Élections 2014

Victoire écrasante pour les uns et défaite cuisante pour les autres

Denis-Daniel Boullé
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La politique peut se révéler parfois surprenante. Ainsi le Parti libéral (PLQ) doit surfer aujourd’hui sur une victoire et des résultats auxquels il ne s’attendait pas. La Coalition Avenir Québec (CAQ), que certains avaient enterrée à l’annonce des premiers résultats, a de nouveau le vent dans les voiles. Réveil serein pour Québec solidaire qui sort honorablement de ce scrutin en ayant une troisième candidate élue. Tout autre lendemain de veille pour le Parti québécois qui ne doit pas comprendre la défaite cuisante à laquelle il doit faire face.

Et pour Pauline Marois et ses stratèges, la nécessité de prendre acte d’un message qui n’a pas passé. Déjà les hypothèses et les explications fusent de toute part pour expliquer un tel revirement. On reproche à Pauline Marois de n’avoir pas été à la hauteur avec une campagne erratique, ses hésitations autour ou non d’un référendum, de sa volonté de mettre en place une charte de la laïcité autour de laquelle elle et son entourage pensaient qu’elle faisait consensus au sein de la population. L’arrivée dans les rangs du PQ de Pierre-Karl Péladeau, qui a dès sa première intervention rappelée le poing en l’air qu’il s’engageait en politique pour faire un pays, a donné une carte majeure à Philippe Couillard qui a joué sur la peur d’un futur référendum et d’un agenda caché du PQ pour mobiliser l’électorat fédéraliste. De même, peut-être de nombreux électeurs péquistes progressistes n’ont pas apprécié l’arrivée de ce grand magnat de l’économie québécoise déçu du virage ouvertement néolibéral du PQ. Enfin, plusieurs circonscriptions ont été ravies au PQ par des candidats de la CAQ.

Une élection qui sanctionne sévèrement le gouvernement sortant et remet en selle les libéraux qui devront aussi faire face aux soupçons et aux accusations de collusion et de corruption de la part de ses membres sous l’ère Charest. Le post-mortem du PQ n’aura jamais aussi bien porté son nom. Il en va aujourd’hui de son avenir. L’option indépendantiste, raison de son existence, ne semble plus soulever l’enthousiasme au sein de la population. D’un projet, il n’est plus qu’un rêve nostalgique. De plus, la valse-hésitation autour d’un référendum à venir un jour, quand la population sera prête, ou encore quand les conditions seront gagnantes, pour reprendre des slogans souvent entendus, désespère ceux qui y croient encore. Pour une grande partie de la population, il y a des urgences qui renvoient l’idée d’un pays au second plan. Cependant, avant le discours d’adieu de Pauline Marois, les trois dauphins pressentis ont déjà montré leur désir de s’asseoir sur le trône laissé vacant par la première ministre sortante. Pierre-Karl Péladeau, Jean-François Lisée et Bernard Drainville, après avoir souligné le travail de leur chef et après l’avoir remerciée pour son courage et sa détermination, ont tout de suite exposé leur profession de foi. Des professions de foi dans lesquelles, les mots pays, indépendance sont souvent revenus. Discours surprenants compte tenu des circonstances qui auraient demandé un peu plus de retenue face au revers que venait de subir Pauline Marois.

Certes, le chef du PLQ souhaitera tourner la page et jouer la transparence. Cependant, la Commission Charbonneau a repris ses audiences et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) continue son enquête sur les liens entre le PLQ et les grandes entreprises. Les attaques réitérées de la CAQ, du PQ et de QS tout au long de la campagne contre l’intégrité même du chef du PLQ se sont retournées contre eux. De toute évidence, elles n’ont pas inquiété l’électorat traditionnel libéral et fédéraliste.

On ne peut oublier dans l’analyse de la défaite du PQ qu’il sanctionne très sévèrement une femme. On le sait encore et malheureusement, que la population est souvent moins indulgente avec une femme politique qui atteint le sommet que pour un homme. Pauline Marois, première femme première ministre au Québec, dix fois à la tête de ministères et des plus importants, et depuis plus de trente ans en politique active, ne pouvait encore obtenir d’emblée la même crédibilité qu’un homme. Chacune de ses erreurs lui ont été comptées doublement. Même dans sa propre circonscription elle a été battue. 

 

Enfin, reste le cas de Sainte-Marie-Saint-Jacques où la lutte s’est terminée très tard dans la nuit. On s’attendait à un duel entre le candidat péquiste Daniel Breton et la solidaire Manon Massé. Cela a été le cas au début de la soirée électorale. La surprise est venue de la candidate libérale Anna Klisko, « inconnue » même des commentateurs politiques, et qui a dépassé en nombre de voix Daniel Breton, talonnant ensuite Manon Massé. Une élection remportée de justesse par Québec Solidaire par 91 voix. Manon Massé, qui se présentait pour la cinquième fois dans la circonscription, permet ainsi à Québec Solidaire d’avoir une troisième députée à l’assemblée.

Une défaite aussi cuisante pour le député Daniel Breton qui avait reçu le soutien de gros noms du PQ venus faire campagne avec lui dans la circonscription. L’ancien cofondateur du Parti vert n’a pas trouvé l’assise parmi l’électorat de ses prédécesseurs. Depuis 1970, la circonscription, à l’époque Saint-Jacques, a toujours eu un député péquiste, excepté de 1983 à 1985. Le château fort péquiste est tombé et témoigne d’un changement de l’électorat.

Pour les communautés LGBT, il ne devrait pas trop avoir de changements, dans la mesure où les candidats libéraux se sont engagés à reconduire la Politique nationale de lutte contre l’homophobie, le bureau de lutte contre l’homophobie et la Chaire de recherches sur l’homophobie. Il faut rappeler que le PLQ a été à la hauteur vis-à-vis des communautés LGBT. Pas assez diront certains qui se souviennent que la plupart des avancées de la communauté se sont faites sous des gouvernements péquistes. Cependant, il faut reconnaître que la Politique nationale de lutte contre l’homophobie a été initiée sous les libéraux. Et que plusieurs organismes ont bénéficié de subventions pour mener à bien des programmes. Rappelons aussi qu’il y avait une volonté politique marquée de collaboration avec les communautés LGBT. Nous espérons qu’il en sera de même avec l’équipe Couillard, et que l’ouverture sera aussi grande qu’elle a été avec des ministres de l’époque (Kathleen Weil, Jean-Marc Fournier, Marguerite Blais, et d’autres).

Et nous pourrons évidemment compter sur les députés de l’opposition, dont Manon Massé, bien entendu, pour exercer une certaine pression sur le prochain gouvernement concernant les dossiers qui nous concernent plus particulièrement.

Par ailleurs, on peut prédire que les résultats du 7 avril vont susciter un mouvement populaire demandant des transformations de notre mode de scrutin. Mais on peut se questionner si le Parti Libéral du Québec (et même le PQ) sera ouvert à cela alors que le mode actuel l'a clairement favorisé? La question est lancée...