politique ET MILITANTISME

Fugues, incontournable

Steve Foster
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Steve Foster (Directeur général du Conseil Québécois LGBT), Réal Ménard, Pascal Bérubé, Thierry Arnaud (Président Conseil Administration - CCGQ), Marc-Antoine Saumier et Daniel Breton (député de Sainte-Marie - Saint-Jacques).

Fugues à trente ans ce mois-ci. Moi j’en ai quarante-neuf. C’est dire que ce magazine m’a donc accompagné une très grande partie de ma vie. À travers lui, j’ai vu nos communautés changer et évoluer, mais j’y ai vu aussi notre histoire qui n’a certes pas été un long fleuve tranquille. De ce que je lisais uniquement au Drague, au Ballon rouge ou chez moi, aujourd’hui je le lis en prenant le métro, dans un café de la rue Saint-Laurent ou dans un resto de l’Abitibi.  

Pour moi, Fugues est la vitrine par laquelle j’ai découvert bien des aspects de nos vies. En fait, à travers ce magazine, j’ai découvert tout un univers. Fugues ne m’a pas servi uniquement, dans ma jeunesse, à mieux connaitre la vie nocturne et tout ce qui vient avec, il m’a aussi permis d’avoir un portrait de qui nous étions au-delà du night life. 
 
Certes d’autres magazines ont existé qui parlaient de nous avant lui ou en même temps que lui, mais comme bien des gens, soit je suis trop jeune pour les avoir connus ou je les ai connus que plus tard, comme le RG d’Alain Bouchard par exemple. Mais à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas, où l’internet commençait à déployer à peine ces ailes, Fugues fut mon réseau social, mon moteur de recherche…  
 
J’y ai découvert des militant(e)s, des artistes, des gens d’affaires, des politiciens, des drag queens, des événements et des organismes, mais aussi nos réalités, nos luttes pour nos droits, la discrimination et le VIH-Sida. J’ai vu, à travers les pages, les arrestations et la violence dont nous étions victimes, mais aussi le premier mariage et la première famille homoparentale. Ce petit magazine m’aura aussi parlé d’homophobie, de vieillissement, des jeunes, des personnes transsexuelles, des lesbiennes, de religion, des affaires. Il m’aura parlé de culture, de voyage et de santé, mais aussi du Village, du Québec et du monde. En fait Fugues m’aura parlé de nous au cours de toutes ces années. 
 
Encore aujourd’hui, j’ai plaisir à feuilleter ce magazine et à lire les articles (oui, oui, je lis les articles) tant dans sa version papier, que je préfère par sentimentalisme, que dans sa version web. Bien sûr, les sections auxquelles j’accorde de l’importance ont changé avec le temps. Par exemple, la section nightclub me passionne beaucoup moins (c’est l’âge, sans doute) et celles sur le communautaire, les nouvelles, les entrevues beaucoup plus. Mais, au final, il n’en demeure pas moins que trente ans plus tard, bien que je lise d’autres magazines LGBT majoritairement français et américains, Fugues demeure mon incontournable.
 
Je souhaite donc un heureux trentième à toute l’équipe du Fugues qu’elle soit passée ou présente. Merci d’avoir su donner un visage à nos communautés. Merci d’avoir donné la parole à celles et ceux qui n’en avaient pas. Merci d’avoir, à votre façon, contribué à transformer la société.
 
Je profite de l’occasion pour faire un remerciement tout parti-culier à Yves Lafontaine qui m’a offert, il y a près de quatre ans, la possibilité d’écrire la chronique Solidairement vôtre. Je suis heureux de pouvoir redonner, bien humblement, un peu de ce que le Fugues m’a apporté.