Solidairement vôtre

Un peu plus de liberté

Steve Foster
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Steve Foster

À la fin de 2008, lorsque j’ai proposé à Yves Lafontaine d’écrire pour Fugues, celui-ci s’apprêtait à me faire la même offre.  Bien que je fus surpris qu’Yves veuille m’offrir de reprendre la chronique que le militant Gilles Marchildon avait tenue (pendant 4 ans). De mon côté, ma visée était surtout de pouvoir rendre plus visible le Conseil qui, depuis décembre 2005, poursuivait sa restructuration afin d’être à nouveau un incontournable pour les communautés LGBT et le gouvernement. Et depuis, le Conseil et moi sommes unis pour Solidairement vôtre. Mais ce mois-ci, c’est la dernière fois où le nom du Conseil québécois LGBT sera associé au mien. Avec mon départ de l’organisme, je poursuivrai seul cette aventure. Enfin, je serai un peu plus libre de ma parole! 

Je dis «plus libre», car ce à quoi je n’avais pas pensé au début, c’est qu’en associant mes textes avec le Conseil, je me retrouverais à devoir peser tant le contenu que la forme de chacun des sujets que je voulais aborder, même ceux concernant ma vie personnelle. Si mes deux, trois premiers textes se sont écrits sans trop y penser, j’ai vite compris les effets que pourraient avoir ce que j’écrivais sur la notoriété et la crédibilité de l’organisme. J’ai aussi compris très vite les impacts de mes propos sur les organismes membres du Conseil et sur les relations politiques que nous voulions établir. Sans compter les conséquences potentielles pour moi, en tant que représentant de nos communautés.
 
Il aurait suffi d’un texte acrimonieux, d’une phrase assassine, d’un mot d’insulte ou d’un sujet controversé pour voir tout ce que nous tentions de cons-truire être considérablement compromis. En fait, je n’avais pas la latitude de mon ami Denis-Daniel Boullé qui peut se permettre d’écrire tout, ou presque, dans sa chronique Par ici ma sortie. Comme je le disais, je me devais de penser aux autres et au Conseil, quitte à me mordre la langue. Ce qui est arrivé plus d’une fois d’ailleurs. L’avantage à cela, c’est que j’aurais appris à écrire de façon plus nuancée sur de nombreux sujets, sauf en ce qui concerne Harper et les «Conserva-tueurs». Il fallait bien que je me garde une soupape...
 
Au fil du temps, les chroniques que j’ai écrites, en tant que directeur général, ont suscité vos critiques et vos éloges. Mon texte portant sur le  don planifié fut sans contredit celui qui m’a attiré le plus de récriminations. Comme quoi, même avec les meilleures intentions, vouloir sensibiliser les gens sur les façons d’aider financièrement les groupes LGBT, peut susciter des réactions non prévues. Ceux abordant mes tentatives de suicide et mon viol ont été, pour leur part, plus difficiles à écrire. J’y ai pensé énormément avant de le faire. Quel serait l’impact sur ma crédibilité comme représentant des communautés LGBT et comme dirigeant du Conseil. Je peux vous assurer que j’ai consulté quelques personnes avant d’aborder ces sujets. La principale raison étant que je ne voulais pas que des gens utilisent ces aspects pour discréditer mon travail et l’organisme par la même occasion. Et bien, figurez-vous, même si vous avez été très nombreux et nombreuses à apprécier ces textes, il y en a tout de même qui ont tenté de me «couillonner» dans les coulisses du pouvoir, sans toutefois  y arriver.
Donc chaque fois que j’ai décidé d’écrire, j’ai tenté de mesurer du mieux que j’ai pu chacun de mes propos. Mais je dois avouer qu’au fil des années, il m’est devenu de plus en plus difficile d’écrire mes textes, car de plus en plus de choses m’enragent et j’ai de moins en moins de patience. Et bien que je sois un gars gentil, il y a toujours bien des limites à trouver des tournures de phrases qui enrobent les problématiques que vivent les organismes et les personnes de nos communautés. Il y a des limites à essayer de trouver toujours le juste milieu et de comprendre tout le monde. En fait, je suis tanné de devoir faire attention à tout ce que je dis par peur des représailles sur le Conseil, sur ses membres et partenaires, sur ses activités et j’en passe.
 
Oui je suis un gars gentil, et je ne pense pas être de ceux qui vont insulter quelqu’un juste pour le plaisir d’insulter. Mais maintenant que je retrouve ma li-berté, je vais pouvoir écrire ce que je veux sans avoir à me soucier des conséquences pour les uns et les autres ou sur leur financement, leur rayonnement, etc. Cela dit, il est fort probable que le ton et le contenu de mes chroniques demeureront les mêmes, mais au moins je n’aurais plus le stress de devoir absolument plaire à tout et chacun. Bref, le seul qui pourra mettre son veto sur mes écrits sera Yves et ça me convient bien ainsi!
 
Je profite de l’occasion pour vous souhaiter un joyeux temps des réjouissances et que l’année 2015 qui s’amorce soit à la hauteur de vos aspirations. Joyeux Noël et bonne année 2015… Et ne venez pas me dire que je ne suis pas politiquement correct de parler de Noël.