Solidairement vôtre!

La haine au bout des doigts…

Steve Foster
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Photo prise par © Robert Laliberté

Entre deux campagnes électorales, j’ai souvent envie de me présenter comme candidat. Puis vient la campagne et l’envie me passe. Non parce que les libéraux, les péquistes, les caquistes, les optionnistes ou les solidaires ne pourraient m’intéresser, chacun d’entre eux ayant leurs charmes. En fait, l’envie me passe à cause, entre autres, du traitement que les journalistes, blogueurs, analystes partisans, et commentateurs du dimanche font de la nouvelle. On ne cherche plus les faits, mais la gloire et le sensationnalisme. Mais ma chronique ne portera pas sur cet aspect et je souhaite bonne chance et bon courage aux nouveaux et nouvelles élu(e)s. 

Car honnêtement, il faut avoir la couenne dure pour faire de la politique de nos jours. Ce qui me décourage davantage que le traitement médiatique de l’information, c’est cette frange de la population qui hait l’autre et est prête à tout pour la démolir. Vous savez celles et ceux qui utilisent les médias sociaux et les sections commentaires web des émissions de télévision et de radio pour jeter leur fiel (et ici, je pèse mes mots) sur les candidates et candidats de tous les partis et sur tous débats sociaux. Comment parvenons-nous à être aussi violents dans nos propos sur la place publique? Et ne vous y méprenez pas, il ne s’agit pas ici de cas isolés. En regardant sur Facebook seulement, j’estime à environ 30 % des gens qui participent à ce phénomène.

Cette propension à invectiver l’autre, à le ridiculiser, à le menacer, à souhaiter sa mort n’est pas unique à cette élection. Il suffit de nous rappeler la grève étudiante ou plus récemment la Charte de la laïcité pour voir l’ampleur de ce phénomène. Et en ce qui concerne plus particulièrement nos communautés, repensons simplement à la campagne publicitaire de lutte contre l’homophobie du gouvernement québécois, pour nous apercevoir, que l’animal en nous est bel et bien vivant.

Je trouve que le déferlement de propos haineux témoigne d’une dérive inquiétante de notre rapport à l’autre. Si la colère est un sentiment normal, son expression souvent violente dans l’espace public est, pour moi, moins normale. Si vous saviez le nombre de fois que j’ai sacré et eu envie de défoncer un mur dans mon salon ou au bureau. Il est vrai que nombre de choses, et de gens parfois, qui nous entourent nous poussent à en avoir «ras le bol et à piquer une sainte colère» comme dirait ma mère. Il est aussi vrai qu’il est plus facile d’être bête et méchant que le contraire surtout que bien des situations existantes suscitent notre indignation et notre écœurement, mais cela ne m’autorise pas à casser la gueule à l’autre, au sens propre comme au figuré dans l’espace public.

Il y a quelque temps, sur ma page Facebook, j’ai partagé une vidéo d’une animatrice de nouvelles sur la chaine Sun News qui s’en était prise à la danseuse Margie Gillis et j’avais écrit quelque chose du genre « voici une crisse de folle…». Évidemment, je l’ai retiré peu après, mais je l’ai tout de même écrit. Ce fut la première et dernière fois que le Cro-Magnon en moi apparaissait publiquement. Ce genre de propos ne fait pas appel à mon intelligence ni à ma capa-cité de réfléchir et encore moins à mon humanité. Indépendamment de ce que je pensais d’elle, elle ne méritait pas de se faire insulter publiquement. Et venant de moi c’était encore moins admissible puisqu’à travers mon travail, je revendique le respect et la dignité pour les personnes LGBT.

Je parlais plus haut de la campagne de lutte contre l’homophobie. Rappelons-nous le déferlement de haine que plusieurs ont eu à notre endroit. Et surtout rappellons-nous comment nous avons dénoncé ces propos. Il m’est donc étrange de nous voir, nous aussi, faire la même chose aux autres. Même les personnes que je connais et admire pour leur intelligence et leurs connaissances participent à ce fléau. Quand nous sommes rendus à traiter l’autre comme une chose abjecte afin d’expliquer notre point de vue, nous devons nous questionner. Si nous ne pouvons échanger sur nos idées, notre vision sans insulter l’autre, il est peut-être temps de se taire.

Il est temps de se taire lorsque l’on est rendu à dire ou écrire «ferme ta gueule gros cave», «les Québécois sont des ostis de racistes», «les libéraux sont rien que des crosseurs», «les fifs devraient mourir» «t’es rien qu’une pute»,  «qu’il est dommage que Richard Bain n’ait pas tué la première ministre», et j’en passe. On ne peut pas d’un côté vanter les vertus du vivre ensemble, de l’ouverture à l’autre et demander le respect par la même occasion pis de l’autre côté écrire ces commentaires. Car imaginez-vous que ce sont très souvent les mêmes personnes qui parlent des deux côtés de la bouche. Et si nous réfléchissions avant d’écrire ou parler et de répondre? Ce n’est pas parce que des gens utilisent la grossièreté et la méchanceté pour faire valoir leur manque d’arguments que l’on doit en faire autant.

L’adage dit que l’on a les gouvernements que l’on mérite. À regarder la campagne électorale qui vient de se terminer et quelques-uns de nos débats sociaux, je serais tenté de dire que l’on a davantage la société que l’on mérite. On peut toujours demander à nos leaders qu’ils nous inspirent. Mais ne serait-il pas plus judicieux que nous-mêmes soyons inspirants?

Et pour ce qui est de me présenter comme candidat… on verra! Pour l’instant j’ai besoin de réfléchir à ce que je vais écrire le mois prochain.