«As-tu toujours ton pénis?»

Steve Foster
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Steve foster

Au cours des dernières années, j’ai beaucoup appris sur les réa-lités que vivent les personnes trans, mais disons qu’il n’en a pas toujours été ainsi. En 2006, à mon arrivée au Conseil, comme beaucoup de gens, ces hommes et ces femmes me paraissaient étranges et semblaient venir d’une autre planète. Je ne savais pas ce qui distinguait une personne transgenre d’une personne transsexuelle. Pour moi, ces gens s’apparentaient aux « drag queens » et aux personnificateurs féminins qui ont meublé mes jeunes années dans les bars. 

 
Puis j’ai connu de ces personnes. Je me suis donc mis à leur poser beaucoup de questions. Vraiment beaucoup de questions. Je voulais comprendre. Probablement comme vous d’ailleurs? Toutes et tous ont eu la gentillesse de répondre à la moindre interrogation que j’avais. Et je peux vous affirmer qu’elles ont témoigné d’une grande ouverture et d’une grande tolérance devant mon ignorance. Certain(e)s ont même répondu lorsque je leur demandais si elle ou il était opéré et si ils et elles avaient encore leur pénis ou leurs seins. Bref, la totale quoi! Comme vous le savez, notre monde fonctionnant en mode binaire, il est difficile de concevoir et de comprendre qu’il existe d’autres réalités. On m’a enseigné que si tu as un pénis tu es de sexe masculin et si tu as un vagin tu es de sexe féminin. Alors comment pourrait-il en être autrement? Comment comprendre qu’une femme avec un pénis soit une femme?
 
Puis un jour, en prenant un verre avec des ami(e)s et des connaissances, une amie qui avait partagé son vécu avec moi, précédemment, a décidé de me montrer la photo de ce qu’elle avait l’air avant sa transition. En voyant son portrait, je peux vous assurer que le jeune homme était très beau, mais j’ai surtout vu que cette photo représentait pour mon amie tout le parcours qu’elle a dû faire pour être bien dans sa peau. Malheureusement, lors de cette soirée quelqu’un ne s’est pas montré aussi sensible. Trouvant le mec sur la photo de son goût, il lui a dit quelque chose du genre «qu’il» était bien plus « beau » avant, que ce fût du gaspillage d’avoir changé de sexe, « qu’il » n’aurait jamais dû faire ça. Pendant près d’une demi-heure, mon amie a tenté de lui faire comprendre sa réalité, mais rien n’y a fait. Au final, après le départ du goujat,  j’ai trouvé mon amie en larmes dans les toilettes du bar. Je ne vous dis pas dans quel état elle était. Imaginer vous faire traiter comme un ou une moins que rien, que l’on vous refuse votre dignité, que vous l’on vous traite comme si vous étiez malade… Ah oui! J’oubliais, plusieurs d’entre vous le savent… moi en tout cas je me rappelle encore aujourd’hui m’être fait traiter de malade! Bref, toujours est-il que j’en ai eu pour une autre demi-heure à la consoler en compagnie de sa conjointe. 
 
Après cet incident, j’ai repensé à combien je trouvais pénible de répondre aux gens qui me posaient des questions sur ma sexualité, sur comment je faisais l’amour, qui faisait la femme, etc., alors, je me suis mis à poser beaucoup moins des questions aux personnes transsexuelles sur leur processus de transition. J’ai surtout arrêté de poser des questions sur leurs parties génitales. Je me suis plutôt mis à écouter davantage ce qu’elles avaient à dire. En fait, je me suis aperçu que la seule chose que j’avais besoin de connaître était de savoir si il ou elle était bien dans le ici maintenant. En fait, la seule chose que j’avais à faire était de respecter ces personnes dans ce qu’elles sont, comme je le fais avec les autres. 
 
Lorsque l’on sait que le taux de tentative de suicide est d’environ 50 % chez les personnes trans, savoir ce qu’il y a, ou ce qu’il n’y a pas, dans les sous-vêtements ne devrait pas être une nécessité à mieux comprendre et accepter l’autre.