Solidairement vôtre!

Combien de morts faudra-t-il ?

Fabrice Nguena
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Fabrice Nguena

Dans le cadre de cet espace de revendication militante, nous publions ce mois-ci la lettre que Fabrice Nguena d’Arc-en-ciel d’Afrique a envoyé au ministre des Affaires étrangères, John Baird. La chronique du président du Conseil Québécois LGBT reviendra le mois prochain.

L’honorable John Baird, ministre des Affaires étrangères du Canada
 
Monsieur le Ministre
 
Je suis citoyen canadien originaire du Cameroun, pays qui depuis ces dernières années est devenu l’enfer des personnes homosexuelles, ceci s’illustrant par toutes sortes d’atrocités et d’actes barbares dignes du Moyen-Âge quand ce n’est pas la prison.
 
Le Cameroun criminalise l’homosexualité avec son article 347 bis du Code pénal : « Est punie d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende d’environ 50 $ à  475 $ toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe».
 
Des associations se sont même récemment créées pour instituer une journée de lutte contre l’homosexualité, avec bien entendu des messages barbares et terrorisants. Une vraie chasse aux sorcières est ouverte au Cameroun à l’endroit des personnes homosexuelles : arrestations arbitraires parfois basées sur des allégations, agressions, meurtres, ou alors la prison : voilà ce que vivent les personnes homosexuelles. 
 
Je vous interpelle donc à titre de ministre des Affaires étrangères du Canada, car le Canada est reconnu comme le pays des droits humains à travers le monde entier. Le Canada doit condamner, de manière officielle, cette violation abominable des droits humains et demander que cette loi soit abrogée pour garantir les droits et 
libertés de tous quelque soit leur orientation sexuelle et ce, au nom des conventions internationales en matière de protection des droits de la personne.
 
Aujourd’hui, tous les projecteurs sont braqués sur la Russie, mais sachez qu’il y a pire ! Ce sont les pays africains notamment le Cameroun, le Nigeria et l’Ouganda pour ne citer que ceux-là.
 
Aujourd’hui en Afrique et encore plus au Cameroun, Nigeria ou Ouganda, les personnes homosexuelles ont 3 choix :  
 
  1.  s’expatrier (ce qui n’est pas possible pour tous),  
  2.  vivre clandestinement comme des rats dans les égouts, (ce qu’on ne peut souhaiter à personne)  
  3.  faire fi de tout cela et certainement finir en prison ou victime d’agressions indescriptibles donc souvent la mort.
 
Aucun de ces trois choix n’est envisageable. Or, le 1er article de la Déclaration universelle des droits humains ne dit-il pas que  «Tous les hommes ou femmes naissent libres et égaux»?
 
Monsieur le Ministre, combien de morts faudra-t-il encore pour que le Canada sorte de sa passivité comme il le fait pour la Russie ? Un mort de plus, c’est déjà trop.  Et même que vivre sans pouvoir être soi-même équivaut à la mort. Je le dis pour l’avoir vécu. 
 
Aujourd’hui, je suis fier d’être citoyen canadien, mais je ne peux me réjouir quand je vois tous les mois les médias annonçant toutes ces atrocités que subissent les gens simplement parce qu’ils sont différents de la majorité. Chaque fois je me dis « ça aurait pu être moi» et mon cœur saigne.
 
L’Afrique ne peut pas continuer de vivre comme si elle vivait sur une autre planète. Un pays africain, l’Afrique du Sud, a depuis plus deux décennies une des constitutions les plus inclusives qui soit, alors c’est possible ! 
 
Le Cameroun tout comme le Canada, fait partie du Commonwealth, une organisation qui fait la promotion d'une série de valeurs communes auprès de ses membres telles que l'égalité, la non-discrimination, la démocratie et la primauté du droit. Bref, une raison de plus pour que le Canada puisse condamner cette violation des droits humains.
 
Le Canada, qui accueille annuellement plusieurs réfugiés dont la vie est menacée à cause de leur orientation sexuelle, ne peut rester sans rien faire. Il est une voix qui porte, respectée du fait de sa neutralité historique sur le plan international et par sa notoriété humanitaire. Notre pays doit joindre sa voix à celles de Human Right Watch, Amnistie internationale, et ADHEFO (l'Association pour la défense des homosexuels), organisme créé par l’avocate camerounaise de renommée internationale Maître Alice Nkom pour éradiquer ces atrocités.
 
J’interpellerai donc aussi le Commonwealth afin qu’il fasse pression sur tous ses États membres qui sont les plus homophobes d’Afrique. Le respect des droits humains devrait être la priorité fondamentale de cette organisation.
 
Je reste convaincu qu’on peut transformer le poison en élixir, l’apartheid, l’esclavage, la Shoah ont bien eu une fin, alors l’espoir reste possible. L’Afrique du Sud est un exemple concret de cela.
La liberté et l’égalité de tous sont la base de tout épanouissement, de tout développement et de toute créativité. Si cela n’était pas vrai, Nelson Mandela, Gandhi, Martin Luther King  n’auraient pas sacrifié leur vie pour ces valeurs si chères.  
 
Ainsi, je terminerais en citant Nelson Mandela : « Être libre ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaines, c’est de vivre de façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».
 
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments les meilleurs.