La droite religieuse a le vent dans les voiles!

Steve Foster
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Steve Foster

À la fin juin, la Cour suprême des États-Unis donnait raison au P.D.G. de Hobby Lobby, David Green, dans sa volonté de refuser de couvrir les soins de santé reliés à la contraception, plus particulièrement en ce qui concerne la pilule du lendemain qu’il considère comme étant un avortement. Dans une décision de 5 contre 4, les juges ont reconnu aux actionnaires de cette chaine de magasins de fourniture d’art et d’artisanat qu’ils pouvaient se soustraire à la loi Affordable Care Act (Obamacare) pour motif de convictions religieuses.

À la mi-juillet, nous apprenions que le Département américain de l’éducation accordait, à l’Université George Fox, une exemption à la Loi fédérale antidiscrimination pour motif religieux. Ce passe-droit à permis à l’établissement chrétien de refuser à un jeune trans de pouvoir obtenir de l’hébergement dans le dortoir masculin. Le prétexte est que l’Université est centrée sur le Christ. Le plus remarquable c’est que cette exemption fut obtenue dans un délai de quelques mois alors qu’habituellement celles-ci prennent des années à obtenir selon l’avocat du jeune homme.
 
Ajoutons à cela les nombreuses tentatives législatives dans les différents États afin de pouvoir discriminer sur la base des convictions religieuses. Pensons ici à l’Arizona, dont la gouverneure républicaine, Jan Brewer, a dû apposer son véto à la suite de la levée de boucliers. D’autre ont tenté de se doter de ce genre de loi, mais ont échoué comme en Géorgie, en Idaho, au Maine et en Ohio. Cependant d’autres lois sont en attente d’adoption comme au Missouri et en Oklahoma. Et pour ce qui est du Mississippi, les représentants de l’État au Sénat et à la Chambre haute ont adopté, à la très grande majorité, une Loi permettant aux individus et aux entreprises le droit de discri-miner en fonction de leur Foi.
 
Au cours des dernières années, malgré les gains juridiques des communautés LGBT américaines, il est clair que la droite religieuse a décuplé ses efforts afin de contrer, ou du moins freiner, l’avancement de nos droits et par la même occasion celui des femmes et des autres minorités. Et la meilleure façon de riposter pour ces tenants de Dieu est de se placer maintenant en victimes. Maintenant celles et ceux qui croient en Dieu affirment qu’ils sont brimés dans leurs croyances. Ils argumentent qu’ils sont privés de la liberté de conscience prévue à l’article 1 de la Constitution américaine. Sans compter qu’ils utilisent avec grand art la Loi sur la Restauration de la liberté de religion (Religious Freedom Restaration Act) qui interdit, en autre au gouvernement, d’entraver la pratique religieuse d’une personne ou d’une entreprise.
 
En combinant la liberté de religion, le « backlash » contre les politiques d’Obama et, de manière plus large, contre les institutions fédérales au niveau des États ainsi que la montée fulgurante du Tea party, ultra conservateur et anti Washington, voilà comment on parvient à instaurer le droit de discriminer sur une base légale. Voici comment on supplante les droits individuels aux droits religieux.
 
Bien sûr, il est possible que certaines prétentions des croyants et des adeptes du Tea Party soient déboutées en Cour suprême, mais il faut tout de même constater que celle-ci est maintenant à majorité conservatrice. Et avec le jugement Hobby Lobby, elle indique clairement comment elle entend analyser les causes concernant « Dieu et son prochain », qui lui seront soumises. Ce n’est pas pour rien que les militantes et les militants des droits civiques sont inquiets de la tournure des événements. Si au départ les plaignants demandaient le droit de refuser de servir les gais, lesbiennes dans leur commerce, maintenant les femmes sont aussi dans leur mire et nous risquons de voir d’autres minorités être ciblées.
 
Personne ne peut prédire jusqu’où iront les demandes d’exemption pour motifs religieux et quelles en seront la portée. Et bien que certains États aient accordé le droit au mariage, il est probable que les LGTB aux États-Unis et bien d’autres aussi devront reprendre la lutte pour des droits aussi fondamentaux que celui de ne pas être discriminé et d’avoir accès au travail, au logement et à la santé.
 
Il ne faut pas se faire d’illusions, la montée de la droite religieuse n’a pas de frontière. En France, en Russie, et dans de nombreux pays en Afrique nous pouvons voir comment elle parvient à mobiliser et à influencer les gouvernements. Le Canada n’est pas en reste non plus, et nous pouvons parier que les groupes religieux regardent avec grand intérêt ce qui se passe chez nos voisins du sud tout comme de nombreux élus conservateurs qui n’attendent que l’occasion de mettre de l’avant leur idéologie.
 
Vous me direz, peut-être, que j’exagère, qu’au Canada, tout comme au Québec, nous avons les Chartes pour assurer notre protection; que nous n’avons pas de Loi sur la Restauration de la liberté de religion. Quand je regarde comment Harper, malgré les nombreux jugements de Cours en défaveur de son gouvernement, parvient à contourner et à contester ceux-ci; comment il discrédite l’appareil judiciaire, et surtout comment les organisations religieuses sont présentes au sein de son parti, rien ne nous garantit qu’il ne proposera pas une Loi sur la protection de la religion. D’ailleurs, son Bureau des religions a déjà comme mandat de protéger celles-ci. Sans compter que lui aussi nomme des juges à la pensée « républicaine » et comme c’est l’interprétation que ceux-ci font des lois et des chartes, qui nous a accordé nos droits et rien ne nous prémunit d'une interprétation venant reverser nos acquis.
 
Et oui j’exagère peut-être. Mais le glissement vers une légalisation de la discrimination est bien réel. Nous pouvons toujours faire l’autruche, mais pendant ce temps, d’autres souhaitent mettre en application ce leitmotiv « Vous priez, vous croyez, et bien maintenant discriminez! ». Alors nous avons tout intérêt à regarder de près cette montée du religieux avant qu’il ne soit trop tard. Avant que nous nous retrouvions dépouillés de nos droits.