Par ici ma sortie — Société

Momentum historique dans nos communautés

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Denis Daniel Boule

Je me demande si nous n’assistons pas aujourd’hui à un momentum exceptionnel dans nos communautés. Entendons-nous bien, je n’oserai avancer que tout est réglé mais nous sommes dans une conjoncture qui n’a pas existé au Québec pour les minorités sexuelles depuis bienlongtemps.

D’une part le Conseil québécois LGBT a su fédérer à sa façon les demandes et revendications des groupes communautaires sans que l’un d’entre eux ne devienne l’interlocuteur privilégié des gouvernements comme ce fut le cas dans le passé.  
 
D’autre part, Fierté Montréal qui depuis huit ans propose avec la semaine de la Fierté et les différents évènements culturels et festifs une extraordinaire vi-trine de nos communautés et les inscrivent un peu plus chaque année dans l’Histoire du Québec. Le défilé de Fierté Montréal demeure emblématique de cette inscription dans la société aussi bien par le monde qui y participe, que par ceux et celles qui y assistent, que par les personnalités politiques qui y participent. Cette année, le Premier mi-nistre du Québec, Philippe Couillard, était accompagné de sept ministres de son cabinet, et l’on comptait parmi les invités outre le maire de Montréal, Denis Coderre, un grand nombre de représentants du milieu municipal, tout comme des acteurs majeurs de la scène politique provinciale et fédérale, excepté bien entendu le Parti conservateur. On ne peut pas accuser tous ces élus présents d’avoir été présents simplement pour courtiser nos voix.
 
C’est un fait aujourd’hui, les rencontres, la communication, la réflexion se font sur une base régulière avec les différents gouvernements qui se sont succédé au pouvoir à Québec. De bonnes relations qui ont permis entre autres par des groupes de travail de mettre sur pied la Politique nationale de lutte contre l’homophobie. Des relations qui doivent se maintenir face aux enjeux qui doivent être relevés dans les années à venir. Que ce soit le Conseil québécois LGBT, ou que ce soit Fierté Montréal, les deux organismes jouent un rôle complémentaire. Et leur travail doit être souligné. Collectivement nous devons les remercier. Ils aident grandement à nous ouvrir l’espace nécessaire pour que nous puissions être des citoyens à part entière et jouer notre rôle d’acteurs sociaux.
 
Autre momentum intéressant, le T à la fin de LGBT devient de plus en plus important. Les personnes trans sortent de l’anonymat ou du moins sortent de cet espace un peu underground oscillant entre voyeurisme et exotisme de la marge. Elles parlent plus, elles sont plus présentes à l’intérieur de nos communautés, et prennent la place qui leur revient de droit. De plus, les personnes trans nous amènent à réfléchir sur la question du genre dans nos sociétés et comment celui-ci se modalise. Il serait dommage que le désir de parler du genre dans les écoles pour lutter contre l’inti-midation des enfants dont l’apparence et le comportement ne s’apparentent pas à leur genre, fasse l’impasse sur les questions trans. Tout comme il serait dommage que le gouvernement actuel ne s’arrête pas sur les revendications portées par de nombreux groupes trans et dont nous avons souvent fait état dans nos pages.
 
Dernier momentun à souligner. La percée des groupes ethnoculturels LGBT à travers l’exemple d’Arc-en-ciel d’Afrique qui depuis plus d’un an à multiplier les événements pour se faire connaître et faire entendre sa voix. Derrière, des militants et des béné-voles qui ont donné beaucoup de leur temps et de leur éner-gie. Cette année, les responsables ont approché Fierté Montréal pour que des événements propres à leur groupe soit inclus dans la semaine de la Fierté, leur donnant une visibilité accrue, entre autres avec le choix de leur présidente. Patricia Jean, comme co-présidente de l’édition 2014 de Fierté Montréal.
 
Cette présence significative des questions trans ou encore d’un groupe ethnoculturel témoigne aussi du décloisonne- ment des intérêts des différents organis-mes communautaires LGBT. Le GRIS par exemple a des intervenants issus des communautés ethnoculturelles et ne peut plus faire l’impasse dessus, comme il ne pourra plus faire l’impasse sur les questions trans. On peut appartenir à la Coalition des familles homoparentales et être un père gai originaire d’Haïti ou encore dans un couple de parents dont l’un a changé d’identité de genre. Ce décloisonnement doit permettre d’élargir la solidarité entre les organismes LGBT.
 
Non, je n’ai pris aucune petite pilule arc-en-ciel qui me fait voir tout d’un coup la vie en rose. Bien sûr au cours de cette semaine, plusieurs sont venus me voir pour jouer les Cassandre et m’avertir que tout allait mal dans le communautaire et dans les relations avec le gouvernement libéral. Ils n’ont pas réussi à casser mon fun. Vous savez ceux qui prêtent toujours des intentions peu louables aux autres et qui se drapent dans une virginité douteuse. Mais bon, 
il faut faire avec.
 
Il n’en reste pas moins que d’une part il y a encore beaucoup de chemin à faire pour convaincre la population et les élus d’aller plus loin dans des changements (comme ceux souhaités par les groupes trans) et d’autre part qu’en période de restrictions budgétaires, et quelle que soit la grande ouverture des ministres de Couillard, nous ne soyons pas de nouveau obliger de nous serrer la ceinture comme ce fut trop longtemps le cas au cours des dernières décennies.
 
Seule la solidarité et l’unité feront notre force dans les échanges avec le gouver-nement. Il serait dommage que parmi les leaders de nos communautés, certains jouent les fossoyeurs plutôt que les bâtisseurs.