Porte-parole JESSIE BORDELEAU

Le RLQ fait peau neuve

Julie Vaillancourt
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Jessie Bordeleau
Photo prise par © Pierre Ouimet

Après plus d’un an au sein du conseil d’administration, Jessie Bordeleau a été approchée par la coordonnatrice Marie-Noëlle Goulet-Beaudry, afin d’assurer la présidence du Réseau des Lesbiennes du Québec. Élue à l’unanimité, le 1er octobre dernier, Jessie est officiellement devenue le visage derrière le RLQ, qui fait désormais peau neuve pour l’occasion. Rencontre avec cette diplômée des HEC en marketing que vous connaissez peut-être comme barmaid au Bar Le Cocktail.

Jessie BordeleauC’est avec humilité et passion, que la jeune femme de 32 ans a accepté de prendre les rênes du RLQ: «Je suis contente de pouvoir représenter les lesbiennes, fière de cette confiance, même si c’est une grosse mission» explique d’emblée celle qui assumera la présidence du RLQ, sans pour autant oublier l’historique derrière le réseau.«
 
Ca a commencé à l’époque de l’école Gilford, avec des lesbiennes militantes qui l’ont fondé et aujourd’hui, ça se transforme. Je dirais que c’est moins militant extrémiste. La lesbienne d’aujourd’hui est socialement plus acceptée et souvent invisible lorsqu’elle se fond dans la masse hétéro. Mais il y a des besoins différents, par exemple les lesbiennes vieillissantes, qui retournent au placard…donc le réseau est là pour elles, au même titre que pour les plus jeunes générations. Par exemple, là, on garde un œil sur toute la politique d’austérité du gouvernement, qui touche les lesbiennes et le couple lesbien», explique Jessie qui enchaîne sur la double discrimination — genre, orientation, sexisme, lesbophobie — une des missions du RLQ».
 
Aussi, Jessie mentionne plusieurs organismes ou organisations qui rendent visible le lesbianisme, dépendamment de leurs mandants respectifs, que ce soit en organisant des soirées ou des événements (LSTW, PINK28) ou services (CSL), «c’est important, mais à travers cela il y a des fragmentations et parfois de la compétition. Le RLQ est là pour regrouper et favoriser la collaboration, promouvoir ces initiatives, entre autres, via notre site web et un bottin de ressources, afin d’être une référence pour diriger les femmes vers les ressources appropriées», explique Jessie, qui continue passionnément sur les archives du RLQ.
 
D’ailleurs, le RLQ travaille présentement sur le projet «sortir de l’ombre», m’explique Jessie, soit une série de portraits de visages de lesbiennes en noir et blanc, mais mises en lumière, par le biais d’un vernissage ambulant, qui se promènera à travers le Québec. Au fil de ces rencontres de lesbiennes présentes en région, ceci donnera lieu à des séances photo successives et des expositions, le but étant de «sortir de l’ombre» toutes ces photos de lesbiennes du Québec lors d’une exposition lors de Fierté Montréal 2015 : «Au bout de l’année, avec photos et le questionnaire associé, nous aurons une bonne prise de conscience de qui sont les lesbiennes du Québec, afin que le RLQ puisse les représenter comme elles sont», appuie Jessie. 
 
D’ailleurs, parlant de visages, Jessie mentionne qu’elle a beau être la tête d’affiche, mais que le RLQ «c'est avant tout ses membres, également une superbe équipe au sein du conseil d'administration et notre coordonnatrice.» D’ailleurs, devenir membre du RLQ ne coûte que 5$ et les membres peuvent s’impliquer activement dans les comités mis sur pied : « C’est ton réseau et TA voix, appuie Jessie : «Il est important de vaincre l'invisibilité des lesbiennes, et ça commence ici. Être membre permet non seulement de soutenir le Réseau, mais permet de contribuer et de participer au rayonne-ment des communautés lesbiennes du Québec. En étant à l'affût des acti-vités sociales, culturelles et politiques de nos membres, vous pouvez également connaître l'histoire derrière la communauté lesbienne et prendre le pouls de ce que vivent nos consœurs à travers le Québec. Le but étant de réunir toutes les lesbiennes du Québec, le RLQ se veut une porte d'entrée à une meilleure solidarité. Le RLQ est inclusif aux femmes lesbiennes: on se concentre sur le L du LGBT!»
 
En tant que présidente, Jessie n’a pas de droit de veto : «C’est davantage un rôle de porte-parole», précise-t-elle «on m’a élu pour mes qualités de leadership, ma capacité de regrouper les gens», explique celle qui possède un réseau important. Parlant de réseau, Jessie a l’occasion de côtoyer sa communauté au quotidien, en tant que barmaid au Cocktail : «J’adore ma job, les gens avec qui je travaille et les gens qui viennent au bar. D’ailleurs, j’ai souvent ce jugement des gens : "tu es graduée des HEC, mais barmaid, quand vas-tu te trouver une vraie job? " Au début, ça me stressait, mais j’ai fait la paix avec ça l’an dernier! Moi quand je me lève le matin, je suis contente d’aller travailler, je ne rentre jamais à reculons à ma job! Comme j’avais cette crainte de ne pas faire «vivre» mon diplôme, que je voulais acquérir de l’expérience et que j’aime le communautaire, j’ai combiné tous ces aspects en m’impliquant dans le communautaire et en mettant à profit mes compétences, pour des organismes qui ne pourraient pas nécessairement se payer ces services! C’est le meilleur des deux mondes!» Ainsi, Jessie s’implique dans la communauté à plusieurs niveaux, notamment sur le comité des femmes d’Équipe Montréal. 
 
De plus, chaque mercredi, la jeune femme fait du bénévolat chez REZO, ce qui lui tient particulièrement à cœur : «On entend souvent les filles qui disent se sentir exclues de la communauté… Je me suis dit "c’est peut être parce qu’on s’y implique pas?" Pour moi, travailler pour la communauté n’est pas juste travailler pour les lesbiennes. REZO en bout de ligne. Des condoms pour hommes gais et bisexuels, ça ne m’atteint pas directement. Mais indirectement, c’est ma communauté et je veux qu’elle soit en santé, car j’en fais partie» explique celle qui organise les soirées jeudi «6 à 9 condoms» et qui en sera à sa 5e édition le 7 décembre prochain au Cocktail : «Depuis que je fais ces soirées-là, il y a plus de filles que de gars qui assistent à ces soirées. Ça prouve qu’il y a un besoin pour les filles de s’impliquer et de faire partie de cette communauté. Ça aide aussi à mélanger les cartes LGBT et c’est super le fun!»
 

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