Sécurité et développement

Les deux axes du Village

André-Constantin Passiour
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Lorsqu’on discute avec Denis Brossard, le copropriétaire du Cabaret Mado et président du conseil d’administration de la Société de développement commercial (SDC) du Village, on ne peut pas ne pas parler à la fois de la situation de la sécurité dans le secteur et des commerces du Village. Encore le week-end des 11 et 12 janvier, on enregistrait au moins trois agressions dans le quartier. À la SDC, on reconnaît qu’il y a une problématique et que la police devrait être plus présente, surtout à la sortie des bars. On est heureux aussi de l’initiative citoyenne du « Collectif du Carré Rose Montréal », de vouloir faire de la sensibilisation, de la prévention et de la mobilisation (voir autre article à ce sujet). Tout peut se dire, il faut par contre prendre la mesure des choses et ne pas sembler alarmiste, car la problématique est complexe et est loin de ne toucher que le Village.

«Nous sommes conscients qu’il y a des problèmes, qu’il peut y avoir des attaques, mais il nous faut cibler nos interventions aussi et ne pas faire peur aux gens, car sur Saint-Laurent et dans le Vieux-Montréal il y en a des agressions également et depuis fort longtemps. On peut parler de ce qui se passe, mais en étant modéré et en évitant «l’effet Jackinsky», alors que tout le monde a réagi sur les réseaux sociaux sans que l’on sache ce qui s’était réellement passé», déclare M. Brossard. On se rappellera que l’agression du DJ bien connu Alain Jackinsky, en face du Sky à quelques jours de Noël, avait fait grand bruit sur la toile. Le programme mis sur pied par la SDC il y a un an et demi et qui comprend deux «agents de liaison» (Jean-François et Cyrille) pour les clientèles problématiques aide à la résolution des conflits avec les populations marginalisées du Village, mais ne vise pas les vendeurs de drogue, pour des raisons de sécurité évidentes ces derniers sont laissés à la Police.

«Nous en parlons avec l’arrondissement Ville-Marie, avec la police, mais nous avons des limites en tant que SDC, continue M. Brossard. Tandis qu’un groupe de citoyens, tel que le Collectif du Carré Rose peut s’adresser aux diverses autorités avec la force du nombre et en tant que résidants du secteur…et d’électeurs.»

«Lorsque quelqu’un est victime d’une attaque, il faut le rapporter à la police le plus rapidement possible. Il n’y a pas d’autres moyens pour la police de se rendre compte de l’étendue de ces attaques qu’en les signalant et en remplissant les rapports de police», ne cesse de répéter Denis Brossard.

«Mais il faut aussi, du côté des policiers, que l’on prenne les dépositions des citoyens et que, dans leur attitude, on ne les décourage pas de le faire. Il faut, au contraire, appuyer les citoyens lorsqu’ils se présentent au poste de police pour rapporter une agression, il faut avoir de l’empathie envers eux surtout que, bien souvent, ils sont encore sous le choc de leur agression», précise Bernard Plante, le directeur général de la SDC.

 

Un verre à moitié plein ou à moitié vide ?

Sur un autre front, encore plusieurs prétendent que le Village est en train de péricliter en raison de la fermeture de quelques commerces. Mais ce n’est pas le cas. «Il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte ici, précise M. Brossard. Il y a plus de 55 restos sur 1 km dans le Village, donc il y a beaucoup de compétition. La spécialisation et la qualité sont importantes parce que, justement dans la restauration, la compétition est féroce. Moi, ici au Cabaret Mado, j’ai une niche, je n’ai pas de compétition réelle, mais ce n’est pas le cas pour les restos. Le succès est toujours dans un resto de niche, si tu offres un produit spécifique, qu’il y a de la saveur, du goût, de la qualité et que c’est toujours frais, tu vas arriver à fidéliser ta clientèle qui viendra chez toi même dans les périodes creuses… La hausse des loyers commerciaux est un autre facteur déterminant pour plusieurs qui ne pourront pas supporter les augmentations exigées, souvent exagérées d’ailleurs, tout particulièrement de la part des propriétaires extérieurs au Village.»

Évidemment, si le local est trop vaste ou que l’édifice est vétuste, cela n’attirera pas de futurs marchands. L’incapacité des commerçants à investir dans leur établissement constitue un autre élément qui entraîne parfois jusqu’à la fermeture pure et simple… «Qu’il y ait des commerces qui ouvrent et qui ferment, encore une fois, c’est tout à fait normal sur une artère comme Sainte-Catherine. Il y a encore plus de locaux à louer sur Mont-Royal et sur St-Denis que dans le Village. Dans un secteur avec une telle concentration de restaurants, il est aussi normal que certains ferment au bout d’un certain temps si l’on n’a pas réussi à fidéliser sa clientèle en offrant quelque chose de différent», insiste M. Brossard. Ayant mis la clé sous la porte il y a quelques mois, le Bistro 1272 est déjà réouvert avec de nouveaux propriétaires. Priape est déjà réouvert, la transition n’a même pas pris 2 semaines.

Avant que les gens pensent que l’établissement va fermer en raison de la pancarte «À louer», non, la Boulangerie-café La Mie Matinale (créée en 1998) ne jette pas la serviette. C’est tout le contraire même. Régis Ménétrey et Didier Eme, les sympas tenanciers, ont trouvé un autre endroit, plus spacieux, en l’ancienne adresse du Rona devenu le Pappas Tapas (au coin de Champlain) qui, malheureusement pour lui, n’avait pas réussi à tirer son épingle du jeu autant sur Sainte-Catherine que sur St-Laurent… «C’est un local plus grand, moins dispendieux, avec murs de briques et qui avait été rénové, donc c’est une bonne affaire pour La Mie Matinale qui pourra placer plus de tables qu’auparavant et offrir une gamme plus vaste de produits. Donc, c’est une excellente nouvelle pour le Village parce que, au lieu d’abandonner face à un loyer plus cher, ils ont décidé de rechercher autre chose, toujours dans le Village, afin de continuer à servir leurs clients, dont plusieurs leur sont fidèles depuis 15 ans», commente Denis Brossard.

Même si le Ella Grill, sur Amherst, a été la dernière victime en lice des augmentations de baux, d’autres bénéficient de la bonne grâce de la clientèle avec une offre spécifique, comme Chipotle&Jalapeno ou encore De farine et d’eau fraîche, pour ne nommer que ceux-ci sur Amherst, sans oublier la quincaillerie « Les décorateurs de Montréal » et la boutique WOD Sports, encore sur Amherst.

«Il y a aussi l’exemple du restaurant St-Hubert. Avant Noël, beaucoup de gens ont pensé que ce resto allait fermer, mais non. Alors que le St-Hubert face au Théâtre St-Denis, qui avait nécessité un investissement de plus de 5 millions de dollars, a fermé, Martin Nadeau le propriétaire de la succursale de Sainte-Catherine (coin Amherst), a décidé d’investir un million de dollars dans la réfection de la façade et la rénovation à l’intérieur, ce n’est pas n’importe quoi! S’il investit une telle somme, c’est parce qu’il croit au Village», renchérit Bernard Plante qui cite aussi la pharmacie Jean Coutu de Place Dupuis. Ils ont agrandi à grands frais, encore une fois, pour desservir la population du secteur et celles des visiteurs et cette succursale appartient à Jean Coutu lui-même, le fondateur de la chaîne. Donc, là encore, on parle d’un investissement majeur pour le Village qu’il est bon de rappeler. Sans oublier, Oh Miracle, l’édifice au coin Wolfe dont la rénovation est enfin terminée…», rajoute M. Plante.

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