Profil du couple — SPOT

Le couple au masculin pluriel

Main dans la main par un samedi après-midi, on fait ses courses, on arrête prendre un café ou une bière à son endroit préféré, on salue des amis. La vie de couple suit son cours, avec ses obligations, ses plaisirs, ses attentes et ses frustrations. Parmi les participants rencontrés à SPOT, près du tiers rapportait être en relation de couple avec un homme (32 %). Les données d’ARGUS 2008-2009 donnaient des proportions similaires puisque 24 % des hommes de l’échantillon rapportaient être en union de fait ou mariés et 33 %, indépendamment de leur statut civil, disaient être en couple depuis plus de six mois. 

Le couple gai se décline de plusieurs façons : «fermé» (entente d’exclusivité ou de fidélité, tacite ou explicite, entre les partenaires), «ouvert» (engagement affectif entre les partenaires avec ouverture sur les relations sexuelles hors couple, avec ou sans entente), polyamoureux (couple à plusieurs), séroconcordant (partenaires de même statut sérologique VIH), sérodifférent (partenaires de statut sérologique VIH différent), etc., toutes ces étiquettes pouvant elles-mêmes se combiner (par exemple, un couple polyamoureux peut être séroconcordant et fermé). Si le polyamour est une forme de couple encore très marginale parmi les participants de SPOT (moins de 2 % de tous les couples), parmi les participants en couple dyadique (à deux), le tiers dira être en couple ouvert alors que les deux tiers rapportent être en couple fermé. Parmi les hommes en couple fermé, un sur cinq répondra toutefois avoir eu des partenaires hors couple pendant les trois derniers mois (dérogation à l’entente tacite ou explicite). Tentons de mieux caractériser ces trois types de couple : fermé exclusif (50%), fermé non exclusif (avec partenaires hors couple) (15 %) et ouvert (33%).
 
Les hommes rapportant être en couple fermé exclusif sont, en moyenne, ensemble depuis huit  mois alors que la durée moyenne des couples fermés non exclusifs est de deux ans et demi, et de cinq ans chez les couples ouverts. Ce sont les plus jeunes hommes et les participants moins fortunés qui rapportent le plus souvent être dans un couple fermé exclusif alors que les hommes de trente ans et plus (mieux nantis!) rapportent plus souvent être dans un couple fermé non exclusif ou en couple ouvert.  Les hommes en couple ouvert semblent avoir un sentiment d’appartenance plus élevé à l’égard de la communauté LGBTQ et un réseau d’amis gais plus important. Peu importe le type de couple, lorsque comparés aux hommes célibataires, les hommes en couple semblent plus optimistes face à l’avenir.
 
Comme on le voit au tableau c-dessous, la proportion où le statut sérologique VIH du partenaire est inconnu est plus importante dans les couples fermés exclusifs (formés depuis peu), puis dans les couples fermés non exclusifs alors que dans les couples ouverts, le statut sérologique du partenaire est plus souvent connu. C’est d’ailleurs dans ce groupe qu’on retrouve une plus forte proportion de couples sérodifférents. 
 
Dans les trois derniers mois, les relations anales ont fait partie des pratiques sexuelles de la grande majorité des couples fermés exclusifs alors qu’elles ont semblé moins pratiquées dans les couples fermés non exclusifs et ouverts. En fait, dans les couples fermés non exclusifs, les relations anales  faisaient partie de leurs pratiques antérieures chez 88 % d’entre eux alors dans les couples ouverts, 97 % rapportent avoir déjà eu des pratiques anales avec leur actuel partenaire de couple, cette proportion ayant chuté à près de 82 % dans les trois derniers mois. 
 
En ce qui concerne le condom, on voit que plus du tiers ne l’utilise pas actuellement alors que plus de 87 % disaient l’avoir utilisé au début de leur relation de couple. L’abandon du condom s’est produit, en moyenne, il y a quatre mois dans les couples fermés (exclusifs et non exclusifs) et il y a deux ans dans les couples ouverts.
 
Pourquoi ces hommes en couple ont-ils demandé un dépistage du VIH en venant à SPOT? Les raisons énoncées varient selon le type de couple vécu. Pour les hommes en couple fermé exclusif, les principales raisons évoquées sont, dans l’ordre, parce qu’ils débutaient une nouvelle relation (49 %), qu’ils voulaient se rassurer sur leur statut sérologique (35 %) ou qu’ils désiraient abandonner le condom avec leur partenaire actuel (28 %). Chez les hommes en couple fermé non exclusif, ces raisons sont d’abord parce qu’ils pensaient avoir pris un risque (47 %), puis parce qu’ils voulaient savoir s’ils sont séropositifs pour éviter de transmettre le virus à leurs partenaires (18 %) ou parce qu’ils voulaient abandonner le condom avec leur partenaire actuel (24 %). Cette dernière raison est moins importante chez les participants en couple ouvert. Ils sont d’abord venus parce que le dépistage est une question de routine pour eux (56 %), parce qu’ils pensaient avoir pris un risque (39 %) ou parce qu’ils voulaient être rassurés quant à leur statut VIH (24 %).
 
Pour les participants en couple fermé non exclusif ou en couple ouvert, ces raisons ne sont pas étrangères aux comportements sexuels rapportés avec les partenaires hors couple. Dans les deux cas, ces hommes rapportent en moyenne avoir eu cinq partenaires sexuels différents dans les trois derniers mois, des one night principalement chez les hommes en couple fermé non exclusif et tant des occasionnels que des one night chez ceux en couple ouvert. Les hommes en couple fermé non exclusif ont rencontré ces partenaires principalement par internet (47 %) ou avec une application pour cellulaire (24 %) alors que pour les hommes en couple ouvert, les lieux de rencontres étaient davantage diversifiés : d’abord par l’entremise d’amis (41 %), par internet (23 %), avec une application pour cellulaire (31 %), dans les bars (21 %) et les saunas (23 %).
 
Les hommes en couple ouvert rapportent avoir eu des partenaires séropositifs (13 %) alors que les hommes en couple fermé non exclusif semblent les avoir évités (0 %). Éviter ce type de partenaires et éviter certaines pratiques à risque sont d’ailleurs des stratégies importantes de réduction des risques qu’ils se donnent. Les relations anales sont moins fréquentes (82 %) et l’usage constant du condom plus important avec les partenaires hors couple chez les hommes en couple fermé non exclusif (64 %) alors que chez les participants en couple ouvert, 97 % rapporteront des relations anales avec leurs partenaires hors couple et un usage constant du condom moindre (47 %). Le sexe en groupe et les relations intentionnellement non protégées avec des partenaires de statut inconnu ou sérodifférents (barebacking) sont des pratiques davantage rapportées par les hommes en couple ouvert. 
 
En résumé, le couple fermé exclusif est le modèle privilégié, parti-culièrement en début de relation. Le dépistage du VIH permettra alors l’abandon du condom dans le couple. Pour les hommes qui s’entendent sur un couple fermé, mais qui ont des partenaires hors couple, la protection du couple reste une préoccupation importante. On évite certains types de partenaire, certaines pratiques. Après une potentielle prise de risque, on s’assure, par le dépistage, qu’on ne transmettra pas le VIH au partenaire. Le couple ouvert semble un modèle adopté par des couples de plus longue date et par des hommes plus près de la communauté gaie, de ses normes et modes de vie. Dans ces couples ouverts, au fil des relations hors couple, il semble moins facile de préserver le couple du VIH. Le dépistage est intégré à la routine préventive dans l’attente d’un résultat confirmant l’absence de VIH. 

 


SPOT

Au fil des années, les hommes de la communauté ont participé généreusement à de multiples recherches sur leur sexualité et sur leur communauté. Ils sont en droit d'exiger que la recherche contribue à l'amélioration de leur qualité de vie et à l'équité en matière d'accès aux services de tous ordres. Ainsi, dans le but de faciliter les échanges entre le monde de la recherche et la communauté gaie, les chercheurs du projet SPOT poursuivent dans nos pages, la publication d'une série d'articles portant sur des questions d'intérêt pour les hommes gais. Les données recueillies auprès de 1800 hommes s'étant présentés à SPOT pour un dépistage rapide du VIH ainsi que les données tirées des travaux réalisés récemment ou en cours dans la communauté gaie montréalaise (Argus, Net Gay Baromètre, etc.) seront jumelées pour aborder des thèmes relatifs à la santé gaie (les stratégies de réduction des risques sexuels, l'accès aux services de santé, le couple, l'identité sexuelle, les lieux de socialisation, etc.). Vous êtes cordialement invités à réagir aux articles. Faites parvenir vos commentaires par courriel ([email protected] ou [email protected]) ou par courrier (1223-A, rue Amherst, Montréal, H2L 3K9).


 
À SPOT, les hommes qui vivent en couple sont bienvenus, peu importe le modèle ou les ententes qu’ils adoptent. L’intervenant pourra, s’ils le désirent, les aider à discuter des différentes ententes et stratégies de prévention, peu importe leurs partenaires.  SPOT est un espace communautaire qui offre un dépistage rapide du VIH, anonyme et gratuit, ainsi que le dépistage des autres ITS, mais aussi une écoute et du soutien concernant sa santé sexuelle en général. SPOT est situé au 1223-A, rue Amherst à Montréal (H2L 3K9). Les heures d’ouverture sont : le lundi de 12 h à 20 h ; le mercredi, de 9 h à 17 h; le jeudi et le vendredi, de 12 h à 20 h. La prise de rendez-vous se fait par téléphone (514-529-7768) ou en personne.