Mado est au Boutte

La vie continue

Mado Lamotte
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Mado Lamotte

Au secours, appelez le 911, J.E. et Denis Lévesque, le Québec est sens dessus dessous, Philippe-le gros nounours-Couillard et ses libéraux corrompus sont de retour au pouvoir après une trop courte pause de 18 mois. Mais qu’est-ce qu’on va faire? C’est ben épouvantable! On déménage en Europe ou on s’annexe à l’Islande? Ben voyons donc mes chéris, c’est pas la fin du monde. L’eau va encore tourner dans le sens des aiguilles d’une montre dans nos éviers. Si on a été capable de passer à travers 8 années de Jean Charest on peut ben tenir le coup encore un p’tit peu. Le monde a survécu à ben pire que ça. Rappelez-vous seulement Bush ou Ben Laden. À se comparer, on se console. Et après tout, ce n’est que de la politique et même si on en entend parler à tous les jours, j’ose croire que c’est toujours ben pas juste ça qui mène nos vies. 

En vieillissant, je constate qu’ils se comptent sur les doigts d’une mitaine à four les jours dans une année où je passe des heures, comme autrefois, à déblatérer politique avec mon entourage. Le désintérêt pour la politique est tellement généralisé dans la population que c’est rendu que chaque fois que j’ose émettre un commentaire politique sur scène, j’ai le trois quart de la salle qui me regarde avec des yeux d’opossum comme si je venais de réciter le Notre Père en croate. J’exa-gère? Demandez à un homme de la rue si il s’intéresse à la politique.
 
Demandez-lui pour le fun le nom du nouveau maire de Montréal. Y’a une chance sur deux qu’il vous réponde : Pauline Marois. Et même si chaque nouveau gouvernement se pète les bretelles d’avoir débarqué l’autre, dites-vous que ces chers libéraux qu’on aime tant haïr ont peut-être obtenu la majorité des voix de ceux qui ont daigné voter mais depuis au moins dix ans, à chaque nouvelle élection, le pourcentage de la population qui s’en branle le manche des jeux politiques augmente à la vitesse d’un F-18. De toute façon, moi personnellement, ça ne me fait pas un pli sur les trompes de salope d’avoir changé de gouvernement, parce que, uno, j’ai gagné mon élection, Manon Massé est ma nouvelle députée, « Go Girl! », et deusio, à chaque fois que les libéraux sont au pouvoir au Québec, je décroche, je prends un break de la politique québécoise et je recommence à chialer contre Stephen Harper, la température, les nids-de-poule, les automobilistes qui mettent pas leur clignotant quand ils tournent, les piétons qui traversent sur les feux rouges, les vélos qui roulent à 200km/h sur les trottoirs, ceux qui payent une pinte de lait avec leur carte Interac à l’épicerie, le prix des popsicle qui augmente à chaque été et je peste contre mes voisins qui sortent leurs vidanges le vendredi soir avant de partir au chalet. « Hey les codingues, vous trouvez pas que les trottoirs sont déjà assez sales de même! J’ai pas besoin en plus de me taper la vue de vos cochonneries jusqu’au mardi suivant! Pis non j’appellerai pas le 311 pour vous dénoncer, à la place, j’vas en profiter pendant que je l’sais que vous êtes pas là du weekend pour éventrer vos sacs de poubelles et étendre vos déjections quotidiennes à la grandeur de votre balcon. Don’t fuck with Mado l’Écolo ! »  Au moins, je me console en sachant de source sûre qu’ils lèvent les pattes en juillet.
 
J’espère juste que je me ramasserai pas avec une autre gang d’étudiants français qui tofferont pas l’hiver et pour qui l’intégration à la société québécoise c’est de passer ses après-midis dans la cour arrière à jouer à la pétanque et ses soirées à jouer de la guitare sur le perron en gueulant à tue-tête des tounes de Georges Brassens ou de Léo Ferré. Et si je peux me permettre un petit aparté, j’aimerais dire à tous les nouveaux Français qui songent à s’installer au Québec parce que la vie est plus facile et moins chère qu’en France et que les Québécois sont plus accueillants et vraiment mais vraiment beaucoup plus souriants que les Français, ben avisez vous pas de venir vous installer à côté de chez nous si vous ne respectez pas les trois règles de base du parfait voisin qui a le malheur d’habiter à côté de chez « Mado la citoyenne enragée »: premièrement, respect des limites de votre territoire (les marches d’escalier ne sont pas des chaises de patio qui servent à assoir le trop plein d’invités lors de vos boums hebdomadaires), deuxièmement, paroles et musique à l’extérieur de votre habitat totalement interdites après 23h (parce que la gentille Québécoise si accueillante et si souriante peut être aussi une vieille tabarnak qui fait jouer du Mireille Mathieu à tue-tête à 8h du matin) et finalement, interdiction formelle, et j’insiste, d’avoir un ou plusieurs chats si vous êtes pour les mettre à la ruelle quand vous prendrez vos jambes à votre cou pour retourner chez maman quand vous réali-serez qu’y’a juste deux saisons au Québec : l’hiver qui vient de finir pis l’hiver qui s’en vient ! (parce que si j’aperçois l’ombre d’une moustache de chat sur votre balcon la veille de votre déménagement, je cache des agriles du frêne dans vos bagages).
 
Fin de l’aparté. Pis à part ça vous autres, ça va ben ? Avez-vous fini de chialer sur le printemps qui arrive pas vite pis sur l’été qu’on aura-tu ou qu’on aura-tu pas cette année ? Avez-vous atteint votre seuil de tolérance face aux caprices de mère nature? Vous êtes en manque de soleil et vous n’avez pas eu les moyens d’aller dans le sud cet hiver pis même si vous y êtes allés, vous êtes en beau joual vert parce que le mois d’avril de cul qu’on a eu vous a fait perdre votre patience et/ou votre beau bronzage en moins de temps que ça prend à un écureuil pour retrouver ses noix au printemps? Ben faites comme moi, gueulez un bon coup après n’importe qui et n’importe quoi, ça détend les ovaires. Une fois que vous aurez chialé tout votre soul, pour combattre la grisaille, prenez-vous un bon livre, comme le dernier Nancy Huston, allez voir un bon gros film d’effets spéciaux au cinéma, comme le nouveau X-Men ou encore mieux, tapez-vous les 7 saisons des Golden Girls en rafale pis vous allez voir que c’est pas si grave que ça un p’tit peu de pluie par-ci ou une grosse tornade par-là! Vous savez mes chéris, souvent ça prend pas grand chose pour se remettre le moral su’l piton. Par exemple, moi ce qui me rend heureuse, beau temps mauvais temps, c’est souvent des petites choses toutes simples de la vie comme : allez prendre un café avec ma sœur Nicole et se remémorer le temps d’avant qui était donc meilleur que celui d’aujourd’hui, recevoir ma gang de vieilles filles le dimanche pour souper et se remémorer le temps d’avant où le monde était donc plus social que celui d’aujourd’hui ou frencher la moitié du Stud et de l’Aigle Noir quand chu complètement soule sur la Téquila Clamato en me remémorant le temps d’avant où les gars étaient donc plus guidounes que ceux d’aujourd’hui. Allez mes cocos, usez de votre imagination et rendez-vous la vie facile au lieu de vous plaindre que le monde est ben arriéré parce qu’y’a pas encore de réseau Wi-Fi dans toutes les stations de métro.
 
 
Tsé, la vie ça peut être aussi agréable que de se mettre du Cutex sur les ongles d’orteil ou que d’écrire des citations du Dalaï-Lama sur un rouleau de papier de toilette pour impressionner vos amis qui auront à faire un passage obligé par votre cabinet d’aisance. Si vous cherchez des idées pour vous divertir j’en ai des tonnes à vous proposer. Vous saurez qu’il n’est jamais trop tard pour commencer une collection de napkins de restaurants. Ça vous fera sortir de chez vous et ça vous donnera un sujet de conversation quand vos convives vous demanderont : wow, as-tu vraiment mangé dans tous ces restaurants-là? Vous seriez étonnés de voir à quel point on peut discourir sur un sujet aussi insignifiant que nos petits plaisirs quotidiens versus des sujets beaucoup plus engageants comme le réchauffement climatique, la guerre qui s’éternise en Syrie, la situation tendue entre l’Ukraine et la Russie, la diète du docteur Barrette et les bébés en procréation assistée de Joël Legendre. Je vous laisse cogiter là-dessus pendant tout l’été et si le cœur vous en dit, partez un débat national avec vos amis Facebook sur ces touts petits riens de la vie qui font du bien. Ça va faire changement des vidéos de chats et des photos de vos assiettes de souper du samedi soir ( wow, la belle boulette de steak haché accompagnée d’une pelotée de patates pillées ! ). Pendant ce temps-là, moi j’m’en vas descendre les rapides du canal Lachine en pédalo. On a juste une vie à vivre! Bon été mes poussins.