Rencontre avec DOLLHOUSE RIOT

Cinq filles, de l’attitude et des «Secrets»…

Julie Vaillancourt
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DOLLHOUSE RIOT
DOLLHOUSE RIOT SEcret
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En décembre 2012, cinq filles dans la vingtaine se rencontrent, posant ainsi les assises d’un groupe alternatif aux sons pop/rock/punk/hard. Près d’un an plus tard, Dollhouse Riot trouve son identité musicale et dévoile ses Secrets, avec son premier EP. Ainsi, la chanteuse Kayla Whynter, la bassiste Gen Raw, la batteuse Dani Zukko, sans oublier Katt LeStrange et Cat Campbell aux guitares, sont désormais prêtes à prendre d’assaut la scène musicale indie-anglo montréalaise, avec attitude et rébellion, s’il vous plaît. Elles sont toutes musiciennes, amies et lesbiennes. Je les ai rencontrées, afin qu’elles nous en disent davantage sur leurs Secrets…

 
La rencontre des 5 filles de la formation, telle que constituée aujourd’hui, débute de façon non conventionnelle (ou du moins comme certaines rencontres lesbiennes diront certains) via le site de rencontre Plenty of Fish, explique Kayla : «On voulait un band de filles et j’avais un compte sur POF alors j’ai regardé toutes les photos des filles avec des instruments et j’y ai trouvé Catherine avec sa guitare». S’en suit le processus des auditions, alors que la chimie amicale et musicale termine le processus: «Nous sommes toutes lesbiennes, parce que c’est comme ça. Mais ce n’était pas un aspect important à la base », précise Cat. Après deux mois, les filles se mettent à la recherche d’un nom de groupe; Love Sex Riot fut évoqué, mais uniquement « Riot » demeure. Et parce que les filles se passionnent pour le cinéaste Joss Whedon (et sa série Dollhouse), voici que vient s’annexer «Dollhouse» à «riot». 
 
Évidemment, avec un terme comme « émeute », dans le nom du groupe, un certain aspect revendicateur est présent: « Nous ne sommes pas un band politique ou militant, mais une chanson comme Stonewall [en référence aux émeutes du Stonewall Inn en 1969] vient du cœur et nous permet de nous afficher. On fait tellement face à des injustices présentement, que l’on pense à l’Inde et à la Russie, et je trouvais que l’histoire de Stonewall nous permettait de faire un beau lien avec le présent. Parfois, je crois que notre génération n’est pas consciente du chemin qui nous reste à faire...», explique Cat qui signe le texte de la chanson. « Oui nous avons des chansons plus politiques, des chansons d’amour, mais c’est catchy», enchérit Kayla qui site Marilyn Manson parmi ses influen-ces : « Beaucoup de chansons que j’écris sont à propos des connexions humaines et c’est ce que je trouve important en musique», précise l’ancienne ballerine et pianiste, qui touchera au violon, à la flute et à la trompette avant d’entreprendre une technique en chant classique au Collège Vanier. 
 
Si la moyenne d’âge des «Dollhouse Girls» est de 25 ans, elles ne sont pas pour autant déconnectées de l’aspect sociopolitique des LGBT, ou blasées des luttes faites par les générations précédentes, comme le souligne Gen : «Je me rends compte de se qui se passe dans le monde et à Montréal, mais j’ai l’impression que ce n’est pas le cas de toute notre génération…» D’ailleurs, les filles semblent ébranlées par les récentes manifestations de violence dans le Village et la fermeture du Drugstore, lieu qui donnait un sens à leur communauté, où elles vécurent leur jeunesse, leurs premiers amours, leur coming-out. D’ailleurs, il n’a jamais été question de cacher leur identité lesbienne : «J’ai vécue beaucoup d’homophobie à l’école et no way que je vais cacher qui je suis», explique Cat, au-trefois très sportive, qui suite à une blessure, en viendra à appri-voiser la guitare en fauteuil roulant. Pour Kayla, avec une féminité exposée de par ses longs cheveux noirs et bleus. «C’était plus difficile de me faire prendre au sérieux. Pour certains gars, c’était même une invitation à vérifier la validité de mon lesbianisme».  
 
Cependant, elles ne veulent pas non plus utiliser leur orientation sexuelle pour faire le marketing de leur musique : «Je crois que nous nous sommes tellement battues pour l’égalité, pour que les relations homosexuelles soient reconnues au même titre que l’hété-rosexualité… Donc, comment aspirer à l’égalité si nous conti-nuons de façon incessante à nous étiqueter nous-mêmes? Donc je range mon drapeau lesbien, et je ne suis qu’une humaine, en amour avec des filles. Et j’espère qu’un jour, les gens n’en feront plus un plat que je sois lesbienne. Des modèles de femmes lesbiennes en musique, excluant Joan Jett, Melissa Etheridge, K.d. Lang, il n’y en a pas beaucoup, surtout dans notre génération. Les jeunes femmes d’aujourd’hui ont besoin de femmes fortes indépendantes et unies, et c’est de cette façon que je veux que l’on fasse le marketing de notre groupe », explique Kayla, sans cacher une certaine perspective féministe. 
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Et Gen de renchérir : «Personnellement, j’aspire à ce qu’un modè-le de femme tout court, lesbienne ou pas, amène un message positif. Est-ce que Miley Cyrus amène vraiment un message positif à la jeune génération d’aujourd’hui! Pas vraiment». Côté apparence, les piercings, tatous, cheveux bleus et autres caractéristiques physiques marquées des Dollhouse Riot, ne sont pas un aspect marketing, mais bien l’expression de la personnalité des jeunes femmes : «Ca m’arrive souvent que l’on me prenne pour un gars, au lieu de penser que je suis lesbienne, mais je m’en fous. Surtout l’hiver avec mon manteau, dans les toilettes des filles, les madames me regardent», explique Gen tout en rigolant. D’ailleurs, Cat avoue aimer le concept des toilettes mixtes au Royal Phoenix, pour cette raison, lieu où les Dollhouse Riot ont récemment tourné leur vidéoclip Secrets : «On a décidé d’aller voir dans notre communauté si elle pouvait nous aider et le Royal Phoenix a accepté que l’on y tourne gratuitement!» Les défis de l’autoproduction de l’album, outre les coûts (lire le fait qu’elles doivent manger du Kraft Dinner pour les 6 prochains mois), fut le temps : « Nous étions serrées dans les échéances, mais au final, nous sommes très fières du CD, car il représente bien ce que l’on est et notre style ». Ayant fait la première partie du groupe torontois Hunter Valentine l’année dernière, les Dollhouse Riot sont désormais prêtes à prendre la scène musicale d’assaut, tout en vous dévoilant leurs «Secrets»…Parlant de secrets, dans un groupe exclusivement composé de filles lesbiennes, il y en a beaucoup... no dull moments. Mais ça, c’est une autre histoire!  
 
Page Facebook officielle: www.facebook.com/DollhouseRiot
L’album Secrets (EP de 5 chansons) est offert sur iTunes et bandcamp.