Autrement dit

Et vous, que ferez vous ?

Yves Lafontaine
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Yves Lafontaine
Photo prise par © Yves Lafontaine par Robert Laliberté

Dans un rapport rendu public à la mi-juillet, l’OMS recommande que «les hommes ayant des relations sexuelles entre eux puissent prendre à titre préventif des antirétroviraux». 

À quelques jours de la conférence mondiale sur le sida, qui se tient à Melbourne jusqu’au 25 juillet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élargi sa politique officielle en matière de prévention. Ce qui aura fort probablement des incidences importantes.?L’OSM constate «une explosion de l’épidémie pour ce groupe à risque», a indiqué dans un communiqué de presse Gottfried Hirnschall, qui dirige le département VIH à l’OMS. «Nous demandons fortement aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes de considérer sérieu-sement la prise d’antirétroviraux sur une base régulière comme une méthode supplémentaire de prévention face au VIH».
 
Cette prise de position peut sembler innovante, mais elle n’a rien d’inédit, l’OMS ne fait  que valider des politiques de prévention existant depuis plus de deux ans dans certains pays occidentaux. Ces politiques reposent sur ce qu’on appelle la «prévention combinée». Élaborée il y a 6 ou 7 ans, cette stratégie considère que « le tout préservatif » ne suffit pas à empêcher la contamination, qui reste chez les hommes ayant des relations avec d’autres hommes encore trop élevée pour qu’on ne parle plus d’épidémie. L’enjeu était donc d’arriver à multiplier les outils de prévention et que ceux-ci soient le mieux adaptés à chaque population. «On ne peut pas (plus?) se contenter de dire: "Mettez un condom" si certains ne le prennent pas. Il faut s’adapter et innover », constataient alors bien des experts de santé publique et de la prévention depuis quelques années.
 
D’où l’idée de prévention combinée. Éviter le recours aux pratiques les plus à risque — comme les relations anales — diminue le risque de transmission. On a insisté ensuite sur l’importance de parler avec ses partenaires et de faire un choix éclairé en fonction de son propre statut sérologique et celui de ses partenaires afin de sélectionner le type de pratiques. Par ailleurs, depuis plusieurs années, des études cliniques ont montré que la prise de médicaments anti-VIH, avant une relation sexuelle à risque, faisait chuter d’au moins 80 % la probabilité d’être contaminé. En d’autres termes, le traitement curatif a aussi une efficacité préventive. «Prendre une pilule quotidienne, en plus de l’usage des préservatifs, pourrait globalement diminuer les risques de contamination de 20 à 25%, soit éviter un million de nouvelles infections dans le monde au sein de ce groupe en dix ans», constate l’OMS.
 
Dans cet esprit, l’année dernière, les autorités américaines en ont pris acte. Elles ont autorisé formellement la prescription du Truvada à titre préventif. Au Québec et en France, une vaste enquête baptisée Ipergay, tente d’évaluer non seulement l’efficacité de ce traitement en mode préventif, mais non continu, chez les hommes gais ayant des pratiques à risque régulièrement ou occasionnellement, mais aussi la faisabilité de la prise de ces molécules en situation de risque.
 
Si je me réjouis qu’un organisme international de la santé montre plus de flexibilité quant aux solutions pour réduire les infections, d’un autre côté, je ne peux m’empêcher de percevoir que le message envoyé par l’Organisation mondiale de la santé est à nouveau que les homosexuels comme groupe sont plus que jamais associés à la propagation du VIH, et ce, en première ligne (avec les transgenres, les minorités ethniques, les travailleurs du sexe et les usagers de drogue). L’OMS n’enjoint pas formellement tous les gais séronégatifs à se traiter, mais dans tous les médias, depuis l’annonce, on ne fait pas la nuance. Il est évident que l'OMS prend cette décision pour contrer les foyers de propagation du VIH dans les pays en voie de développement. Cette révolution s'adresse donc aux fronts de l'épidémie et aux marges de l'infection qui sont devenues, en 2014, les noyaux du VIH.
 
Au Québec, où une telle recommandation n’a pas encore été édictée, on autorise déjà la commercialisation du Truvada pour les personnes séronégatives, mais seulement selon des critères très restrictifs en partie à cause de l’état des finances publiques : un traitement au Truvada, coûte environ 13 000 $ par personne par an). Peuvent avoir accès à ce traitement préventif celles et ceux qui sont très exposés au risque ou qui n'arrivent tout simplement plus à porter le condom. 
 
Cela dit, on peut se demander si cette nouvelle politique officielle en santé — traiter les personnes non infectées — aura un impact dans l’esprit de l’ensemble des hommes gais au niveau des habitudes de prévention (qui sont — rappelons-le — encore très présentes chez une bonne majorité d’hommes gais) ? Certains se diront-ils, «pourquoi conti-nuer à se protéger et porter le condom, quand il suffit de prendre le traitement préventif». Difficile à dire. L’idée n’est évidememt pas de discriminer encore plus ceux qui décident de prendre le traitement pour des raisons préventives, mais les gais séronégatifs se retrouvent avec un questionnement qu’ils n’ont jamais encore eu à date.
 
Et vous, que ferez-vous? Dans tous les cas, vous devriez en parler avec votre médecin...