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Nos réalités au cœur de l'intimidation

Steve Foster
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Steve Foster

Dans toutes les régions du Québec, l’homophobie, la transphobie et l’hétérosexisme affectent la vie des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, ou perçues comme telles, ainsi que des personnes transsexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI). Dans toutes les sphères d’activité, à l’école, au travail, dans les résidences de personnes ainées, cette réalité se manifeste au quotidien par des interactions sociales sous la forme de comportements d’indifférence et d’évitement, d’insultes, de commentaires méprisants, de menaces et même d’agressions physiques et de viol.

C’est pourquoi le gouvernement du Québec doit reconnaitre explicitement l’homophobie et la transphobie comme des déterminants fondamentaux de l’intimidation et non comme étant un phénomène en marge de cette problématique. Ne pas le faire reviendrait à invalider les actions visant à contrer l’intimidation. C’est pourquoi le gouvernement doit travailler sur ces facteurs au même titre qu’il intervient déjà sur le sexisme et le racisme. 
 
Si nous voulons vraiment prévenir l’intimidation, incluant aussi la maltraitance des ainé(e)s, le gouvernement doit en priorité assumer son rôle de leader et avoir un message sans équivoque et des politiques ins-titutionnelles qui s’imposent à l’ensemble de l’appareil gouvernemental et des instances publiques et parapubliques. Il doit valoriser les différences et la diversité sociale en rendant visibles les réalités des personnes LGBT auprès de la population.   
 
Le gouvernement doit adopter les moyens nécessaires et aussi, soutenir de manière efficace et durable celles et ceux qui travaillent à l’enrayer. En fait, si le gouvernement veut que les citoyennes et citoyens agissent, il doit lui-même être un modèle. 
 
Lorsque le gouvernement a décidé de faire la campagne publicitaire de lutte contre l’homophobie en 2013, il a été ce modèle, il a été ce leader. Et à voir les commentaires homophobes, méprisants et haineux que cette publicité a générés, il est clair que le gouvernement ne peut baisser les bras en matière d’homophobie. D’ailleurs, nous déplorons que la 2e campagne n’ait pas eu lieu comme prévu cette année, car prévenir l’intimidation, ça commence avec la sensibilisation.
 
Pour contrer l’intimidation, nous devons le faire aussi en rendant accessible la formation et les ressources disponibles dans l’ensemble des instances gouvernementales,  publiques et parapubliques ainsi qu’auprès des intervenants et intervenantes œuvrant, par exemple, dans les réseaux de la santé et des services sociaux et plus particulièrement ceux et celles œuvrant auprès des aîné(e)s. 
 
Nous dénonçons vivement, d’ailleurs la récente décision de l’Institut national de santé publique du Québec de rendre payantes, parmi l’ensemble de l’offre de formation, uniquement les formations «Pour une nouvelle vision de l’homosexualité» et «Adapter les soins de santé aux réalités des personnes LGBT».  Ce faisant, ce sont des centaines de gens qui annuellement se verront privés d’une ressource nécessaire leur permettant de mieux comprendre nos réalités et par le fait même de mieux intervenir.  Pourtant, ces formations ont formé plus de 14400 personnes depuis 2005. Et ce pour faire des économies de bouts de chandelles. Par cette décision, l’INSPQ affaiblit grandement le plan d’action de lutte contre l’homophobie 2011-2016.
 
Nous déplorons grandement aussi le sous-financement des orga-nismes qui offrent des formations telles que celles données par la Coalition des familles LGBT ou encore qui font des interventions de démystification ou de sensibilisation comme les GRIS du Québec auprès des jeunes et de la Fondation Émergence auprès des ainé(e)s. On ne le répètera jamais assez, la sensibilisation est au cœur même de la prévention qui amène les changements de comportements et de mentalités. Le gouvernement se doit d’investir en la matière, car les coûts subséquents sont davantage élevés pour le gouvernement et la société. Décrochage scolaire, problème de santé mentale, isolement, suicide ne sont quelques exemples qui affectent particulièrement les populations LGBT. 
 
Prévenir l’intimidation, c’est favoriser la mise en place de Réseaux des Allié(e)s dans toutes les régions qui permettent, comme en Gaspésie ou en Abitibi, d’offrir du soutien et de l’aide aux populations LGBT. Ces regroupements composés d’intervenantes et intervenants ainsi que de professionnel(le)s de formation très diverse s’affichent de façon explicite comme étant des alliés auprès desquels les personnes LGBT peuvent être à l’aise d’être elles?mêmes et de faire part de leurs réalités et de leurs besoins. Mais pour que de tels réseaux soient efficaces, il faut aussi assurer la formation continue afin qu’ils et elles puissent avoir tous les outils nécessaires.
 
Par ailleurs, nous devons aussi faire preuve d’adaptabilité, car l’application de certaines actions pourrait générer des effets indésirables. Il faut aussi s’assurer de répondre adéquatement aux personnes vivant des doubles discriminations comme, par exemple, les personnes appartenant à une minorité culturelle, qui sont confrontées au racisme en plus de faire face à l’homophobie de la société, incluant celle de leur communauté d’appartenance. Ces réalités ne peuvent être traitées en bloc monolithique. Nous devons être en mesure d’agir en fonction de chaque culture et nous devons être attentifs aux répercussions potentielles qu’elles pourraient avoir sur la vie des personnes LGBT.
 
Prévenir l’intimidation, c’est soutenir les acteurs possédant l’expertise en investissant financièrement. C’est aussi mettre en place les mécanismes permettant l’implantation d’initiative terrain. C’est faire appel aux expertises des organismes dans l’ensemble de l’appareil gouvernemental lors de l’élaboration de plans d’action ou des différents outils de communications. C’est aussi mettre en place des plans d’action avec des mesures quantifiables afin d’assurer la validité et l’efficacité de l’intervention.
 
Prévenir l’intimidation c’est aussi faire preuve de vision. Si le gouvernement a été capable de mettre en place un cours d’Éthique et de culture religieuse afin de sensibiliser les élèves à la différence, pourquoi ne serait-il pas en mesure de mettre en place un cours sur le civisme et la diversité. 
 
Prévenir l’intimidation, l’homophobie et la transphobie envers les individus quel que soit l’âge et les milieux, c’est aussi rendre imputable celles et ceux qui doivent mettre en application les plans d’action tant auprès du gouvernement que des populations dont ils ont la responsabilité. Bref, si le gouvernent veut réellement prévenir l’intimidation sous toutes ses formes, il doit s’assurer que les principes de respect des différences, de la diversité et d’égalité ne soient pas que des vœux pieux. Il doit être au cœur de l’action gouvernementale. 
 
Qu’on se le dise, prévenir l’intimidation concerne tout le monde et en premier lieu le gouvernement.  
 
Steve Foster  
directeur général du Conseil québécois LGBT
 
Ce texte a été l'allocution du CQ-LGBT lors du Forum sur l'intimidation tenu à Québec le 2 octobre