Mado est au boutte

Lectures de vacances

Mado Lamotte
Commentaires
Mado Lamotte

Enfin c’est l’été! Enfin, façon de parler, car pour moi l’été c’est synonyme de : Mado sue comme une truie à courir comme une poule pas de tête avec la plotte à terre et le trou d’cul en d’ssous du bras ! Cabaret Mado, Drag Race, World Pride à Toronto, Festival Juste pour Rire, Fierté Gaie, Fête Arc-en-Ciel, contrats privés, entrevues radio et télé et mon premier One Mado Show à l’automne, ça ne me laisse plus grand temps pour chialer! Pis je compte pas les inévitables lendemains de veille qui m’empoisonnent la vie mais qui sont essentiels à mon équilibre pour un bon fonctionnement de ma machine interne et cérébrale afin d’éviter le burn out. C’est pourquoi le mois dernier, j’avais averti Yves, mon boss à Fugues, que je prenais des vacances d’écriture pour l’été. Mais comme j’ai autant de misère à dire non à quelqu’un qui me supplie presqu’à genoux que de résister à acheter 4 pots de crème glacée Haagen Dazs quand elle est en vente chez Métro, ben me v’là, contre vents et marées, fidèle au poste, avec une autre histoire de voyage que j’ai ressortie des boules à mites, question de vous faire partager une énième tranche de ma vie tumultueuse que vous pourrez lire en sirotant une sangria et en croquant du nacho. Bonne lecture et oubliez pas de vous crémer si vous me lisez sur le bord de la piscine au camping ou sur la terrasse du GI-Joe.

Est-ce que je vous ai déjà raconté mon voyage en Israël? Probablement pas car c’était il y a plu-sieurs années et je n’avais pas encore le privilège d’étaler ma vie privée dans les pages d’aucun journal. C’est en mordant à pleine dents dans une bon falafel dégoulinant de humus que je me suis mise à repenser à ce voyage extraordinaire en Terre Sainte qui se retrouve encore aujourd’hui dans mon top10 des endroits mémorables que j’ai visités dans ma vie. Pas tant pour la beauté du pays, (les dunes de sable et les pal-miers brûlés par le soleil on en revient un moment donné), que pour les souvenirs inoublia- bles et les rencontres excitantes que j’y ai faites. J’avais à peine 20 ans à l’époque (je ne devrais pas dire ça, vous allez commencer à vous douter que je n’ai plus 29 ans!) et j’étais en quête d’aventures de toutes sortes et j’avais une soif insatiable de découvrir le monde. Si je n’avais pas été drag queen j’pense que j’aurais été missionnaire ou vendeuse d’encyclopédies Britannica! Je venais de finir un périple de trois mois à travers l’Europe avec ma sœur Nicole et c’est dans une douche congelée d’une auberge jeunesse de Athènes qu’on a décidé sur un coup de tête de s’embarquer sur le premier bateau en direction de Haïfa, ville portuaire et porte d’entrée de tous les backpackers qui s’en allaient cueillir des oranges ou des olives dans un quelconque kibboutz israélien.
 
Mais précieuse comme je suis y’était pas question que j’aille faire la guenon de branche en branche sous le soleil ardant en échange d’un hébergement gratuit et d’un maigre dix piastres par jour. De toute façon j’étais tellement convaincue que je tofferais pas 3 semaines dans ce désert de ruines qu’en descendant du bateau j’avais déjà réservé mon billet de retour pour la Grèce où m’attendait une splendide pièce d’homme de 6 pieds 2, beau comme une statue d’Apollon avec la culotte débordante d’un souvlaki proportionnel à la longueur de ses 13 pouces de souliers! Je ne me serais jamais douté à ce moment précis où un douanier moustachu étampait un visa de 3 mois dans mon passeport canadien évalué à 3000 dollars sur le marché noir que je ne reverrais jamais mon Apollon et que je resterais tout ce temps dans une chambre grosse comme un garde-robe que je partagerais avec 5 autres routards venus des 4 coins du monde, que je travaillerais à Tel Aviv comme serveuse au « Divine », la seule discothèque gaie de tout le pays où j’ai rencontré mon premier amant, le divin Lior, premier d’une longue série de soldats et de jeunes recrues qui se sont relayés dans le hamac sur le toit du Gordon Hostel où je logeais et dans mon sac de couchage, sur la plage au clair du lune à 4 heures du matin où j’ai fourré comme une lapine en rut ( n’ayons pas peur des mots ) les plus beaux soldats israéliens de tout le pays, poilus comme des orangs outans avec leur gros sourcil touffu qui leur traverse la face au grand complet et qui m’appelaient sharmuta dès que je refermais la bouche sur leur bon gros shish taouk.
 MAdo e n caravane
Et j’étais loin de me douter du haut de mes jeunes 20 ans que c’est en Israël que je prendrais la première et plus grosse brosse de ma vie, jamais égalée à ce jour, au Arak (une espèce de Sambuca cheap) le soir de Noël à Bethléem avec Sophie, une Belge blonde comme une Blanche de Bruges et mongole comme une marionnette de mon ami Guignol et que ce même soir de beuverie démentielle je manquerais l’autobus de retour, que je serais obligée de faire du pouce dans le désert en Palestine, que je me ramasserais au poste de police de Jérusalem à essayer d’expliquer à l’agent que j’étais trop saoule pour remarquer que c’est un taxi qui m’avait embarquée et que je n’avais pas les 20 shekels que le chauffeur me réclamait pour la ride, que je me ferais reconduire à la gare d’autobus par un policier qui insistait pour que je mette la main à sa « big » mitraillette et que je dormirais chez un Russe qui m’a ramassée toute en larmes sur le bord d’un fossé. Et  c’est en ressassant tous ces merveilleux souvenirs que je réalise aujourd’hui que c’est en Israël que je vivrai les premiers plus beaux moments de la future grande voyageuse que j’allais devenir.
 
Flotter sur la mer Morte, escalader le Mont Massada, me perdre dans le dédales de la vieille Jérusalem en écoutant un greatest hits de Kate Bush, organiser des piqueniques sur le balcon de l’hôtel à Jéricho avec deux allemandes rencontrées à l’auberge jeunesse de Haïfa, brailler ma vie dans le désert près de Jérico parce que j’étais devant une des plus vieilles citées du monde et parce qu’y’avait pas une voiture ou un chameau qui voulaient nous embarquer, vivre la vie des gens riches et célèbres avec des princesses arabes dans un bar d’hôtel chic à Eilat, voir Le Déclin de l’Empire Américain sous-titré en hébreu dans un cinéma de Tel Aviv, faire une escapade de 3 jours en Égypte pour fêter mes 21 ans à coups de cognac au Sheraton du Caire et vi-siter le Sphynx et les Pyramides clandestinement avec un faux guide touristique payé en nature et surtout, faire le party pendant 90 jours consécutifs et m’envoyer en l’air plus de fois en 3 mois que dans les dix dernières années de ma vie. Non à bien y penser, je ne vous ai jamais raconté mon voyage en Israël. De toute façon, c’était il y a si longtemps que ça risque de n’intéresser personne.