Solidairement vôtre!

Soutenir nos événements et notre culture

Steve Foster
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Steve Foster

Dans un article paru dans Le Devoir  quelques jours avant les festivités de Fierté Montréal, nous apprenions que cette organisation s’est enjoint une lobbyiste  pour assurer un accroissement du financement gouvernemental pour leur organisation. Il est vrai qu’Éric Pineault et Jean-Sébastien Boudreault ont dénoncé, avec raison, le fait que leur événement d’une semaine recevait moins d’argent du «politique» que celle de Toronto ou de Vancouver par exemple. Il est vrai que de se battre année après année pour assurer un financement de base récurrent n’est pas chose facile en c’est temps. 

 Pour une organisation de cette envergure qui, cette année, a un budget avoisinant les quelques 1,8 million de dollars, elle doit pouvoir assurer une mise de fonds qui permette le développement, car si la fidélité des partenaires est au rendez-vous, elle n’est jamais garantie à longue échéance. Si je peux me réjouir que DiversCité ait obtenu 225 000 $ pour son événement cette année, il devrait en être autant pour celui de Fierté Montréal. 
 
Cela étant dit, les organisateurs de notre Fierté ne sont pas les seuls à constater que l’apport des gouvernements aux événements LGBT est famélique. Pensons à Image&Nation, au Festival international Montréal en arts, au Festival de film afrocaribéen Massimadi, à la Fête arc-en-ciel de Québec, sans oublier les Archives gaies du Québec, le Réseau Vidé-Elle et j’en passe. En fait, c’est tout le volet culturel LGBT, dans son sens large, qui est oublié par les différents programmes gouvernementaux. Pour s’inspirer le gouvernement pourrait, entre autres utiliser le Rapport tourisme de la Chambre de commerce gaie du Québec
 
Possiblement qu’il serait temps de nous assoir et de développer une stratégie collective afin que toutes et tous puissent en tirer parti et ainsi consolider et fortifier nos événementiels et nos organismes culturels. Il est plus qu’anormal que Fierté Montréal ait dû recourir à une lobbyiste pour obtenir du financement. Un OSBL LGBT n’est pas un lobby d’intérêts dont la finalité est l’enrichissement personnel ou corporatif comme le sont les Telus, Alcoa et Boeing de ce monde.
 
Notre finalité, à nous les « OSBL », est la transformation sociale, la sensibilisation, la mise en place de Loi et de politiques assurant l’égalité et l’inclusion pour les personnes LGBT. C’est offrir des services à notre monde. C’est la mise en valeur de notre histoire et de notre culture, c’est notre défilé qui nous permet de marque le temps, le temps de nos victoires et de nos avancées. Notre finalité c’est aussi notre liberté de parole et de mission sans que la partisanerie de certain(e)s élu(e)s vienne interférer dans le développement de nos organisations.
 
Depuis plusieurs années déjà, les organismes communautaires luttent contre la volonté du commissaire au lobbying de faire inscrire les OSBL au registre des lobbyistes du Québec. Et si jusqu’à maintenant les différents gouvernements ne sont pas allés de l’avant avec une telle recommandation c’est que certain(e)s élu(e)s ont compris que contrairement aux entreprises, les groupes LGBT travaillent au bénéfice collectif de la société et des individus. 
 
Ce qui n’empêche pas que nous ayons une reddition de compte exhaustive et que nous soyons redevables au bailleur de fonds qu’est le gouvernement. Que l’on soit financé par le programme de soutien aux organismes communautaires du ministère de la Santé et des Services sociaux ou par le programme de promotion des droits du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, nous avons une série de critères que nous devons remplir pour être éligible au programme en plus de transmettre un rapport annuel et des états financiers en mission d’examen ou audité ce qui implique que chaque facture est vérifiée dans le dernier cas. Bref, nous devons montrer patte blanche, et ce même si la moyenne du financement de la plupart des groupes se situe aux alentours des 50 000 $. 
 
Il faut privilégier la voix des programmes normés pour les OSBL et nous ne devrions pas avoir besoin de lobbyistes pour défendre nos enjeux et notre financement. Avoir recours à cette alternative est plus que dangereuse pour l’avenir de nos communautés. Elle favorisera la partisanerie, obligera les groupes à se battre entre eux et fera en sorte que des groupes utiles seront écrasés. Il nous faudra dégoter chacun son lobbyiste, pour ceux qui ont la chance d’avoir le réseau nécessaire et sans oublier qu’avec chaque changement de gouvernement il nous faudra aussi remplacer « la fille de monsieur Charest par le fils de madame Marois ». Il faudra s’assurer d’être toujours du « bon bord ».
 
Il est plus que nécessaire d’avoir des programmes normés — même s’ils peuvent nous sembler contraignants — et en créer de nouveaux pour les groupes qui ne cadrent pas dans ceux existants, comme les Archives gaies du Québec ou Fierté Montréal, que devoir utiliser les services d’un(e) lobbyiste. Il est temps d’assurer la viabilité et la stabilité de nos événements et de notre culture. 
 
Il est à espérer maintenant que le gouvernement fera le nécessaire pour y parvenir.