La prophylaxie post-exposition

Un outil de plus

Chaque rencontre sexuelle implique une négociation quelconque entre l’autre et soi-même sur plusieurs plans, celui des attirances, des fantasmes, des préférences et des passions comme celui des risques : risques de décevoir, d’être frustré des attentes non comblées…et de contracter ou de transmettre une infection. 

Qu’est-ce qu’un homme gai séronégatif peut faire lorsqu’il croit avoir été exposé au VIH suite à une relation sexuelle non protégée ou à un bris de condom? Il est possible pour lui d’avoir recours à la prophylaxie post-exposition (PPE). La PPE est la prise de médicaments anti-VIH le plus tôt possible après une exposition possible (au plus tard 72 heures après) et ce, à tous les jours pendant quatre semaines. Il est important de savoir que la PPE n’est pas efficace à 100%, mais elle peut aider à réduire le risque d’infection au VIH. Pour avoir recours à la PPE, il faut rencontrer un médecin qui fera la prescription et le suivi pendant cette période. Plusieurs sites donnent des informations sur la PPE et disent comment y accéder dans la région montréalaise (http://www.rezosante.org, à la section Renseigne-toi; http://www.pretpourlaction.com/ton-kit-de-baise/la-ppe).

Parmi les hommes gais venus à SPOT pour un dépistage, près de 11% rapportent avoir eu recours à la PPE par le passé, (8,8% une seule fois et 2,1%, plus d’une fois). Chez ces hommes, le recours à la PPE n’est pas une question d’âge, mais plutôt une question de revenu, de proximité avec le milieu gai et d’un mode de vie plus libéral sur le plan sexuel. 

Ainsi, le recours à la PPE serait associé à un revenu plus élevé. Or, les médicaments pour la PPE coûtent plus de 1000$ par mois. Même si au Québec le régime d’assurance-médicament couvre ou rembourse une partie de ces frais, il est possible que dans les situations où le patient doit d’abord défrayer les coûts et se faire rembourser par la suite, cette question constitue une barrière à l’accès, d’autant plus que le médicament doit être pris rapidement après une relation à risque.

La PPE serait aussi une stratégie davantage connue par les hommes plus familiers avec la communauté et ses services. Elle serait plus fréquemment utilisée par des hommes qui se définissent comme gais ou homosexuels plutôt que bisexuels ou autrement, et qui ont un réseau d’amis gais plus importants.

Sur le plan sexuel, les utilisateurs de la PPE par le passé se démarquent par certains lieux privilégiés pour rencontrer leurs partenaires sexuels, soit le sauna et par internet, et par une plus forte proportion de relations sexuelles vécues sous l’influence de substances dans les trois derniers mois. Tel qu’indiqué au tableau 1, ces derniers résultats caractérisent de façon plus importante les hommes qui ont eu recours à la PPE plus d’une fois. 

Ces choix en termes de lieux de rencontres concordent avec le type de partenaires plus souvent impliqués dans leurs relations sexuelles. Faisant référence à la figure 1, on voit que les hommes ayant eu recours au moins une fois à la PPE par le passé déclarent avoir eu un nombre moyen plus important de partenaires d’un soir (one-night) et de partenaires dont ils ne connaissaient pas le statut sérologique VIH dans les trois derniers mois. D’autre part, leur propension à consommer des substances dans le contexte sexuel peut aussi être mise en lien avec une plus forte proportion de relations anales non protégées vécues avec un partenaire de statut sérologique inconnu ou séropositif dans les trois derniers mois. En effet, le taux de relations anales à risque pendant cette période était de 25% chez ceux qui n’ont jamais eu recours à la PPE, comparativement à 31,4% chez ceux qui l’ont utilisée une fois et 41,7%, chez les utilisateurs de plus d’une fois. Chez ces hommes, on perçoit davantage que chez les autres, une certaine lassitude face au fait d’avoir à toujours surveiller leurs activités sexuelles et bien que ce ne soit pas très marqué, un certain fatalisme quant à la probabilité d’être un jour infecté par le VIH. Chez les hommes qui ont déjà eu recours à la PPE, une plus forte proportion dira d’ailleurs avoir déjà contracté une ITS dans sa vie (PPE au moins une fois : 56%; jamais : 36%).

Pour la plupart des participants à SPOT, la présomption quant au statut sérologique de leur partenaire est le principal facteur influençant l’usage ou non au condom. Les hommes ayant déjà eu recours à la PPE par le passé, sont toutefois moins enclins que les autres à présumer du statut sérologique négatif de leur partenaire. Ils affirment d’ailleurs que l’évitement de certains types de partenaires, notamment en lien avec leur statut sérologique, fait peu partie de leurs stratégies de réduction des risques sexuels alors que le recours régulier au dépistage est privilégié. Comme on le voit à la figure 2, les hommes ayant déjà recours à la PPE dans leur vie, et particulièrement ceux qui l’ont utilisé plus d’une fois, ont davantage eu de relations sexuelles avec des partenaires séropositifs dans les trois derniers mois. De plus, dans les douze derniers mois, 71% de ces hommes avaient eu un dépistage comparativement à 43% chez les participants n’ayant jamais eu recours à la PPE.

Il semble donc que ces hommes combinent plusieurs stratégies pour réduire leurs risques sexuels. L’usage régulier du condom lors de relations anales à risque est tout de même la norme pour plus de la moitié d’entre eux; ils incluent à leurs scénarios préventifs le dépistage régulier et en cas d’exposition au VIH, ils savent qu’ils peuvent recourir à la PPE. Encore faut-il y avoir accès dans les 72 heures suivant la situation à risque. Ces résultats ajoutent aux articles précédents qui voulaient, d’une part, illustrer la complexification des enjeux de la prévention auprès des hommes gais; d’autre part, donner accès à tous à une diversité d’options de manière à ce que chacun trouve la combinaison optimale pour conjuguer érotisme, plaisir et santé sexuelle.

SPOT est un espace communautaire qui offre un dépistage rapide du VIH, anonyme et gratuit, ainsi que le dépistage des autres ITS, mais aussi une écoute et du soutien concernant sa santé sexuelle en général. SPOT est situé au 1223-A, rue Amherst à Montréal (H2L 3K9). Les heures d’ouverture sont : le lundi de 12h00 à 20h00 ; le mercredi, de 9h00 à 17h00; le jeudi et le vendredi, de 12h00 à 20h00. La prise de rendez-vous se fait par téléphone (514-529-7768) ou en personne.

 

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 Projet SPOT

Au fil des années, les hommes de la communauté ont participé généreusement à de multiples recherches sur leur sexualité et sur leur communauté. Ils sont en droit d’exiger que la recherche contribue à l’amélioration de leur qualité de vie et à l’équité en matière d’accès aux services de tous ordres. Ainsi, dans le but de faciliter les échanges entre le monde de la recherche et la communauté gaie, les chercheurs du projet SPOT poursuivent dans nos pages, la publication d’une série d’articles portant sur des questions d’intérêt pour les hommes gais. Les données recueillies auprès de 1800 hommes s’étant présentés à SPOT pour un dépistage rapide du VIH ainsi que les données tirées des travaux réalisés récemment ou en cours dans la communauté gaie montréalaise (Argus, Net Gay Baromètre, etc.) seront jumelées pour aborder des thèmes relatifs à la santé gaie (les stratégies de réduction des risques sexuels, l’accès aux services de santé, le couple, l’identité sexuelle, les lieux de socialisation, etc.).

Vous êtes cordialement invités à réagir aux articles. Faites parvenir vos commentaires par courriel (spotmontreal@gmail.com ou redaction@fugues.com) ou par courrier (1223-A, rue Amherst, Montréal, H2L 3K9).