Portrait

Philippe Starck et le design de tout

Yves Lafontaine
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Philippe Starck

Incontournable, excentrique, inventeur fou, avant-gardiste, Philippe Starck est l’un des designers les plus prolifiques et les plus en demande de la planète. L'univers de Philippe Starck est un mélange de meubles, d'accessoires de salle de bain et de cuisine, de lampes, de télévisions, mais également d'architecture et de design d'intérieur. En Europe et aux États-Unis, des musées exposent ses créations comme de véritables oeuvres d'art. Alors qu’on vient de tout juste dévoiler le projet de condominiums très design du Yoo Montréal dans Griffintown, auquel il est lié, DécorHomme a pensé vous faire découvrir qui est Philippe Starck.

Né en 1949 à Paris, Philippe Starck est un designer et architecte français. Son père étant ingénieur en aéronautique, il a vécu son enfance sous les tables à dessin de celui-ci, en épiant et imitant ses moindres faits et gestes, ce terrain de jeu s'est avéré témoin de ses premières démarches.

 

Bien que ses créations ne se prennent pas au sérieux, elles ne se moquent pas de leurs utilisateurs. À tout produit issu de son imagination fertile et débridée, qui dépasse largement le cadre de la décoration, il demande de remplir sa fonction, d'être performant et au maximum de son efficacité.

 

Philippe Starck a commencé sa carrière comme directeur artistique de Pierre Cardin, pour qui il a créé des meubles. Parallèlement, il fonde sa première école de design industriel, Starck Product, qu’il rebaptisera Ubik en réfé-rence au célèbre roman de Philip K. Dick, et entame ses collaborations avec les éditeurs italiens tels que – Driade, Alessi, Kartell - et internationaux – les Autrichiens de Drimmer, le Suisse Vitra, ou l’Espagnol Disform. Starck s'est principalement consacré à la création en série de produits de consommation courante avec son concept de design démocratique, à savoir baisser le coût, augmenter la qualité pour diffusion auprès du plus grand nombre.

 

C'est en 1983 que le grand public découvre Philippe Starck lorsque le président François Mitterrand, sur la recommandation de Jack Lang, ministre de la Culture, choisit son projet pour la décoration des appartements privés de l'Élysée. Dès l’année suivante sa renommée devient internationale grâce au succès du Café Costes ; qu'il remaniera plusieurs fois par la suite.

 

L'œuvre prolifique de Philippe Starck a progressivement touché tous les domaines où peuvent s'appliquer le design, : mobilier, décoration intérieure, architecture, mobilier urbain, industrie (éolienne, photomaton, Freebox, etc.), équipement de la maison (cuisines, ustensiles, revêtements, sanitaires etc.), luminaires, électroménager, bureautique (de la télévision au presse-citron et de la brosse à dents à l'agrafeuse, etc.), arts de la table, habillement et accessoires (vêtements, chaussures, lunetterie, bagagerie, horlogerie, etc.), jouets, verrerie (parfum, miroirs, etc.), graphisme et édition, ou même alimentation (pâtes Panzani, bûche de noël Lenôtre), et véhicules (vélo, moto, yacht, avion, etc.), sur terre, sur mer, comme dans les airs et l'espace.

 

Avant d'être un grand designer, Philippe Starck est aussi un grand observateur de notre société. La création de ce designer universel ne se limite pas à la conception de meubles et objets destinés à la décoration d'intérieur. Il est capable de revisiter la forme des pâtes alimentaires, de dessiner un musée aux Pays-Bas, de concevoir des bureaux au Japon. Son talent s'exerce dans tous les domaines de la création. Philippe Starck a une façon très personnelle de revisiter les styles d'autrefois et de les court-circuiter, de bousculer la tradition et les cultures. Porteuse de mémoire, donc rassurantes, ses créations, tout en étant contemporaines par leurs méthodes de fabrication et l'utilisation de matériaux issus de la haute technologie, ont toujours un lien avec le passé. Ainsi la chaise Lola Mundo, qui se transforme en table par le simple fait de rabattre son dossier, a des pieds ancrés dans le passé : tout en lui offrant un côté multifonction, une notion très actuelle, Starck lui a fait don de pieds galbés, certes en fonte d'aluminium, mais dont la forme évoque celle des sièges français du XVIII siècle.

 

En 1998, avec le concept Good goods qui entre dans le catalogue de vente par correspondance La redoute, Philippe Starck propose des objets honnêtes, responsables, respectueux. Des objets pas forcément beaux mais bons. Des objets qui ont du sens et qui visent des valeurs essentielles. Dans cet esprit de bon meuble, le tabouret Bubu premier vendu d'abord via catalogue (3 Suisses) répond parfaitement à l'objectif de Philippe Starck : « Un produit équilibré qui va rendre le service qu'on lui demande (...) qui sera stable, léger, transportable en grande quantité ».

 

Tabouret ou guéridon d'appoint, coffre de rangement, roi de la polyvalence et d'un art de vivre simple, il porte à l'envers sa couronne, qui compose son piètement, et possède un couvercle perforé, facile à ouvrir, qui sert également d'assise. Bubu premier est aussi le roi de la grande diffusion : il s'en vend toujours 40000 exemplaires chaque année par le biais de la société XO, la propre maison d'édition de Philippe Starck.

 

La base de Miss Sissi, une petite lampe de chevet en polycarbonate moulé, présente une légère gouttière pour laisser passer le fil électrique sans risquer de déséquilibrer sa silhouette générale. Jusque dans son emballage découpé, cette demoiselle affiche son allure de poupée. Que dire encore des qualités de Dr No, ce petit fauteuil accueillant qui depuis plus de dix ans n'a jamais été égalé ? Avec sa coque en polypropylène, il se promène du salon à la salle à manger en passant par la cuisine et même le jardin. Des fentes pratiquées sur ses côtés permettent à l'eau de pluie de s'écouler. Il va même de paire avec sa petite table ronde baptisée Dr Na, fabriquée dans le même matériau de base, avec un pied central résistant aux griffures. « L'objet doit être réduit au minimum, mais exister le plus possible avec le moins de concret possible », affirme Philippe Starck. C'est le cas de La Marie ou de Louis Ghost en polycarbonate transparent qui a l'aspect du Plexiglas sans son inconvénient majeur, être rayable. Avec le sofa Bubble Club, Philippe Starck retrouve un exercice de style cher à ses débuts : il revisite le fauteuil club en version canapé d'extérieure. Fabriqué dans un moule clos par rotomoulage, le polyéthylène qui compose sa carcasse y est déposé sous forme de poudre fine. Se répartissant sur toute la surface du moule, il est d'abord chauffé pour atteindre une texture de gel, puis forme une sorte de peau grâce à une opération de refroidissement. La qualité intrinsèque commune à ces créations de Philippe Starck produites pour le grand public, est bien entendu leur prix, accessible.

 

Starck et l’immobilier

Philippe Starck conçoit dès 1989 au Japon plusieurs immeubles. Le premier, à Tokyo, Nani Nani est un bâtiment anthropomorphique impressionnant, recouvert d’un matériau vivant qui évolue avec le temps. Apparaît alors une conviction forte : la création doit investir un environnement, certes, mais sans le bouleverser.

 

Depuis la fin des années 1980, Philippe Starck s'est investi dans la conception d'hôtels dans différents pays du monde. Il crée en 1988 le Royalton puis le Hudson à New York, le Delano à Miami en 1995, le Mondrian à Los Angeles, à Londres le Saint Martin’s Lane en 1999 et le Sanderson en 2000. En 2005, Philippe Starck reçoit le prix du meilleur hôtel de l'année pour l'hôtel Faena de Buenos Aires10 ouvert l'année précédente et le Condé Nast Traveller le distingue pour son ambiance et son design. Toujours en Amérique du Sud, Philippe Starck dessine l'hôtel Fasano à Rio de Janeiro en 2007 avec des matériaux comme le bois, le verre et le marbre. Puis Philippe Starck s'attaque à l'hôtellerie de luxe. En 2008, il revisite le Meurice, et après deux ans de travaux, c'est le Royal Monceau qui ouvre ses portes en 2010 après sa rénovation. En Amérique du Nord dans les années 2000, Philippe Starck développe avec l'entrepreneur Sam Nazarian une nouvelle chaîne d'hôtels de luxe, les SLS, avec toujours cette idée de casser les codes du secteur. Ainsi, le lobby le Bazaar du SLS de Los Angeles devient un centre de vie où se côtoient restaurants de tapas et health bar norvégien, pâtisserie gourmande et encore le concept store Moss. Starck s’est dans le même temps engagé dés 1990 dans la démocratisation des hôtels dits « de design et de qualité ». D’abord avec le Paramount à New York qui propose (à l’époque) des chambres à 100 $ et qui devient un classique du genre. En 2008, associé à Serge Trigano, il applique à Paris cette idée en concevant le Mama Shelter. Quatre autres ont ensuite été ouvert à Marseille, Istanbul, Lyon et Bordeaux.

 

En 1999, Starck s’associe avec le promoteur immobilier John Hitchcock pour développer une série de projets connus sous la bannière YOO. Ces deux chefs de file de leurs domaines respectifs se sont réunis sur les bases d'un seul concept entièrement nouveau : l'alliance de la diversité créative de Starck et des immeubles innovateurs conçus par Hitchcox. Ils proposent des espaces dans lesquels tout le monde peut vivre, travailler et s’amuser « mieux ». YOO a réalisé quelque 60 projets dans 27 pays différents à travers l’Asie, l’Afrique, l’Australie, l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et le Moyen-Orient. Un nouveau complexe résidentiel signé YOO inspiré par Starck sera bientôt construit à Montréal dans le quartier Griffintown. Réalisé par Maxime Lachance (Construction Chapam), ce projet de 90 unités sera le premier de la marque au Québec.

 

www.starck.com

www.yoomontreal.com