Conférence des droits durant la World Pride

La lutte pour les droits se poursuit à Toronto

André-Constantin Passiour
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Après Londres en 2012, la Ville Reine sera l’hôtesse de la World Pride 2014. Des milliers de gais, de lesbiennes, de bisexuels et de transgenres s’y donneront rendez-vous pour faire la fête durant une dizaine de jours. Bien sûr, il y aura les garçons, les filles, les spectacles, les partys, l’ambiance festive grisante et le défilé qui sera certainement grandiose, le dimanche 29 juin. Mais il ne faut pas oublier que, du 25 au 27 juin, en marge des célébrations, une Conférence internationale sur les droits humains réunira plusieurs panélistes et participants à l’Université de Toronto.

World Pride et défense des droits LGBT vont de pair. On s’attardera sur des questions telles que l’éducation, la jeunesse, le VIH/sida, les travailleurs et travailleuses du sexe, l’emploi, les droits des personnes trans, le vieillissement des LGBT et bien plus encore. Des personnalités comme Johanna Siguröardottir, ancienne première ministre de l’Islande et première chef de gouvernement ouvertement lesbienne, Frank Mugisha, de l’Ouganda, et Masha Gessen, de Russie, seront les panélistes invités et s’adresseront aux congressistes. «La tenue de grands événements LGBT, telle que la Conférence sur les droits LGBT qui se tiendra à la World Pride est toujours aussi primordiale de nos jours. On constate depuis plusieurs années déjà une montée fulgurante de l'extrême droite partout dans le monde. Nos acquis politicojuridiques sont mena-cés et on constate une régression des droits et une criminalisation accrue envers les LGBT dans plusieurs régions du monde», affirme Éric Pineault, le président de Fierté Montréal.
 
Si la France a presque adopté dans la douleur le fameux «mariage pour tous», donnant accès au mariage civil aux personnes LGBT, et ce, avec une forte opposition et des manifestations de violences à l’égard d’hommes gais, d’autres pays endossaient des législations contraignantes, c’est le moins qu’on puisse dire. En début d’année, les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, en Russie, ont donné lieu à des mouvements de sympathie et d’appui à la communauté LGBT russe faisant face à une loi draconienne anti «propagande gaie» voulant «protéger les enfants» ainsi, on ne peut même pas parler d’homosexualité en Russie et le moindre déploiement de la bannière arc-en-ciel se solde par des arrestations musclées. En parallèle, cette loi a donné lieu, de la part de groupements ultraconservateurs, à une véritable chasse aux gais où les jeunes hommes, essentiellement, en sont les victimes. Toutefois, l’Europe de l’Est semble, en général, de plus en plus réfractaire et bascule dans un conservatisme hérité de l’époque soviétique allant des pays baltes à la Hongrie ayant élu un gouvernement à tendance de droite.
 
«Fierté Montréal poursuivra sa mission internationale en parrai-nant pour une 5e année consécutive une Fierté se tenant dans un environnement hostile. Jean-Sébastien [Boudreautl, le vice-président] et moi participerons à la Fierté de Belgrade, en Serbie. Les deux derniers défilés tenus là-bas se sont terminés dans le feu et le sang. Espérons que tout se passera bien cette année. En août, se sera au tour de Boban, l'organisateur de Belgrade, de participer à notre Fierté montréalaise. Nous serons honorés de le recevoir chez nous!», rajoute M. Pineault.
 
D’autre part, si l’on croit que la Russie est répressive, il faut regarder du côté de l’Afrique alors que l’Ouganda a récemment approuvé une législation prévoyant de lourdes peines de prison pour les personnes gaies ou lesbiennes ainsi que la délation obligatoire afin de dénoncer de telles personnes. Le président ougandais Yoweri Museveni – en poste depuis 1986 – avait même déclaré «ce qu’ils font [les gais] est écoeurant». La plupart des nations occidentales ont dénoncé vigoureusement une telle loi. Mais le président Museveni n’a pas été plus ému que cela d’une telle réproba- tion internationale. Mais il faut dire que l’Ouganda n’est pas la seule nation africaine à condamner l’homosexualité, surtout avec 
la montée en puissance d’organisations religieuses, chrétiennes d’une part, avec l’appui des activistes évangéliques en provenance des États-Unis et, d’autre part, l’extrémisme musulman prôné par divers groupes…
 
Les communautés LGBT indiennes ont été sous le choc lorsqu’ils ont reçu le jugement de la Cour suprême recriminalisant l’homosexualité après plusieurs années d’ouverture et de tolérance. Les droits ne doivent ainsi jamais être tenus pour acquis… On n’a qu’à regarder de l’autre côté de la frontière, chez nos voisins américains: malgré que des Cours suprêmes d’États et la Cour suprême fédérale des États-Unis ont légalisé le mariage civil des conjoints de même sexe, certains États conservateurs commencent à adopter des lois permettant la discrimination à l’égard de gais et lesbiennes pourvu que cela se base sur des principes religieux. Ce ne seront donc pas les sujets à débattre qui vont manquer lors de cette rencontre internationale…