La médiation urbaine

Pour régler des conflits !

André-Constantin Passiour
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Agents sociaux
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Si vous vous promenez l’été durant la période de piétonnisation de la rue Sainte-Catherine Est, vous avez sûrement déjà vu les deux sympas « agents de liaison » de la Société de développement commercial du Village (SDC). Jean-François Robillard et Cyrille Figureau arpentent inlassablement les lieux de jour comme de soir et les weekends… Ils sont là pour à la fois atténuer les problématiques et tenter de trouver des solutions. Ces « intervenants » de la SDC, avec la collaboration des postes de quartier 21 et 22 du SPVM (Service de police de la Ville de Montréal) et de Spectre de Rue, ont aussi mis sur pied un projet de « Médiation urbaine ». Parfois, cela empêche les cas de se complexifier, de se « judiciariser », mais lorsqu’il faut que la police intervienne, alors elle interviendra et fera peser la ba-lance de la justice… Mais ne vaut-il pas mieux discuter ?

Le 24 avril prochain, l’équipe qui a créé cette initiative de « Médiation urbaine » s’en va présenter cette démarche à Nicolet, à l’École nationale de police du Québec, lors d’un colloque du milieu policier. « Je suis à la fois excité et nerveux de montrer aux policiers réunis là ce que nous avons fait », de dire Jean-François Robillard dont les yeux bleus pétillent encore plus. « Nous sommes contents d’aller présenter ce travail d’équipe, parce que c’est un travail d’équipe, d’où la présence de Jean-François. Nous [la police], on représente l’autorité, mais la médiation est faite par les intervenants de la SDC, c’est un visage plus social avec pour but de régler les conflits », explique pour sa part Roxanne Pitre, inspecteur, maintenant chef du poste de quartier 21 mais qui était au 22 et qui s’est impliquée activement dans la mise en œuvre de ce projet. Aujourd’hui, c’estVincent Richer, commandant, chef du poste de quartier 22, qui coopère aussi à ce programme dans le Village avec sa consoeur et la SDC.
 
« Nous sommes très fiers de la reconnaissance par le SPVM de nos efforts et de l'approche que nous préconisons à la SDC... Grâce au patient travail de Jean-François et Cyrille à [établir ]la confiance avec les deux postes de quartier avec la participation financière (subvention) de l'arrondissement Ville-Marie », souligne de son côté Bernard Plante, le directeur général de la SDC du Village.
 
C’est que des conflits peuvent éclater : entre des commerçants, entre des personnes marginalisées (itinérants, toxicomanes, etc.) et des commerçants, entre des visiteurs, parfois il y a aussi des conflits émanant de groupes communautaires… « Il s’agit d’abord d’expliquer aux gens que l’on peut s’assoir et dialoguer et, ensuite, il faut voir si l’on peut trouver des solutions ensemble », dit l’inspecteur Pitre. « Il s’agit aussi de trouver des solutions humaines à des problèmes humains », de dire Cyrille Figureau.
 
En cela, les agents de liaison ont d’ailleurs suivi une formation spéciale en médiation du Regroupement des organismes en justice alternative du Québec (ROJAQ) afin d’être mieux outillés.
 
« Il va toujours y avoir des situations problématiques et des conflits. Mais, en même temps, on voit l’impact de notre travail de la part du milieu communautaire. Nous n’avons pas été acceptés tout de suite, nous étions engagés par la SDC, les “méchants capita-listes commerçants”, mais aujourd’hui notre travail est respecté. La médiation peut être applicable à bien des difficultés. Il faut seulement un peu de volonté de la part des parties et voir comment on peut régler ça », ajoute Jean-François Robillard. « C’est une alternative à l’utilisation du SPVM et, à la base, on réalise que cela peut contribuer à la sécurité et à la stabilité dans le Village », note l’inspecteur Roxanne Pitre.
 
Mais cela n’ai pas toujours facile d’établir cette médiation urbaine. Lorsque des jeunes, cet automne, ont commencé à occuper le parc Serge-Garant et le devant de l’édicule du métro Beaudry, ceux-ci intimidaient les passants. On a tenté alors de rassembler autour d’une même table les responsables du Refuge des jeunes et du Roc (sur la rue Beaudry). « La rencontre a permis de faire un état des lieux et de permettre aux parties réunies de faire valoir leurs points de vue, mais qu'aucune solution n'est encore ressortie, mais que nous avons bon espoir que notre prochaine rencontre permettra de déboucher sur des solutions, car nous sentons la volonté des organismes à résoudre le problème! », continue M. Robillard.
 
Les jeunes, l’itinérance, la toxicomanie sont autant de problématiques vécues par les résidants, les commerçants et les utilisateurs/visiteurs du quartier. Si les agents de liaison se promènent constamment pour être aux aguets de situations conflictuelles, ils peuvent aussi compter sur d’étroites relations avec EMRII (Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance), une équipe mixte composée de travailleurs sociaux du Centre de santé et des services sociaux Jeanne-Mance et de policiers du SPVM. 
 
La « Médiation urbaine » demeure donc une possibilité avant de recourir à la police et à des méthodes plus coercitives impliquant des constats d’infraction, l’arrestation, etc. « La volonté de la SDC et de l'équipe d'intervention et médiation est de favoriser des relations harmonieuses et de travailler dans le respect de l'écosystème fragile qu'est le Village. La collaboration de tous les acteurs du quartier est essentielle pour améliorer le sentiment de sécurité, sans négliger les clientèles marginalisées qui constituent, elles aussi, des citoyens du quartier! », de terminer Jean-François Robillard.