Entretien avec Marina Rice Bader

Anatomy of a Love Seen ou les histoires saphiques mises à nues

Julie Vaillancourt
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Photo prise par © La réalisatrice Marina Rice Bader,

La réalisatrice américaine Marina Rice Bader, présidente de la compagnie Soul Kiss Film, présente le long-métrage «Anatomy of a Love Seen», qui explore les joies, les peines et l’amitié qui unissent deux actrices qui tombent en amour, lors du tournage d’un film. Suite à la première au Outfest de Los Angeles en juillet dernier, la réalisatrice ouvertement lesbienne, décide d’offrir immédiatement son film aux spectateurs à travers le monde, en location digitale. Initiative novatrice, certes, une façon de tranquillement changer les règles de la distribution cinématographique. 

Est-ce difficile de porter «3 chapeaux» (réalisatrice-scénariste-actrice) sur le plateau?

Il y a eu des moments difficiles pendant le tournage, mais ils n’ont pas fait d’ombre à la joie que je ressentais, chaque jour où j’ai travaillé sur ce film! Au début, je devais distribuer le rôle de Kara, mais je ne me voyais pas diriger une actrice, pour jouer le rôle d’une réalisatrice, qui dirige ses acteurs, dans un film aux dialogues improvisés…Finalement, j’ai eu du plaisir à interpréter Kara et ça n’a pas été trop difficile, puisque c’était pas mal moi, la réalisatrice! Le défi était l’improvisation; on ne sait jamais ce que les talentueuses actrices vont dire! En interprétant le rôle de Kara, j’ai accompli ce que je désirais avec ce film : réaliser avec un point de vue intérieur à l’histoire.

Justement, Anatomy of a Love Seen  propose une belle mise en abyme, puisque l’audience regarde le tournage d’un film, dans un film. Y’a-t-il des éléments autobiographiques?

Je voulais raconter une histoire d’amour et, bien sûr, ce film contient beaucoup de mes joies, mes peines et frustrations, liées à l’amour. Je tenais à présenter l’envers du décor du tournage d’un film, car c’est un environnement auquel les spectateurs ont peu accès. J’ai poussé l’enveloppe, jusqu’à présenter le tournage d’une scène d’amour, où les deux personnes sont vulnérables, il n’y a pas d’issus, elles doivent affronter leurs démons.

Quelle part d’improvisation y’a-t-il dans le film?

Tout le film est improvisé! J’avais un synopsis et des scènes de base, les personnages que je voulais voir à l’écran et chaque fois que les actrices faisaient évoluer leurs personnages, je réécrivais mon synopsis. Sharon, Jill & Constance interprètent dans le moment, c’est parfait pour l’improvisation. Il y avait des lignes directrices, des buts scénaristiques, que nous révisions, afin de garder l’authenticité.

Justement les scènes d’amour/de sexe sont authentiques.  Quelle était l’atmosphère durant le tournage?

Sharon et Jill sont toutes deux professionnelles, s’appréciaient et se/me faisaient confiance. J’ai créé un processus de casting spécifique pour ce film, faisant en sorte que les actrices puissent se rencontrer avant le processus d’audition. Ces actrices passeraient beaucoup de temps au lit, alors c’était mon boulot de créer, avant même le tournage, un environnement où toutes se sentiraient à l’aise et respectées.

C’est aussi un film sur l’amitié entre femmes…

Merci de mentionner l’aspect amical du film, tu es la première à le faire et c’est un aspect très important du film qui guide l’action. Entre amitiés/amours lesbiennes, la ligne est parfois mince n’est-ce pas?

Trouves-tu que le cinéma hollywoodien nous offre encore trop de clichés et stéréotypes lesbiens?

Les grands studios ont encore beaucoup de travail à faire sur le sujet et je n’ai pas trop confiance : le système a beaucoup trop de défauts! Par chance, il y a de bons réalisateurs qui travaillent à l’extérieur du système des studios et qui ont des histoires intéressantes à raconter, avec des personnages complexes, qui ne sont pas uniquement définis par leur sexualité.

Le film fut distribué de façon indépendante, passant outre les canaux de distribution traditionnels.

Au niveau de la distribution, je voulais essayer quelque chose de différent avec ce projet, puisqu’il a été fait à «l’extérieur des normes». Je trouvais intéressant que tout de suite après la première, le film soit accessible à tous. J’ai fait le film pour notre communauté, alors ça avait du sens qu’il leur soit accessible rapidement, à travers le monde! Le film a été vu dans 80 pays, ça dépasse mes attentes!

 

anatomy of a love seen 

Marina Rice Bader  États-Unis 

Ce film sera présenté lors d'image+nation, le frestival de cinéma LGBT de Montréal
le samedi, 11/22/2014 - 21:15 — L'annexe Judith Jasmin (l'ancien cinéma ONF)

http://www.anatomyofaloveseen.com