L’envers du décor

Voir autrement les Boules Roses

André-Constantin Passiour
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place au village boules roses
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Le 5 octobre dernier, TV5, dans son Journal International, parle de Montréal «ville de design» dans le cadre de l’UNESCO. On y retrouve les réalisations de l’architecte paysagiste Claude Cormier : les Boules Roses dans le Village gai (sous l’égide de la Société de développement commercial du Village), la forêt d’arbres (roses) stylisés au Palais des congrès et la Plage urbaine de la Tour de l’Horloge au Vieux-Port de Montréal. Les Boules Roses, malgré les critiques de certains, ont maintenant une reconnaissance internationale et la barre serait haute pour les remplacer… Cependant, elles n’apparaissent pas au-dessus de la rue Sainte-Catherine par magie par un beau matin de printemps. Non, elles ne se suspendent pas toutes seules par miracle ! Leur installation, ainsi que leur démontage, donne lieu à tout un ballet de techniciens et d’équipements spécia-lisés… Toute une équipe de près de 30 personnes s’active durant plusieurs jours afin que tout soit parfait… Mais que connaissons-nous au juste de toute cette logistique ? Voyage dans l’envers du décor…


Durant les nombreux mois d’automne et d’hiver, ces boules sont entreposées dans un vaste local dans le Village. Si elles sont sales, il faut les laver, s’il y a de l’eau à l’intérieur, il faut les vider et les faire sécher… Car, puisqu’il s’agit d’un projet de développement durable, on utilise les mêmes sphères année après année. Ensuite, il faut les enfiler une par une, à la main pas mécaniquement, sur le fil qui sera tendu au-dessus de l’artère piétonnisée  pour Aires Libres. «Cette opération prend environ de 3 à 4 mois. Et ceci n’est qu’un des multiples aspects des fameuses Boules Roses», souligne Mario Martin, superviseur de projets à la SDC, qui œuvre dans le Village depuis de nombreuses années, y compris en tant que directeur artistique au Black & Blue.
 
«Si les gens comprenaient tout ce qu’il y a à l’arrière des Boules Roses, toute la logistique, toute l’ingénierie, ils seraient peut-être plus conscients de tout ce que cela implique comme travail, comme étapes à suivre, ils apprécieraient plus les Boules Roses», pense Mario Martin. «Comparativement à la première fois en 2011 où l’on avait procédé à toute l’installation avec huit personnes et deux nacelles aujourd’hui, nous avons huit nacelles, quatre girafes et une équipe de 30 personnes. AInsi, on a diminué considérablement le nombre de jours de montage. Depuis 2006, soit l’été des Outgames, que nous travaillons avec la SDC, tout est en constante évolution et nous sommes toujours dans la résolution de problèmes pour que ce soit le plus pratique possible», souligne André Lemieux, président de Impact Production, une entreprise spécialisée en installation d’événementielle.  
 
Pour cet hiver, la SDC a opté pour l’originalité par la création d’un «décor hivernal». Ainsi 61 poteaux des Boules Roses sont utilisés pour supporter le projet lumineux de l’artiste Aleksandra Ma?gorzata Krakowiak, du Studio A & A (www.studioaeta.com). Des structures rétroéclairées et chatoyantes avec des motifs. «Cela fait trois ans qu’on jongle avec l’idée, toujours dans l’optique de développement durable, de garder les poteaux en place au lieu de les démonter et de les utiliser à d’autres fins. Et voilà que l’on peut les utiliser pour l’autre décor (d’hiver) et c’est ça qui est intéressant», rajoute 
M. Lemieux.
 
Mais, encore là, il en a fallu des étapes et le chemin a été long. «On travaille là-dessus depuis le mois de janvier dernier», spécifie André Lemieux. Comme pour les Boules Roses, il s’agit de penser à un tas de variables. «Entre l’idée et l’installation, il y a tout un monde, constate Mario Martin. Il y a la fabrication d’un prototype, il y a les essais, etc. On travaille aussi avec l’arrondissement Ville-Marie parce qu’il faut que tout soit approuvé au préalable.  C’est certain qu’il faut avoir en tête la sécurité des gens. Chaque chose signifie une nouvelle étape. Par exemple, pour le nouveau décor, on ne voulait pas embarquer dans le ‘’traditionnel de Noël’’ pour rendre justement le décor plus chaleureux, plus enveloppant et aussi, d’avance, penser à changer le côté visuel chaque année. C’est ce qui est intéressant. Il nous faut donc voir comment le faire, il y a toute l’ingénierie de la patente à laquelle il faut réfléchir.» 
 
Les Boules Roses aussi avaient parcouru une route ardue et cahoteuse jusqu’à ce que cela soit satisfaisant pour toutes les parties en cause (la Ville, les pompiers, la police, etc.). 
 
Pour ces collaborateurs de la SDC du Village, chaque projet est un «work in progress». «Au début, pour le décor hivernal, on avait proposé une couleur puis, l’idée a évolué pour intégrer quelque chose de plus artistique», rajoute M. Lemieux. «Tout en gardant la base structurale, on a changé un paquet d’affaires, c’est un processus normal, renchérit M. Martin. Cette année, on utilise 61 poteaux, mais c’est un projet ouvert, c’est comme un test et, selon le résultat, il pourrait y en avoir plus l’année prochaine, on ne le sait pas d’avance même s’il faut anticiper.» «Ou encore en installer d’autres sur la rue Amherst ? On ne sait pas… Car cela fera une vraie signature hivernale pour le quartier un peu comme le font les Boules Roses en été. C’est ça la beauté de la chose ! Il y a plusieurs possibilités», indique André Lemieux. 
 
Oui je sais, malgré ce que l’on vient de dire, certains vont demander si les Boules Roses seront de retour l’an prochain ? «Cela me tue d’entendre de telles choses. Est-ce qu’on se demande chaque année si on va enlever la Tour Eiffel? Elle aussi était supposée être temporaire [construite pour l’Exposition universelle de Paris, en 1889].?Elle aussi avait fait «scandale» à l’époque.?Elle est pourtant devenue une des plus grandes attractions touristiques au monde! Les touristes qui viennent à Montréal s’arrêtent pour voir les Boules Roses, ils en ont entendu parler, ils les ont remarquées dans des guides et elles ont gagné des prix en design ! Nous en sommes très fiers…», tempête un peu Mario Martin qui est, manifestement, un passionné qui adore son métier…  
 
Dernière nouvelle 
La maison d’édition Phaidon, basée à Londres, spécialisée dans la publication de livres d’art fera paraître en 2015 un nouveau livre d’art intitulé « 30:30 Contemporary Landscape Architecture » qui inclura l’installation des « Boules Roses ». Toutes nos félicitations à Claude Cormier, qui sera le seul architecte paysagiste canadien dans ce livre qui réunira des projets d’architectes paysagistes de partout à travers le monde !