Par ici ma sortie — Société

Le communautaire : la guignolée à l’année longue ?

Denis-Daniel Boullé
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Denis daniel boule

La fin d’année, la mienne comme pour beaucoup d’autres, se termine sous le signe de l’indignation devant un gouvernement qui au nom de la rigueur budgétaire annonce qu’il coupe à la tronçonneuse dans de nombreux ser-vices et notamment dans les envelop-pes au communautaire et dans les programmes sociaux.


En revanche, ce même gouvernement semble traîner la patte dans des dossiers qui eux faciliteraient la vie à bien du monde et qui ne couteraient pas de dépenses supplémentaires. Comprend qui peut. C’est le cas avec le projet de loi 65, adopté en décembre 2013, devant faciliter les procédures de changement de mention de nom et de sexe à l’état civil et dont on attend toujours les règlements. Dans une entrevue accordée à Fugues, Stéphanie Vallée, la ministre de la Justice, souhaitait, il y a quelques mois,  que le dossier soit réglé avant la fin de l’année. Elle souhaitait continuer son tour de table pour se familiariser avec la «problématique» avant d’aller en commission parlementaire avec un projet de règlements. Bien sûr, pour beaucoup ce n’est pas prioritaire dans la mesure où cela ne concerne qu’une petite partie de la population. Mais ce serait gagnant politiquement d’annoncer de bonnes nouvelles.
 
En attendant, les personnes trans se heurtent à l’arbitraire de leurs interlocuteurs qui, selon leur perception de ce qu’est le transgenrisme, refusent des services, l’usage du nom et du genre usuel. L’état civil, quant à lui, continue d’appliquer les critères tels que définis par l’article 71 du Code civil, entre autres l’obligation de traitements médicaux et de modifications structurales des organes sexuels, ce qui va à l’encontre de la philosophie du projet de loi 65. L’État civil, comme tout le monde, attend le projet de règlements qui enca-drera le processus de modification du sexe et du nom sur les documents légaux. Bien sûr, cette situation ne bouleverse pas l’ordre du monde sauf que, pour obtenir un changement d’état civil, les personnes trans se voient obli-gées de subir entre autres des chirurgies, ou des traitements hormonaux, qui ne devraient plus être obligatoires depuis décembre dernier. ou alors de prendre leur mal en patience…
 
J’espère que l’inertie du gouvernement ne sera pas justifiée par l’attente de la décision de la Cour supérieure dans le recours déposé devant cette instance par le Centre de lutte contre l’oppression des genres demandant à invalider des dispositions contenues dans le projet de loi 65. Ce serait trop facile.
 
Le gouvernement n’aura même attendu les recommandations de la Commission de la révision permanente des programmes pour trancher dans le vif. Déjà, dans plusieurs secteurs de l’éducation et de la santé, plusieurs programmes devront être abandonnés. Le communautaire en général et le communautaire LGBT en particulier dépendent d’enveloppes budgétaires pour réaliser leur mission. Plusieurs organismes sont en première ligne dans les services à la popu-lation, que ce soit en éducation, Les différents GRIS au Québec par exemple, en santé et services sociaux, comme les organismes oeuvrant auprès des personnes trans, etc. Des services qui ne sont pas dispensés directement par le gouvernement et qui ne coûtent pas cher à l’État. Ce qu’a reconnu dans une sublime déclaration devant des économistes, le minis-tre des Finances, Carlos Leitao : « Il y a énormément d’organismes communautaires qui peuvent livrer des services sociaux. Ça coûte moins cher que s’il s’agit d’un réseau ». Et ça coutera encore moins cher si on les asphyxie les obli-geant, comme c’est déjà le cas, à se retourner vers le privé.
 
Il est vrai que dans la plupart des orga-nismes communautaires, la majorité des permanents ont des salaires inférieurs à ceux de la fonction publique à tâches équivalentes. Et qu’ils sont entourés d’un grand nombre de bénévoles. Des économies notables pour les dirigeants. Héritage du catholicisme, le communautaire s’est fondé en grande partie sur le bénévolat et les dons. Chaque année, une grande partie de son travail est de trouver des fonds, par des demandes de subvention, par l’organisation de levées de fonds, ou encore par la recherche de partenariat et de commandites avec l’entreprise privée. Et cela prend du temps. Du temps qui n’est plus consacré à sa mission première. Imaginons si demain matin, le communautaire se mettait en grève ? Que les bénévoles restent chez eux ? Pas sûr que le Premier ministre trouverait drôle la plaisanterie ?
 
Depuis des années le communautaire participe à la réduction des dépenses de l’état en se chargeant de services que ce dernier n’assume pas. En se démenant pour aller chercher des fonds ailleurs. Le communautaire doit-il faire encore mieux avec moins ?
 
Peut-être faut-il rappeler au gouvernement les fondements premiers des démocraties occidentales, fondements qui au cours des décennies sont devenus secondaires, voire tertiaires quand ils ne sont pas totalement oubliés : La protection (la justice), la santé, l’éducation et 
la culture de ses citoyens et de ses citoyennes. Ses fondements sont les raisons d’être de nos démocraties.
 
En demandant aux organismes communautaires d’en faire plus en leur donnant moins, les obligeant à courtiser le privé, l’État ne cesse de se désengager. 
 
Devrons-nous bientôt nous poser la question de la nécessité d’avoir un gouvernement ?