Repousser ses limites

Concrétiser son rêve et devenir championne du monde à 25 ans

Julie Vaillancourt
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Cindy Ouellet

Native de Rivière du loup, Cindy Ouellet déménage pour la capitale nationale avec sa famille, à 4 ans. Pianiste depuis son jeune âge, le sport prendra rapidement une place prépondérante. Elle sera des compétitions provinciales en soccer et reconnue comme athlète nationale en ski alpin. Puis, à 11 ans, la maladie frappe : cancer des os. Ce qui aurait pu être une fatalité pour plusieurs, n’en est pas pour Cindy, qui repoussera ses limites. À 18 ans, elle intègre l’équipe canadienne de basketball en fauteuil roulant! Celle que les médias surnomment «la guêpe » ira butiner avec l’équipe canadienne aux Jeux paralympiques de Pékin, en 2008, puis à ceux de Londres, en 2012. Alors qu’elle remportait récemment le Championnat du monde, l’équipe canadienne s’entraine à l’Université de l’Alabama, où Cindy termine une maîtrise en psychologie sportive. Rencontre avec une athlète ouvertement lesbienne au parcours impressionnant.

En 2001, les médecins annoncent à Cindy qu’elle souffre d’un cancer des os, un diagnostique dont la survivante se souvient: «J’avais 12 ans, alors je ne savais pas trop ce que ça voulait dire dans le fond... Je pensais que j’allais mourir, car lorsqu’on voit des gens à la télévision qui ont le cancer, on parle de mort. Mes parents et ma famille pleuraient, alors j’avais peur, c’était de l’inconnu…» Les médecins ont annoncé à Cindy qu’elle survivrait et pourrait marcher à nouveau, mais «plus je me battais contre le cancer, plus mes chances de remarcher diminuaient…Après un an et demi, j’ai demandé à mon médecin qu’il me dise la vérité, si je devais me faire à l’idée de ne plus marcher…» explique celle qui «est encore capable de marcher un petit peu», mais qui a aujourd’hui acceptée le fauteuil roulant comme moyen de locomotion. 
 
En constatant son passé très sportif, la physiothérapeute de Cindy la réinitie à tous les sports qu’elle aimait pratiquer, en plus de lui en faire découvrir d’autres : «J’ai fait un peu de natation adaptée et d’athlétisme avant de commencer le basket, mais je trouvais que ça bougeait pas assez, je voulais un sport avec plus de contacts, de challenge, et le sport d’équipe me manquait». Aux dires de Cindy, cette initiative de sa physiothérapeute l’a en quelque sorte «sauvée», puisqu’elle s’est par la suite lancée dans le sport à 100%. 
 
D’ailleurs, l’affirmation «100%» vérifiable et indéniable, puisque 6 ans plus tard, à 18 ans, Cindy intègre l’équipe canadienne de basketball en fauteuil roulant. Un an plus tard, elle participe aux jeux paralympiques de Pékin, plus en 2012, à ceux de Londres et remporte, en juin dernier, avec son équipe le titre de championne du monde: «La première fois que je suis embarquée dans un fauteuil de basket, j’ai réalisé que je pouvais encore faire du sport à un haut niveau de compétition, alors j’étais soulagée. Quand j’étais jeune, je voulais aller aux Jeux olympiques en ski alpin, donc j’ai réalisé avec le basket que mon rêve olympique était encore possible!» D’ailleurs, lorsqu’on demande à l’athlète, si elle a eu une impression d’échec ou de recommencement, elle nous offre une réponse que seul un athlète de haut niveau peut offrir: «Ça reste qu’on pousse notre corps et notre détermination. J’ai du apprendre les bases du basket, mais je ne partais pas de zéro, j’avais un background sportif, j’étais habituée à m’entrainer». 
 
D’ailleurs, Cindy s’entraine 2 à 3 fois par jour : du lundi au vendredi, 2 heures d’entrainement de basket d’équipe, lundi-mercredi-vendredi, séance de conditionnement physique. Hors saison, comme présentement, Cindy fait des entraînements de boxe à tous les jours, pour les bras et le cardio « et j’essaie de nager et de faire des pilates, une fois semaine, et je suis dans l’équipe de tennis en Alabama», ajoute modestement Cindy à sa fiche d’entrainement!
 
Si Cindy est statistiquement classé dans le top 5 des meilleures joueuses de basketball en fauteuil roulant au monde, elle s’implique aussi auprès de nombreux organismes, dont comité paralympique Canadien, pour lequel elle est porte-parole depuis 2010 : «Lorsque j’ai eu mon cancer, j’ai été porte-parole pour LEUCAN, fait beaucoup de conférences à mon école secondaire. Je raconte mon histoire pour aider les autres et faire connaître le sport adapté». D’ailleurs, Cindy n’hésite pas à prendre la parole lors de publicités pour le Comité olympique, CTV, RDS, TSN puisqu’elle désire faire comprendre que les athlètes paralympiques sont des athlètes à part entière représentant leur pays aux Jeux olympiques: «On s’entraine le même nombre d’heures par semaine, on mange les mêmes affaires, on se couche de bonne heure. Un athlète en  fauteuil suit les mêmes règles!» 
 
Si Cindy explique ne jamais avoir vécu directement de préjugés de par son handicap, elle souligne le manque de couverture médiatique des sports paralympiques, souvent sous représentés, voire ignorés : «C’est rare qu’on y voit des gens en fauteuil…Il y a Chantal Petit Clerc, mais elle a quand même dû gagner 7 médailles d’or aux jeux paralympiques pour faire parler d’elle! Il faut vraiment faire de grands exploits pour qu’on parle de nous…» 
 
Cindy a toujours été ouvertement lesbienne dans le milieu sportif, ce qui n’a jamais été une source de préjugés confie-t-elle, d’emblée : «J’ai fait mon coming-out à 15 ans et j’étais jeune lorsque j’ai intégré l’équipe canadienne [18 ans] et il y a plusieurs joueuses plus vieilles qui m’ont prise sous leur aile, m’ont guidée à ce niveau là, donc ça été plus facile. C’est sûr qu’on entend des commentaires parfois, y’en a qui font des jokes, mais c’était plus au secondaire…C’est sûr que le fait d’être gaie et en fauteuil, je me faisais un peu écœurer à l’école, mais lorsque j’arrivais chez moi, j’avais beaucoup de support. Dans le milieu sportif, j’ai pas eu de problèmes, mais je dirais qu’en habitant dans le sud des États-Unis, je fais attention à ce que je dis et ne parle pas de ma vie privée et de mon orientation sexuelle dans les médias d’ici», explique celle qui ressent le conservatisme de l’Alabama, comparativement à l’ouverture de la société québécoise, sur le sujet. 
 
Lorsqu’on demande à Cindy si elle se sent davantage marginalisée de par son handicap ou son orientation sexuelle, elle répond : «Un peu des deux, ici en Alabama, et pas nécessairement le sport adapté, mais plus les regards et les jugements dus au fauteuil roulant», explique celle qui a rencontré sa copine il y a un an, à l’Université d’Alabama. Cindy désirait poursuivre ses études universitaires, tout en intégrant une équipe de basketball en fauteuil roulant (il n’y a aucune équipe universitaire du genre, au Canada). 
 
Bourse d’études sportive et baccalauréat en poche, elle poursuit sa maitrise en physiologie du sport et science, concentration prémédecine. Si Cindy s’ennuie de sa famille et de la bouffe québécoise, ceci n’empêche pas l’athlète de penser au futur : «Je veux faire mon doctorat en Californie, y commencer un programme de basketball en fauteuil roulant et de boxe adaptée, même si ça n’existe pas! Par la suite, je veux faire de la recherche et enseigner en biomédecine!»