Aires Libres 2014

Ce que nous réserve l’édition 2014 d’Aires Libres

André-Constantin Passiour
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Pour une 7e édition consécutive, l’événement Aires Libres, soit la portion artistique de la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine Est (entre Saint-Hubert et Papineau) nous revient avec ses belles terrasses et son ambiance décontractée et festive. Ainsi, du 15 mai au 1er septembre, on se promènera à nouveau sous un dais de «Boules Roses», qui ne cesse de faire parler d’elles à travers le monde et de récolter les honneurs, en sa version 4.0 – plus de 175 000 boules – fruit du labeur de l’architecte Claude Cormier et de son acolyte Yannick Roberge. L’art et la création prendront encore cette année le devant de la scène avec plusieurs activités. 

L’an dernier, la commissaire à l’art public, Marie-Ève Beaupré, nous avait fait découvrir, parmi d’autres, l’artiste Dominique Pétrin qui avait «habillé», on s’en souviendra, l’édicule du métro Beaudry. Cette année, la Société de développement commercial (SDC) du Village, organisatrice d’Aires Libres, a fait appel à Aseman Sabet, 32 ans, étudiante au doctorat en histoire de l'art à l'Université de Montréal, pour prendre la relève de Marie-Ève Beaupré, qui oeuvre maintenant à titre de Conservatrice de l’art contemporain au Musée national des beaux-arts du Québec, et nous concocter le volet artistique de cet événement estival dans le Village.
 
Nous nous sommes donc entretenus avec Aseman Sabet en vue d’en connaître plus.
 
Premièrement, comment entrevoyez-vous votre fonction de commissaire à l'art publique de la SDC du Village ?
 
Je considère avant tout travailler à titre de commissaire en art contemporain pour la manifestation d'art public Aires Libres. Cette précision est importante car, bien entendu, le projet est en lui-même une initiative de la SDC du Village et de son impeccable équipe, mais mes fonctions demeurent ciblées autour de cet événement en particulier. Cela dit, Aires Libres réserve bien des surprises pour les années à venir, et ses ramifications au-delà de la saison estivale sont en chantier.
 
Pour revenir à la question de mes fonctions, en étant épaulée par le directeur de la SDC, Bernard Plante, et le président du conseil d’administration, Denis Brossard, les choses avancent très vite, puisque toutes mes questions d'ordre logistique trouvent rapidement leurs réponses. Bref, je peux faire mon travail avec beaucoup de confian-ce, mais il n'en demeure pas moins que la prochaine édition d'Aires Libres est en soi un défi de taille, puisque nous allons inclure cette année plusieurs sculptures et donner une nouvelle envergure au projet.
 
Lorsqu'on dit Village, évidemment il s'agit du «Village gai de Montréal», comment pensez-vous pouvoir mettre en valeur des artistes et créateurs LGBT ? Et est-ce votre priorité en tant que commissaire ?
 
En fait, quand j'ai été engagée, la SDC du Village m'a précisé que l'événement Aires Libres n'était pas un événement qui prenait en compte l’orientation sexuelle de ses artistes et qui était ouvert à tous sans exclusion. Certes, l'événement a lieu dans le Village, mais le Village ne se limite pas à une seule communauté, et l'idée de la pluralité est ici de mise dans toutes ses déclinaisons. On parle d'un espace piéton qui va des abords de l'UQÀM, et de la faune éclectique qui l'entoure, à la rue Papineau. Ce tronçon de Sainte-Catherine, déjà largement représenté par la dynamique vie culturelle de la communauté LGBT, est fréquenté par les citoyens du quartier, mais aussi par les touristes, par les familles, par les étudiants, par les charmants fêtards de tout horizon, etc. L'idée est d'aller chercher une diversité encore plus grande en termes de fréquentation du quartier, sans rien enlever à la signature actuelle du Village. Ce que je désire avant tout, c'est mettre en valeur le travail des artistes de talent, peu importe la communauté à laquelle ils s'identifient. Je veux des oeuvres de qualité. C'est là ma priorité.
 
A-t-on pensé à souligner le fait que ce soit le Village gai, mais de manière originale et artistique ? Certains ont suggéré des ''traverses'' aux couleurs de l'arc-en-ciel, est-ce quelque chose à considérer ?
 
Je crois que personne ne doute qu'Aires Libres a lieu dans le Village gai de Montréal, qui est un des plus célèbres Villages gais du monde. En ce sens, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de le surligner. Le Village, c'est aussi un quartier complexe, aux visages multiples. Il ne faut pas l'oublier. Parallèlement, je crois que la meilleure façon de souligner la présence de la communauté LGBT dans le quartier est de diversifier les publics et ainsi multiplier les rencontres, les dialogues, et briser les tabous qui, malheureusement, persistent encore. Autrement dit, au-delà des couleurs de l'arc-en-ciel et de leur formidable symbolique, la communauté LGBT est elle-même son meilleur porte-étendard.
 
À quoi peut-on s'attendre cette année pour Aires Libres, quelle sera la direction ? Certains artistes reviennent-ils, je pense à Dominique Pétrin par exemple ?
 
La thématique pour l'édition 2014 d'Aires Libres est « Entre les lignes ». Les artistes choisis vont créer leurs oeuvres autour de cette thématique soit d'un point de vue formel, c'est-à-dire en travaillant directement les lignes, soit d'un point de vue conceptuel, en travaillant la question des zones grises, des hybridations, bref de représentations qui portent le spectateur à s'interroger sur ce qui est représenté. La question des lignes réfère également à la cartographique urbaine, à cette longue ligne que constitue l'espace piéton d'Aires Libres et, par extension, aux boules roses de Claude Cormier, qui s'alignent sur plus d'un kilomètre. Tous les artistes de la prochaine édition en seront à leur première participation à Aires Libres. Il y a tellement d'artistes intéressants au Québec qu'il serait vain de présenter au public les mêmes pratiques que l'année précédente. Cette année, pour le volet sculptural, nous présentons le travail de Valérie Blass, Catherine Bolduc, Louis Bouvier, Patrick Coutu et Nicolas Fleming. En ce qui concerne les oeuvres photo, le public pourra voir le travail de Cynthia Girard, David Lafrance, Max Wyse, ainsi que le duo Jim Holyoak et Matt Shane. L'illustratrice Agathe Bray-Bourret participera également à la présentation de l'intitulé de l'événement aux deux extrémités de l'espace piéton.
 
Quelle sera l'exposition qui remplacera «Trous de mémoire» (à l'Aire Banque Nationale) et sur quelle base a-t-on fait ce choix ??
 
Pour la prochaine année, nous allons garder la structure des panneaux de «Trous de mémoire », mais changer le contenu graphique. C'est dans cet objectif que nous avons lancé le Concours Aire Banque Nationale à l'automne 2013. Un jury a été mis sur pied pour choisir le projet qui remplacera le projet initial de la firme Paprika et le gagnant se méritera un prix de 10 000$, gracieuseté de la Banque Nationale. Le choix du jury sera annoncé prochainement.
 
Petit rappel donc, on profitera de la piétonnisation du 15 mai au 1er septembre inclusivement soit après le week-end de la Fête du travail.