Sauna

Le Bain Colonial célèbre ses 100 ans !

André-Constantin Passiour
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Oui, vous avez bien vu et lu ! Ce bain devenu un lieu discret de rendez-vous pour bien des gais souffle ses 100 bougies cette année ! Entreprise familiale détenue par quatre générations de Adler, cet endroit avait ouverts ses portes en 1914 comme bain de style des hammams turcs tel qu’il y en avait des dizaines dans toute l’Europe de l’Est d’où est originaire cette famille. Lieu de détente et de rendez-vous amicaux – et d’affaires jusqu’à un certain point – pour les hommes eux aussi venant d’Europe, avec le temps, le Bain Colonial a développé une clientèle gaie résidant sur le Plateau et qui voulait un endroit «secret» de rencontres…  Comme dirait si bien Joy Ad/ler, «ah si les murs pouvaient parler…».

«Ce lieu a toujours été discret», souligne Joy Adler qui, avec son frère Howard, administre le Bain Colonial, ce qui en fait la 4e génération d’Adler à en être propriétaire. «Nous avons déjà vu des artistes, des acteurs de cinémas, des gens d’affaires, mais cela reste quelque chose de très discret, ajoute Howard Adler. Le Bain Colonial n’a pas été nécessairement destiné au sexe. Les clients y viennent pour relaxer, jaser, discuter affaires même et s’il se passe quelque chose entre des gens, eh bien pourquoi pas.»
 
Émigré d’Europe de l’Est, Aaron Adler ouvre les «Colonial Baths» en novembre 1914, à l’angle des rues Colonial et Napoléon, sur le Plateau Mont-Royal. Aaron Adler se trouve à être l’arrière grand-père de Howard et Joy. Les bains turcs et russes, avec sauna vapeur, massages aux huiles, salle de détente, etc. serviront alors d’exemples à une époque où les gens ne possédaient pas de salle de bain complète à la maison. Bien entendu, il y a encore aujourd’hui des douches, des massages, mais on y a rajouté une salle de gym, une autre de télévision, une terrasse sur le toit en été pour se faire bronzer – qui fait le bonheur de nombreux clients d’ailleurs – et 37 chambrettes privées.
 
Bien sûr, si on y retrouve encore une ambiance amicale au profit d’une clientèle maintenant à 90% gaie, le reste étant des hommes bisexuels ou se disant hétérosexuels. «L’établissement a changé en cent ans, mais il y a probablement toujours eu des gais ici, même si ce mot n’existait pas à l’époque, il y a toujours eu des rencontres entre hommes. On n’en parlait tout simplement pas...», indique M. Adler.
 
Depuis deux, trois ans, ce bain connaît un regain de popularité chez les jeunes surtout. Une transition s’effectue lentement entre l’ancienne clientèle, devenue plus âgée maintenant et donc peut-être moins mobile, et une jeu-nesse estudiantine fréquentant les universités McGill ou Concordia surtout. «Nous sommes très heureux de voir que les jeunes s’approprient cet espace, différemment certes, mais ils y viennent, continue Howard Adler. La clientèle vieillissante était plus régulière, tandis que les jeunes y font leur tour une ou deux fois par mois et vont ailleurs aussi ou rencontrent grâce aux réseaux sociaux, c’est la réalité maintenant. L’économie change aussi et ceux qui sont plus âgés possèdent un revenu qui est fixe et dépensent moins qu’auparavant. Nous sommes contents de cette transition vers une clientèle plus jeune.»
 
Oui, après 100 ans, il y a des choses à remplacer par ci par là… «Nous allons définitivement procéder à divers travaux de rénovations au cours des prochaines années, précise Joy Adler. La salle de cinéma devra être redécorée par exemple. Il faut demeurer le plus que possible à la page et moder-niser afin d’attirer la clientèle. Chaque commerce se doit d’apporter des mo- difications tous les cinq, dix ans, etc. et c’est aussi le cas pour nous parce que nous voulons satisfaire la clientèle.»
 
«Nous restons aussi à l’écoute de ce que désire la clientèle. Ici, comme on le voit, ce n’est pas un sauna typique, il n’y a pas de dark room, il n’y a pas non plus de sombre labyrinthe à travers lequel se promener et les lumières ne sont pas tamisées. Mais nous allons y songer sérieusement si les clients nous le font savoir que c’est ce qu’ils désirent. Je crois, en même temps, que n’étant pas comme les autres saunas, la pression pour du sexe à consommer est moins grande ici. Pour l’instant, nous avons 37 chambrettes, s’il faut en ajouter on peut toujours prendre l’espace réservé au stationne-ment adjacent et agrandir. Il y a différentes options...», croit Howard Adler, passionné par ce qu’il fait.
 
Une chose est certaine cependant, Joy et Howard sont plus qu’heureux de voir le commerce familial atteindre les 100 ans et lui souhaitent un autre 100 ans. «Je ne vois certainement pas le Bain Colonial fermer ici sur le Plateau. Mais avec la situation économique et les taxes municipales qui n’arrêtent pas de croître, nous analyserons différentes possibilités afin de maintenir l’établissement. Nous avons un autre terrain de stationnement à l’arrière, sur De Bullion, peut-être l’utiliserons-nous pour une construction et les revenus de cet édifice compenseraient pour un manque à gagner du Colonial ? Nous verrons. Nous n’excluons rien pour que les clients puissent être contents et que le Colonial voit encore un autre 100 ans !», conclut M. Adler qui y travaille depuis 24 ans. 
 
« Cela paraît incroyable maintenant, mais le Bain Colonial est le second plus ancien bain toujours en opération en Amérique du Nord. Le plus vieux est à Cleveland, il avait ouvert deux ans plus tôt !», nous disait l’an dernier Joy Adler. Eh bien, c’est fait, le Bain Colonial est à présent centenaire… 
 
Bain Colonial,
3963, avenue Colonial, Mtl. Ouvert de midi à minuit,
sauf le dimanche de 10h à 23h. T. 514-285-0132