Les 30 ans de Fugues

Ils l’ont dit dans Fugues

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Au fil des 30 dernières années, les journalistes de Fugues ont interviewé quelques milliers de personnalités, toutes orientations confondues, qui se sont exprimées sur les réalités LGBT. Après une sélection, évidemment déchirante, voici une trentaine de citations marquantes, amusantes, voire surprenantes...

«Je veux faire de la politique d’une façon honnête. Il me semble important que la population sache qui je suis. En fait, c’était pour moi une condition pour me présenter à ces élections. »

Raymond Blain, premier candidat ouvertement gai à une élection au Québec, puis conseiller municipal pour le district Saint-Jacques, 1985

 

 

«J’ai déjà dit de moi – quand je ne m’aimais pas beaucoup – que j’étais un corps de client dans une âme de guidoune.» ?

Michel Tremblay, écrivain et dramaturge, 1988.

 

 

«J’invente pas, j’ai pas d’imagination moi. Je raconte ma vie un peu maquillée, mais pas tant que ça. Pour ceux qui me connaissent, ils reconnaissent ma copine Louise, ils reconnaissent notre vie, ma famille, mes voyages, des anecdotes un peu poussées je l’avoue, mais ça tient assez près de ma réalité. » ?

Clémence Desrochers, auteure, chanteuse, humoriste, janvier 1996

 

 

«Le fait qui m’étonne le plus, et je trouve ça fatigant, ce sont les chanteurs de charme homosexuels dont beaucoup de femmes sont amoureuses. Comment peuvent-ils assumer ce mensonge ? »

Janette Bertrand, auteure, animatrice, dramaturge, 1996

 

 

«Les rumeurs concernant mon orientation sexuelle ne m’ont pas dérangé. Elles ont correspondu avec la sortie du film Being at Home with Claude. De toute façon, les ami(e)s savent ce que je suis. Quant au fait que les gais aient de moi l’image de sex-symbol. Je trouve que c’est assez flatteur.»

Roy Dupuis, comédien, 1997

 

 

«On me dirait qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour devenir hétéro que je refuserais. Être gai, ça a été pour moi la source qui m’a rendu l’écriture possible par une vision originale.»

Pierre Samson, écrivain, 1999

 

 

«Je ne me considère pas comme un modèle pour les gais… Ma vie est trop désordonnée pour ça. D’ailleurs, je ne crois pas que les acteurs, en général, aient des vies modèles. Au contraire… J’aime être comme je suis et je n’ai pas le goût de passer ma vie à faire attention à ce que je dis ou ce que  je fais… je ne serai donc jamais un modèle. Je pourrais cependant être un bon véhicule publicitaire » (rires.) ?

Rupert Everett, comédien, 2000

 

 

«Un acteur gai existe-t-il? Je suis un acteur qui est gai. Je suis un homme gai qui est un acteur. Choisissez. Devrais-je refuser de jouer Macbeth ou Prospero ou Richard III? Non. Je contribue à l'oeuvre, au monde tel que je le perçois, c'est-à-dire à travers une vision gaie. Mais je ne veux pas, ni dans ma vie ni dans mon travail, me couper de l'hétérosexua-lité. Vous savez, l'hétérosexualité est un phénomène fascinant (rires).»?

Ian McKellen, comédien, 2000

 

 

«Quand j’ai commencé à jouer de la guitare électrique, je ne savais pas que ça ne se faisait pas (pour une femme à l’époque). En ce sens, quand je me suis aperçue que j’étais homosexuelle — et je l’ai su très tôt —, je ne savais pas non plus que ça ne se faisait pas. Pour moi, c’était normal. Je l’ai appris après, que ça ne se faisait pas. Et je me suis dit : «Tiens, ça se fait pas ? Bien, tant pis, tu vas le faire pareil!» ?

Geneviève Paris, auteure, compositeure et interprète

 

 

«Être gai te donne un point de vue différent sur la vie, sur le monde. Être gai, c’est également, pour moi, une question de sensibilité particulière, qui s’inscrit dans une longue tradition artistique. En tant qu’artiste, j’ose croire que mon travail poursuit celui d’autres artistes. » ?

Rufus Wainright, compositeur interprète, 2001

 

 

«Les gais, pour avoir vécu la différence, ont un potentiel de créativité énorme qu’ils devraient exploiter.?C’est une de nos grandes responsabilité d’inventer notre vie tout le temps.»?

Jean Fugères, journaliste et chroniqueur, 2001

 

 

«J'ai tendance à croire que nous vivons actuellement, pour les gais et les lesbiennes, l'équivalent du mouvement des droits civiques des noirs dans les années 60 aux États-Unis. Et cela pose des questions fondamentales. Une des questions qui va chercher les hétérosexuels au plus profond d'eux-mêmes et qui risque de bouleverser la société, c'est la reconnaissance des couples homosexuels et la possibilité pour ceux-ci d'avoir des enfants. Cela remet en question le rôle traditionnel des parents et les ins-titutions.»?

Richard Martineau, journaliste et animateur, 2002

 

 

«Je trouve que le militantisme gai s'excite trop facilement le poil des jambes avec la répression visible et grossière et pas assez avec la répression sournoise, les mises de côté, les isolements qu'on retrouve dans les institutions. Les militants devraient plutôt dénoncer cela. Je sais que dans un journal, on aura moins tendance à faire couvrir les sujets politiques ou économiques par un gars ouvertement gai. Mais le discours des responsables est tellement articulé, tellement politiquement correct, qu'ils ne diront jamais qu'ils préfèrent choisir un straight plutôt qu'un gai notoirement connu.  » ?

Pierre Foglia, chroniqueur, 2002

 

 

«Il n’y a rien de plus triste qu’un gai qui ne s’assume pas, alors qu’une fois qu’il s’assume, on peut réellement avoir du fun dans les rapports humains.» ?

Alain Choquette, magicien et animateur, 2003

 

 

«Malgré les lois adoptées chez nous, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.?Dans plusieurs cultures, on considère encore l’homosexualité comme un crime. La bataille pour les droits de la personne est loin d’être gagnée.?Et je suis convaincu maintenant que c’est avec l’éner-gie de la fierté qu’il faut mener ces combats.»

André Boisclair, politicien, 2005

 

 

«Y’en a qui m’ont dit que c’était suicidaire d’accepter (d)es rôles (de personnages gais). Moi, au contraire, je les adore, car ce sont de véritables rôles de composition. Et si ça dérange les autres, tant pis.»

Éric Bernier, comédien, 2006

 

 

«Je crois que je suis faite comme ça. Ça doit être inné. Dans mon for intérieur, j’ai l’impression que tout ce que je vais faire va plaire au public gai. Je suis une vraie queen (rires)»?

Madonna, chanteuse, 2006

 

 

« Je suis un peu comme Bette Midler, qui a commencé à chanter dans des saunas à New York, ils (les gais) ont toujours été là. Alors quant à moi, être homosexuel, c’est loin d’être une maladie, c’est plutôt une qualité. » ?

Diane Dufresne, chanteuse, 2007

 

 

«Tout le monde sait que je suis gai. Je ne m’en suis jamais caché et je n’ai jamais eu à faire à proprement parler mon coming out. Et d’ailleurs, c’est rare que l’on m’en parle ou que l’on me pose des questions là-dessus. » ?

René-Richard Cyr, Metteur en scène et comédien, 2008

 

 

«Tout n’est pas gagné comme on pourrait trop facilement le croire. Le politiquement correct fait qu’aujourd’hui, tout le monde semble accepter l’homosexualité, mais cela reste en surface, pour l’image publique».?

Serge Denoncourt, metteur en scène, octobre 2009

 

 

« Je suis comme je suis, et je viens en un morceau (Rires) et lorsque qu’on se dit féministe, le discours dominant de la société est un discours qui discrédite les féministes, notamment en les traitant de lesbiennes. Alors, lorsque que tu es féministe et lesbienne et que tu l’assumes clairement, ça dérange l’ordre établi ! ».

Manon Massé. militante et candidate aux élections provinciales, décembre 2009

 

 

« C’était très flou dans ma tête, j’étais très introverti, j’étais le poète et le rêveur de service. C’est quand j’ai embrassé mon premier garçon, à l’âge de 18 ans que j’ai réalisé ce qui se passait. Après ce baiser, tout avait un sens. Et je suis passé de poète… à gai de service ! »

Bruno Laprade, militant,  avril 2010

 

 

« Je cherche seulement à émouvoir les gens avec les éléments de vie dont je dispose, je ne veux pas récuser qui je suis… J’ai grandi dans une famille présente et aimante où ce fait (l’homosexualité) ne posait pas de problématique particulière.»

Xavier Dolan, cinéaste et comédien, juillet 2010

 

 

« J’avais envie de parler du mensonge chez les gais. On apprend à mentir avant d’être gai. Pour être avec d’autres gars quand on est adolescent, on cache que l’on est gai et en même temps on essaie de se rapprocher d’eux. On des mythomanes courageux ».

Michel-Marc Bouchard, auteur et dramaturge à propos de Tom à la ferme, janvier 2011

 

 

« Si c’est dans un sport individuel – comme des joueurs de tennis, des nageurs, etc.- je crois que c’est plus facile, parce que dans les faits, on ne dérange pas beaucoup de gens autour de soi. Cela est beaucoup moins évident lorsque que vous évoluez dans un sport d’équipe où il y a toute une organisation, mais aussi – et peut-être encore plus – parce que vous dépendez de vos coéquipiers. Vous avez besoin d’eux, ce sont des partenaires dont on ne sait pas quelle sera leur réaction ».

David Testo, joueur de soccer pour l’Impact et maintenant professeur de yoga, mars 2012  

 

 

«Je n’ai jamais fait semblant (d’être hétéro) et cette évolution m’a amené tout naturellement à le dire. Mais c’est juste une extension de moi-même. Je ne pense pas que cela change grand-chose pour mon public. En même temps on ne peut que s’inquiéter de ce qui se passe dans beaucoup de pays où l’homosexuali-té est condamnée pour des raisons religieuses».

Mika, chanteur, septembre 2012

 

 

«Pour moi, être gai va bien au-delà que d’avoir des activités sociales. C’est une position politique, et aujourd’hui, comme dans le milieu du sida, le discours politiques est de moins en moins présent».

Roger LeClerc, militant sida et droits gais, janvier 2013

 

 

«Je crois que l’on doit s’ouvrir, ne pas rester dans un créneau. Je ne m’identifie pas par mon orientation sexuelle, mais j’en suis très fière et je ne vais jamais la cacher! Je crois que nous en sommes rendus là, avec ma génération, au niveau de l’acceptation. Pour moi, militer c’est m’ouvrir aux autres. Tu ne peux pas faire passer un message si tu le gardes pour toi. Et pour moi, être gaie à Montréal, en 2013, c’est être libre».

Chloée Robichaud, cinéaste, 2013

 

 

«Quand j’avais 20 ans, j’étais un crazy queer Canadian punk rocker qui avait la réputation de coucher avec les chums des autres! Aujourd’hui, si je devais me décrire, je dirais que, croyez-le ou non, je suis un homme terre-à-terre qui apprécie être en compagnie d’amis et de mon merveilleux mari»?

Bruce LaBruce, cinéaste, février 2014

 

 

«On ne tombe pas amoureux d’un phallus ou d’un vagin, mais d’une personne avant tout.» 

Alexandre Goyette, comédien et metteur en scène, février 2014

 

 

«Je ne pensais pas que nous irions aussi loin. Par rapport au désir que j’avais de changer le monde, ce n’est pas arrivé (rires). Plus sérieusement, je pensais que l’on ne ferait qu’élargir une certaine zone de tolérance, de diminution du rejet ou de l’exclusion. Mais je n’aurais jamais imaginé que nous aurions un jour le mariage, ou encore  une politique de lutte contre l’homophobie. Ce que nous avons obtenu n’est pas rien, en termes de reconnaissance.»?

Line Chamberland, sociologue et directrice de la Chaire de recherche sur l’homophobie, mars 2014



 

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Publié le 26 mars 2014

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