Le Garde-robe de Frédérique — FICTION

Justine et Ève: point de rupture

Julie Beauchamp
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Julie Beaucgamp

Justine a quitté Ève il y a exactement 56 jours maintenant et elle ne fait que compter les heures de chaque journée qui passe, elle coche sur son calendrier tous les soirs la fin d’une journée. Elle se regarde dans le miroir, eh oui, elle éprouve une émotion de vide qui ne la laisse pas en paix, elle n’a pas de nouvelles d’Ève depuis. Quand elle parvient à s’endormir, elle se construit une tentative de peine d’amour libératrice, au matin, le miroir lui renvoie un visage triste, et non une expression de libération, c’est elle qui l’a quittée, pourquoi sa décision l’accable-t-elle autant?


Ce soir au Garde-Robe, elle veut refléter une attitude d’insouciance, de calme, de joie facile, elle a écrit à Ève, question d’en finir avec ce silence qui la peine, elle a laissé sa tristesse chez elle, dans l’espoir d’une réponse. « T’as l’air en forme ce soir! Ça fait du bien de te voir comme ça!» Justine sourit à Fred. « Oui, j’ai pris une décision.» «Ah! Enfin! Tu as finalement décidé de passer à autre chose, ça suffit la culpabilité!» Justine perd son sourire et s’offusque «Fred, tu ne comprends pas! Je pense à Ève tout le temps et j’ai besoin de lui parler, alors je lui ai écrit et j’espère bien avoir des nouvelles bientôt!» Fred n’en revient pas, mais pourquoi Justine tient-elle à garder un lien avec Ève, surtout qu’elle se doute fort bien qu’Ève a déjà commencé à voir quelqu’un d’autre? «Justine, tu es très difficile à suivre, je croyais que c’était fini, tu l’as quittée, tu ne l’aimais plus, en tout cas, tu l’aimais moins et on dirait que tu t’accroches à quelque chose qui n’est plus là.» 
Justine perd tout son calme, elle n’arrive pas à expliquer comment elle se sent exactement, elle tient à revoir Ève, ou à tout le moins lui parler, elle réplique : «Je n’ai pas entendu sa voix depuis 56 jours! La dernière fois que je l’ai vue, c’est ici et je n’ai pas eu le courage d’aller lui parler, elle était avec une fille!» Fred acquiesce: «Je sais...» Les clientes du bar se font de plus en plus nombreuses, Justine et Fred doivent mettre un terme à leur conversation. Justine reprend son sourire de femme libre et Fred s’empresse de répondre aux demandes de ses clientes. Ça bouge dans le bar, le son de la musique a monté de quelques décibels et les va-et-vient sur le plancher de danse créent un rythme entraînant et provoquent des rencontres inattendues! Justine et Fred doivent suivre la cadence et accélérer leur propre tempo, les commandes arrivent vite et elles n’ont pas le temps d’une pause causerie. Le cellulaire de Justine vibre, cette dernière n’a même pas 10 secondes pour lire le texto, mais la curiosité la tiraille. 
 
Une heure et demie plus tard, le rythme des commandes a légèrement diminué, Justine prend 30 secondes pour vérifier ses messages. Elle retient son souffle, elle reconnait le numéro de cellulaire de Ève et lit le message «Salut je vais bien moi aussi je pense à toi, mais c’est différent take care.» Justine relit le texto pour être sûre, elle ne comprend pas le message, ça veut dire quoi ? Elle interpelle Fred «Viens lire ça.» Fred lit et dit : «Ok, elle semble aller bien et te souhaite de prendre soin de toi? C’est gentil comme texto.» Justine regarde Fred l’air déconfite : «C’est tout ce que tu as à me dire, c’est gentil!» Fred prend Justine par les épaules : «Tu t’attendais à quoi? Qu’elle débarque avec des fleurs pour te remer-cier de lui avoir brisé le cœur? Justine, laisse aller.?Elle te dit qu’elle va bien, il faut que toi aussi tu avances». Justine baisse la tête, elle est triste, Fred la serre dans ses bras. Justine dit: «Je vais aller prendre l’air 5 minutes, je reviens». 
 
Elle marche vers la sortie et s’arrête sec, elle fait demi-tour et s’avance vers la piste de danse, les filles dansent, beaucoup de monde, beaucoup de circulation, Justine se fait frôler par une fille qui lui serre doucement le bras. « Salut! » Justine la dévisage : «Salut». La fille reprend: «Tu me reconnais?» Justine répond : «Oui, je pense?» «Je suis Anne, on s’est croisé ici il y a des mois… avec Ève, bien avant que vous soyez ensemble.» Justine se souvient, oui, oui la fille sur qui Ève avait un kick quand elles ont commencé à se voir. 
 
Elle répond poliment  « Oui, Anne, oui, je me rappelle, ça va?» Anne sourit et enchaîne : « Oui, ça va, je voulais aller te voir au bar tout à l’heure. Ève est contente que tu lui ais écrit». Justine fait le saut et recule! Elle ne comprend rien, comment elle sait : «De quoi tu parles?» Anne répond : «Bien, j’étais avec elle quand elle a reçu ton texto. On se voit depuis peu». Justine se sent défaillir, elle salue Anne et retourne au bar. 
 
Elle se dirige vers Fred presqu’au pas de course quand elle se fait encore frôler le bras par une fille, cette fois-ci elle ne s’arrête pas, et ne veux pas savoir qui c’est. Fred l’accueille avec un drôle de regard, Justine dit : «Faut que je te parle, tu sais pas qui je viens de croiser, Anne! Et elle est avec Ève! Je peux pas croire! C’est même pas la même fille que l’autre fois, Ève n’a pas perdu de temps!» Fred répond : « Justine, Ève est ici, elle vient de passer pour te parler.?Elle est ici!» «Ici! Je fais quoi?» «Tu finis ce que tu as commencé.» 
 
Justine s’avance vers la piste de danse à la recherche d’Ève, elle ne sait pas ce qu’elle va lui dire, mais elle trouvera, Ève est venue la voir, c’est tout ce qui compte.