Moi j’ai besoin de voir mes amies avec ma blonde aussi, tu comprends?» Elle feint de sourire, prend la main de Brigitte et lui murmure : «Premièrement, nous sommes occupées pres-que toutes les fins de semaine depuis notre rencontre et c’est vrai que je préfère être collée contre toi qu’être dans un bar. Est-ce si mal? J’ai tellement de désir pour toi, c’est fort, très fort!» «Moi aussi, mais je pense qu’il faut un équilibre dans notre relation, question que ça puisse durer dans le temps.»

Marie-Ève est déçue, ce n’est pas la réponse qu’elle attendait, elle aurait voulu que Brigitte lui témoigne la même passion qu’elle ressent. Brigitte, de son côté, se demande ce qui cloche ce soir, sa copine semble être insatisfaite de tout ce qu’elle dit, que ce soit à propos de la température, des amies, ou du couple, comme si elles ne pouvaient pas trouver un terrain d’entente. Elle tente une dernière tentative afin de briser le rythme négatif de la soirée. «Mon amour, j’adore être avec toi partout. Peut-être n’as-tu pas envie de prendre un verre ce soir, mais ça fait changement de sortir et d’être ensemble au milieu de plein de gens, non?» Marie-Ève voit la perche lancée par son amoureuse, mais elle ne peut se résoudre à être d’accord, elle veut partir, un point c’est tout! Elle dit : «Écoute Brigitte, j’ai envie de rentrer chez moi. Je suis venue ici pour te faire plaisir, maintenant, nous avons pris un verre ensemble, reste avec ton amie si tu veux, je suis fatiguée… » Brigitte la regarde estomaquée. « Si je comprends bien, tu as fait un effort pour m’accompagner ce soir, et voilà que ton devoir de blonde est fait, tu veux t’en aller?»

Marie-Ève tente elle-même de se comprendre, depuis le début de la soirée, elle tergiverse avec des émotions qu’elle n’aime pas. Depuis le début de leur relation, elle suit Brigitte dans ses partys, dans ses brunchs, dans ses soupers de famille, dans ses sorties de travail, dans le tourbillon qui l’anime, et voilà qu’elle en a assez, juste assez.

Cette soirée est la goutte d’eau qui la fait réagir, elle ignore comment expliquer à son amoureuse qu’elle aime être seule, qu’elle n’a pas besoin d’autant de gens dans sa vie, mais qu’elle est follement amoureuse d’elle. Brigitte reprend : «Alors, tu veux vraiment t’en aller? Tu veux pas rester avec moi et qu’on soit ensemble?» «Mais, ce n’est pas ça, Brigitte, je suis une solitaire, qui aime sa solitude, toi, tu es mon contraire, plus il y a de monde, plus t’aimes ça, et je t’aime ainsi, mais ne me demande pas de te suivre dans ton marathon de socialisation, je n’y arrive pas!» Brigitte est soufflée! Comment ça son marathon? Elle pensait que sa blonde aimait ça être avec elle, partout! «Je ne comprends pas!» dit Brigitte visiblement vexée. Marie-Ève la regarde. «Je t’aime exactement comme tu es, mais tu ne peux pas me demander d’être comme toi.» «Mais, ce n’est pas ce que je fais, j’aime ça être avec toi c’est tout! Je n’ai pas à choisir entre toi et mes amies!» Marie-Ève s’exclame : «Bien sur que non! Brigitte, nous sommes différentes et je me rends compte que même si je veux te plaire, je n’y parviens pas. »

Brigitte devient soudainement insécure : «Est-ce que tu remets en question notre relation?» «Non, je ne remets rien en question, je t’aime, pour ce soir, je vais rentrer et toi prends un verre avec ton amie.» Brigitte la regarde. «T’es sûre? » Marie-Ève l’embrasse, un poids vient de lui tomber des épaules. «Oui, certaine! Je t’attends plus tard!» Brigitte lui dit au revoir, rassurée. Fred revient quelques minutes plus tard. «Ta copine est partie?» Brigitte fait oui de la tête avec un grand sourire : «Et j’ai déjà hâte d’aller la retrouver!»