Mado est au Boutte

Champagne Bitch

Mado Lamotte
Commentaires
Mado lamotte

Tous les voyages finissent par se ressembler, mais aucun n’est vraiment pareil. C’est un peu le feeling que j’ai en rentrant de voyage. À la question : «Pis as-tu fait un beau voyage?», je réponds systématiquement, sans vraiment d’enthousiasme : «Mets-en!».

Chaque fois que je reviens de voyage, j’ai l’impression que je n’aurai plus rien à raconter. J’ai le sentiment de me répéter. J’me dis que mes amis en ont plus rien à foutre que je leur raconte en détail ce que j’ai vu ou vécu dans un pays qui leur est totalement inconnu. J’leur montre même plus mes photos de voyage tellement j’ai peur de les ennuyer. Surtout quand c’est un pays qui ne les intéresse pas du tout. 
«Qu’est ce que t’es allée faire en Bulgarie?», «Y’as-tu quelque chose à voir au Luxembourg?», «Pourquoi la Malaisie?». D’ailleurs, je constate que la majorité des gens préfèrent se faire raconter un voyage qui leur est familier. Ne serait-ce que pour participer à la conversation à coups de : «Moi aussi j’ai vu ça», «Non, mais c’est tu pas assez beau?», «Hein t’es allée là toi aussi! Oui, mais moi quand j’y suis allé c’était pas comme ça», «Quoi t’as pas vu ça! C’est d’valeurs, t’as manqué quelque chose». Non, mais avouez que c’est donc rassurant de savoir qu’on en a vu plus ou fait plus que la p’tite fendante qui nous emmerde avec ses histoires de voyage alors que le seul voyage exotique qu’on s’est payé dans la dernière année c’est un aller-retour Montréal-Plattsburgh. Mais au risque de vous taper sur les nerfs, je ne crois pas qu’il arrive un jour où j’vais me tanner de voyager ni de raconter mes voyages. J’pourrais pas vivre sans voyager. Voyager c’est ma drogue, c’est mon ivresse, c’est mon carburant, c’est mon électri-cité, c’est ma dose de radioactivité. Et y’a rien comme raconter un voyage pour se mettre à rêver au prochain voyage. Ça fait qu’on le racontes-tu c’te voyage-là?
 
Dimanche de l’Action de Grâce, départ de Montréal direction Madrid via Paris, j’m’en vais voir mon idole Kylie Minogue à Madrid. Ça faisait 10 ans que je n'avais pas pris Air France, j'viens de comprendre pourquoi. Mon vol de 16h50 est reporté à 0h15. Grrrr. 
 
Ils sont ben mieux de ne pas me faire manquer Kylie sinon je donne des coups de sacoche aux hôtesses de l’air!! 6h30 de vol à jouer à des niai-series sur mon iPad, j’peux pas m’endormir sur un film plate, mon écran de fauteuil ne fonctionne pas. Double grrrr. 
 
Vol de Paris vers Madrid, une autre heure de retard, bon les p’tits verrats ont réussi à me faire manquer les dix premières minutes du show. Mais ça ne m’a pas empêché de chanter, danser, brailler, hurler ma vie. I believe in Kylie !
Je ne passe même pas 12 heures à Madrid, le lendemain matin, je suis dans le premier avion pour Ibiza. Et à cet instant de mon histoire, la question qu’on devrait me poser c’est : «Qu’est-ce que tu t’en vas faire là, toi qui a toujours dit que tu ne mettrais jamais les pieds là ?» Euh, quand est-ce que j’ai dit ça ? Vous n’avez pas de preuves! Je devais être soûle encore?».
 
Chus à peine débarquée de l'avion et j'ai déjà un verre de champagne dans la main. Hum, Ibiza je sens que tu vas me plaire. Mais c’est surtout mon hôte extraordinaire, le bel Orlando, qui me fera aimer Ibiza au-delà de ce que j’aurais cru possible. Ah mes chéris, j’ai été reçue et traitée comme une star pendant la semaine de rêve que j’ai passée là-bas. Hébergée dans une villa de luxe dans la montagne, ma chambre donne sur la piscine avec vue sur la mer au loin. Dans la chambre d’à côté, il y a un couple d’amis de Barcelone, deux pétards de machos qui sont là pour 2 jours seulement. Mais ce seront 48 heures bien remplies à baver comme une limace à la vue de leurs torses poilus et à mouiller comme une femme fontaine quand ils se pavanent fièrement le chorizo trop à l’étroit dans leur Speedo. On me sert le champagne tous les jours à l’apéro et le soir on me cuisine les spécialités locales accompagnées des plus grands crus espagnols qui me rappellent que les vins d’Espagne sont comme ses hommes ; virils, costauds, charnus et longs en bouche ! 
 
J’pense que si j’avais à résumer ma semaine à Ibiza en un mot ce serait : «chill». Chill le matin à faire des mots croisés sur le bord de la piscine. Chill l’après-midi à faire des tours de Jeep pour partir à la découverte d’Ibiza. Chill en fin de journée encore sur le bord de la piscine à lire 1Q84 de Haruki Murakami en buvant du champagne et en reluquant la masculinité de mes voisins de chambre. Chill  endormie dans le hamac à l’heure de la siesta. Chill au souper pris tous les soirs sous le ciel étoilé d’Ibiza en me demandant qu’est-ce qui me retient de venir m’installer ici pour l’hiver ! Là vous vous dites, voyons donc Mado, ça peut pas être aussi paradisiaque. Ibiza c’est pas supposé être le paradis des clubbers, des pitounes siliconées et des douchebags les plus douche de la planète ? Oui de fin juin au début octobre la petite ville de 10 000 habitants voit sa démographie multipliée par 10 et croyez-moi, ce ne sont pas que des voyageurs de qualité qui envahissent l’ile. Mais dès que les David Guetta, Bob Sinclair, Armin Van Buuren et autres DJs demi-dieux des amateurs de musique prédigérée plient bagages, la faune de wannabe et m’as-tu-vu paquetés à 10h du matin, les narines brûlées par la coke et le k qui n’ont pas vu l’ombre d’une plage pendant leur semaine de vacances rentrent se morfondre chez eux, Ibiza redevient une oasis de tranquillité où il fait bon farnienter au gré du vent sous le chaud soleil de l’automne sur une des nombreuses plages pratiquement désertes en buvant des Mojitos et en écoutant un hippie local qui gratte sur sa guitare des airs de flamenco pendant que je rêve que je suis prise dans une anomalie temporelle où je revis, inconsciemment, le même moment éternellement. Mais je ne peux pas passer la semaine à fouerrer, je dois malheureusement revenir à la réalité et prendre quelques décisions. Hum… piscine ? Lecture ? Mots croisés ? Plage ? Voilier ? Plongée ? Coucher de soleil sur la plage ? Visite de grottes ? Marcher à flanc de falaises? Massage à 4 mains sous la pluie dans un hammam en pleine campagne? Apéro au bistro du coin avec sangria et tapas à volonté? Souper aux huîtres et champagne? Prendre un bain de minuit sous les étoiles ? Faire la tournée des bars gais, aller m’éclater au Pacha Club et frencher tout ce qui parle espagnol en haut de 25 ans ? Hey que j’haïs ça prendre des décisions quand je suis en vacances !
 
Au lieu de me casser la tête, je laisse mon cher Orlando décider pour moi. Je suis Reine après tout, je n’ai pas à m’encombrer de penser, de décider et d’agir quand je suis en vacances. Anyway j’avais un hôte parfait qui connaît bien mes goûts. Alors on a fait quoi pendant cette semaine de rêve? Ben voyons mes chéris, vous aussi vous me connaissez trop bien. On a fait tout, absolument tout et encore plus que ma mémoire noyée de champagne et d’autres divins nectars n’est pas en mesure de se rappeler. Quand je pense que j’ai toujours dit que je n’irais jamais à Ibiza ! La morale de cette histoire : il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau ou si vous préférez dans ce cas-ci : je ne dirai plus jamais Ibiza je ne boirai pas de ton champagne ! Allez à go, on chante tous en chœur : « C’est pour la petite bourgeoisie qui boit du champagne… I’m a bitch ! »
 
ONE?MADO?SHOW  Je vous l’avais dit que je partais en supplémentaires. Allez mes chéris, ça fait au moins 10 ans que vous me dites que je devrais avoir mon show d’humour et ça fait 10 ans que je vous répète que ça s’en vient. J’ai tenu ma promesse alors maintenant c’est à votre tour de tenir la vôtre. Ça se passe le samedi 29 novembre au théâtre Gesù et les billets sont en vente sur admission.com.