Aires Libres

Sous les boules roses, l’art vert et l’art brute

André-Constantin Passiour
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Aires libre 2014

Le 20 mai dernier, lors de l’inauguration de la 7e édition d’Aires Libres par le maire Denis Coderre, la firme Architecturama se voyait remettre la rondelette somme de 10 000$ des mains du représentant de la Banque Nationale, Pierre Laboursedière. Pourquoi ? C’est simple, c’est que Sylvain Bilodeau et son comparse Nicolas Mathieu-Tremblay ont remporté le «Concours Aire Banque Nationale» visant à créer un nouveau visuel de l’installation située en face du Cabaret Mado ! Ce sont ces deux jeunes architectes qui sont derrière la nouvelle installation colorée, aux allures de véritable verdure, et appelée très à propos «Haie»…  À quelques pas de là, on est d’abord surpris par la sculpture de l’artiste Valérie Blass dont la réputation n’est plus à faire.

 
Si vous vous promenez dans le Village, vous avez sûrement été intrigué par la sculpture trônant à l’angle de Sainte-Catherine et Saint-Timothée. «Rope dope grope nope pope» attire en effet les regards par son esthétique de cordages métalliques entremêlés. Il s’agit de l’œuvre de l’artiste Valérie Blass. «La structure me faisait penser aux dessins animés de Road Runner, il y avait ce personnage qui voulait l’attraper et qui fabriquait toujours toutes sortes de choses ! Et puis, dans la BD on voit aussi dans les bulles les POUF, POW et BAM… Donc, ces mots font penser un peu à la BD par leurs sonorités», explique en rigolant Valérie Blass, qui détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM. Mais il n’y a pas que cela, l’œuvre est aussi insérée dans son contexte, dans son milieu du centre-ville «un lieu où l’on trouve plein de vices comme l’alcool, la drogue, etc.», dit l’artiste. On peut donc voir les mains qui tiennent des choses qui suscitent des vices.
 
Cependant, si l’on est curieux, c’est aussi en raison des mains rouges : «C’est abstrait et anthropomorphique. Il y a l’idée du corps morcelé, mais on est ici dans l’abstraction, il n’y a rien de morbide à cela», poursuit Mme Blass qui avait déjà réalisé une autre œuvre de cordages, mais ce n’était pas en bronze comme ici car c’est le matériau lui-même, aussi, sa durabilité, sa solidité qui a inspiré Rope dope grope nope pope. Cette œuvre de Valérie Blass, sera mise en vente à l’automne, à travers la galerie Parisian Laundry,  ce qui permettrad’aider d’autres artistes l’an prochain lors de la 8e édition d’AIRES LIBRES…
 

Un havre de nature ?
Si l’on continue la marche vers l’Est, on arrive à l’Aire Banque Nationale. Or, dans cet environnement ultra urbain, sec et de béton, on peut y admirer l’œuvre des architectes Sylvain Bilodeau et Nicolas Mathieu-Tremblay, intitulée Haie… Car, bien sûr, les panneaux de Trou de mémoire – l’installation précédente qui avait valu quelques mentions honorifiques à l’agence de design Paprika – ont été remplacés par Haie. Cette installation, tel un îlot de verdure en plein cœur du Village gai, représente cette haie de cèdres si commune en Amérique du Nord et qui sert à délimiter l’espace privé, des cèdres qui, en poussant, vont octroyer justement plus de vie privée…avec plusieurs surprises au détour des allées...
 
«En tant qu’artiste, dès le départ, il fallait questionner le processus, commente Sylvain Bilodeau. Car l’idée était de changer les images de Trou de mémoire et c’était tout une coche à monter. Il fallait aussi créer un univers qui allait interagir avec son environnement. Il faut dire que nous avions aussi les contraintes de la structure et les trous à utiliser et voir tout cela s’inscrire dans un contexte urbain et comment les gens pouvaient apprécier l’œuvre. Il y a un côté aride au gravier que l’installation vient adoucir. Il y a aussi quelques arbres qui interagissent aussi avec l’installation comme un rappel de la verdure […] Il y a un dialogue entre la haie de cèdres et les arbres, il y a une relation qui s’établit et ceux-ci procurent de l’ombrage aux panneaux par journées ensoleillées…» La transposition géométri-que de la nature, le côté regard non permis des trous, le labyrinthe des jardins européens, la perspective – surtout avec la représentation du Théâtre Olympico en Italie avec ses rues – , l’illusion, etc., sont autant de thèmes présents dans le concept de «Haie».
 
Cette œuvre a été réalisée avec l’importante implication de collaborateurs invités qui ont aidé à l’impression grand format des images des panneaux, soit Jean-François Proulx, Visual Box et Utopies Sélectives.
 
Inutile de dire que Sylvain Bilodeau était plus qu’heureux d’avoir remporté ce concours. «Nous sommes d’autant plus contents Nicolas et moi parce que c’est exactement ce que nous voulons faire avec notre firme Architecturama, que l’on a ouvert en 2011, c’est-à-dire proposer des projets, participer à des concours et des projets plus artistiques. Comment on vit, les habitudes, la ville, l’art, c’est ce qui nous intéresse de faire», souligne avec passion M. Bilodeau qui cumule tout de même une quinzaine d’années d’expérience en architecture…Tout en étant un bureau de pratique générale (projets résidentiels, commerciaux, bureaux, institutions, etc.), Architecturama vient d’obtenir une bourse du Conseil des arts dans la catégorie recherche architecturale. Nicolas et Sylvain plancheront sur ce projet au cours de la prochaine année…
 
En terminant, notez que Valérie Blass sera parmi les artistes qui exposeront collectivement lors de l’exposition estivale annuelle de Parisian Laundry, du 28 juin au 2 août (3550, rue Saint-Antoine Ouest, Mtl). Après quoi, elle s’en-volera pour une exposition à Istanbul en octobre prochain…