Par ici ma sortie — Société

Pour ne pas bronzer idiot

Denis-Daniel Boullé
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Denis Daniel Boulé

La coupe du monde du monde de football du Brésil s’achève bientôt. Bien sûr, pas de lois homophobes passées par le gouvernement brésilien. Au contraire, Le Brésil a aboli toutes les lois discriminatoires. Pourtant le Brésil reste le champion du monde en ce qui concerne les crimes homophobes pas moins de 312 en 2013 recensés.

Et la préparation de la Coupe du monde a impliqué de nombreuses entorses aux droits la personne, déplacement musclé de population, destruction de favelas, arrestations musclées de manifestants. Il faudrait penser à manifester de façon plus régulière notre indignation lors d’événements sportifs d’envergure internationale lorsque ceux-ci ont lieu dans des pays où les droits humains fondamentaux ne sont pas respectés. Comme pour Sotchi. De plus la pérennité de ces manifestations ne se situerait plus dans une réaction à des décisions homophobes ou à une situation désastreuse pour les personnes LGBT mais dans une stratégie plus longue et proactive.
 
Le nouveau gouvernement libéral nous annonce des vaches maigres pour les années à venir. Bien loin des promesses électorales du Parti libéral qui ont poussé des électeurs à le mettre au pouvoir en avril dernier. Ce n’est pas une surprise. Mais à quelle sauce sera apprêtée la Politique nationale de lutte contre l’homophobie ? Le financement des organismes ? Le financement de la recherche ? Bien sûr, rien ne bougera avant septembre, et il est difficile de faire des projections sur la comète. Mais il est à peu près sûr que les organismes LGBT ne seront pas épargnés par ces coupes. On peut attendre et voir. On peut commencer à revenir comme dans le passé au Chacun pour soi, en fonction des affinités politiques et des contacts privilégiés que l’on aurait dans les coulisses du pouvoir, ou les responsables des organismes LGBT peuvent prendre la décision de s’asseoir et d’envisager une position commune et rappeler l’importance de la Politique de lutte contre l’homophobie. 
 
Suite à la décision de la Cour suprême, le gouvernement Harper a présenté une copie de sa proposition de législation de la prostitution qui, si elle est adoptée, a toutes les chances d’être contestée devant les tribunaux. Car elle ne répond en rien – ou presque – à la décision de la Cour suprême. Le statu quo reste de mise. La prostitution est toujours légale, mais le client sera plus lourdement condamné s’il se fait prendre en train d’acheter des services sexuels. C’est comme d’autoriser la vente de cannabis mais d’interdire d’en acheter. Cherchez l’erreur ! Un projet de législation qui ne pourra conduire qu’à une plus grande clandestinité de l’activité pour que les clients ne soient pas amenés à se faire arrêter, accroissant 
la précarité du travail des prostituées et les expo-sant encore plus à des environnements moins sécuritaires. Un des arguments avancés par les groupes qui souhaitent l’abolition de la prostitution qui ne serait qu’une marchandisation du corps de la femme (il n’est jamais fait mention de la prostitution masculine), c’est que la plupart des femmes le font par nécessité et non par choix en raison de la pauvreté économique dans laquel-le elles se trouvent. Mais n’est-ce pas prendre le problème à l’envers. Car, je ne pense pas qu’en faisant disparaître la prostitution, la pauvreté que subissent ces femmes disparaîtra automatiquement. Et si on s’attaquait à la pauvreté des femmes avant de s’en prendre à la prostitution ?  
 
Un ami me disait que le débat social sur la procréation médicalement assistée (PMA) avait été fait au Québec et qu’il ne fallait le rouvrir à partir du cas de l’animateur Joël Legendre. Petit buzz médiatique pendant quelques jours où chacun a pu par médias sociaux interposés laisser échapper les petits cacas nerveux aux relents homophobes. Un rapport d’évaluation du programme de PMA avait été commandé bien avant les déclarations de Joël Legendre. Le Commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, vient de le rendre public. Les demandes de fécondation in vitro (FIV) ont été telles qu’elles ont crevé le plafond budgétaire. Dans les recommandations du commissaire, il faudrait revoir les critères d’accessibilité, s’assurer du bien fondé des demandes, etc. et puis surtout demander une contribution financière aux femmes ou aux couples qui ont recours à la PMA. Le rapport se termine sur le fait que le programme suscite de nombreuses questions éthiques et que l’on ne peut éviter un débat social sur ces questions. Le nouveau ministre de la santé, Gaëtan Barrette, commentant les recommandations du programme n’écarte pas la possibilité de l’abolir. Au moins, ce serait une solution qui éviterait tout débat. En revanche, si débat il y a, j’espère que la voix des LGBT se fera entendre. 
 
En décembre dernier, l’Assemblée nationale adoptait la loi C-35 devant faciliter et simplifier le processus du changement de la mention de sexe à l’État civil pour les personnes trans. Un projet qui ne satisfait pas les groupes trans puisque les parlementaires ont maintenu l’âge minimum de 18 ans pour entreprendre la démarche, tout comme ils ont maintenu l’obligation de la citoyenneté canadienne. Le seul point positif pour le moment est l’abolition de l’obligation de chirurgies structurales des organes sexuels. Il reste encore d’autres points que devraient régler la nouvelle réglementation, entre autres sur les critères que devraient rencontrer une personne demandant le changement de sexe sur ses papiers officiels. Et beaucoup s’inquiète de savoir si le gouvernement convoquera les principaux intéressés et leurs représentants dans la rédaction de la réglementation. Petite ironie du sort, dans cette période d’austérité (Oups ! de rigueur budgétaire), faciliter la vie des personnes trans n’entraînerait aucun coût pour les finances du Québec. 
 
Bonnes vacances, 
 
Denis-Daniel Boullé