Collectif Carré Rose Montréal

Poursuivre la mission et diminuer la violence

André-Constantin Passiour
Commentaires
marche carre rose

Ce groupe célèbre ce mois de décembre son tout premier anniversaire… Souvenons-nous qu’au cours de l’automne et du début de l’hiver 2013, une série d’agressions violentes et parfois homophobes avaient ébranlé le Village gai de Montréal. Le summum de ces événements fut sans doute l’attaque qu’a subi le DJ bien connu Alain Jackinsky et son colocataire David Lord, dans la nuit du 13 au 14 décembre. Coupures, œil tuméfié, etc., les photos avaient fait le tour des médias sociaux. Soudainement, alors qu’elles basculaient dans l’anonymat le plus total, ces attaques prenaient un visage et sensibilisaient les gens à la violence qui se faisait de plus en plus présente à certaines heures. Le 14 décembre, par une page Facebook, le Collectif Carré Rose Montréal (CCRM) naissait avec pour porte-parole Louis-Alain Robitaille qui en est le cofondateur…

Le 14 février 2014, on organise alors une marche pacifique le soir de la Saint-Valentin, plus d’amour et moins de violence est le mot d’ordre… Malgré le froid, cet événement rassemble plusieurs centaines de personnes y compris de nombreux commerçants et le maire de Montréal, Denis Coderre. Le 12 décembre prochain, on soulignera le 1er anniversaire du Collectif par un cocktail au Cabaret Mado. En prévision de cette activité nous avons réalisé une entrevue avec Louis-Alain Robitaille sur les accomplissements du groupe et ses combats futurs…

On va commencer par la plaque remise par le BBCM (Black & Blue) pour la sécurité dans le Village, quel effet cela vous a fait au Collectif de recevoir cette «plaque» ?

Nous avons été très surpris! Le BBCM est une fondation qui existe depuis maintenant plus de 24 ans. Elle a une bonne crédibilité et tout le monde connaît bien le Black & Blue. Robert Vézina [le président du BBCM] m'a demandé s'il était possible que le Collectif Carré Rose Montréal présente le Cocktail des Présidents du Black & Blue en collaboration avec le BBCM cette année, ce qui nous donnait une belle opportunité pour diffuser notre mission : discuter de l'amélioration de la sécurité dans le Village. Je ne me doutais pas qu'il comptait utiliser cette occasion pour souligner notre travail de prévention. Nous en sommes très touchés et honorés. Ça nous encourage à continuer à travailler fort pour le Village!

Quel est le bilan que l'on peut tracer depuis la création du Collectif en décembre de 2013 et l'incident d'Alain Jackinsky qui avait été comme la goutte qui a fait déborder le vase ?

Nous sommes heureux du résultat obtenu au printemps passé. Suite à nos rencontres avec le commandant Vincent RIcher et le maire Denis Coderre, la présence policière accrue la nuit avait réduit les agressions à presque néant. Notre travail de prévention a aussi contribué à augmenter la vigilance des gens. Les victimes d'agressions à qui nous avons fourni un appui soit légal, moral ou pour faire leur rapport de police l'ont beaucoup apprécié. Le maire avait annoncé lors des discours précédant notre marche du 14 février dernier, une aide supplémentaire aux sans abris d’un million par année. Tout ça contribue à améliorer la situation, mais nous devons conclure que tous ces efforts ne sont pas venus à bout du problème. Le problème des gangs de rues dans le ViIlage en est un de taille et ça va prendre beaucoup plus de volonté pour le régler.

 Justement, après «l'affaire Jackisnky», est-ce qu'il y a eu d'autres épisodes aussi violents et sait-on combien il y en a eu ?

Oui. On nous en a rapporté quelques-uns sur la page facebook du CCRM. D'autres ont été couverts soit sur les médias sociaux, soit dans les médias traditionnels. Malheureusement, le problème est encore évident. Certains s'étonnent qu'il n'y ait pas plus d'efforts consentis à éradiquer la violence dans le Village. Si cette violence se produisait dans n'importe quel autre quartier de Montréal, ça ne passerait pas alors pourquoi est-ce acceptable dans le Village?

Est-ce que, pour toutes sortes de raisons, les gens hésitent encore à porter plainte à la police, ce qui fausse les données ? Et que peut-on faire de plus pour faire circuler l'information et les encourager à porter plainte ?

Oui, les gens hésitent à porter plainte. Les policiers du PDQ 22 ont reçu des instructions précises : ne pas décourager les victimes à porter plainte. En partant, on a bien l'intention de ne plus accepter les statistiques comme réponse à l'inaction. À partir de maintenant, les choses doivent bouger pour le vrai et pour longtemps. Les mesures temporaires sont bonnes puisqu'elles réduisent les agressions. Chaque agression évitée est une victoire en soi. Mais nous voulons maintenant de vraies mesures comme l'amélioration de l'éclairage dans le Village et à proximité des stations de métro, une augmentation des budgets aux organismes d'aide aux clientèles marginalisées, etc… Un projet pilote de caméras de surveillance aux alentours du métro Beaudry serait aussi approprié dans le contexte. La situation s'est vraiment empirée au courant de la dernière année à cet endroit.

Est-ce que ça manque à Montréal d'avoir un groupe avec des gens dont la mission serait justement d'accompagner les victimes de tels actes dans les démarches si elles se sentent seules ou vulnérables ou qu'elles ont hontes parfois, aussi, un peu comme le faisait Dire enfin la Violence autrefois ?

Pas vraiment et c'est ça qui est triste! Tous les services sont déjà disponibles, mais les divers organismes tendent à travailler en parallèle ce qui diminue beaucoup l'efficacité. On doit apprendre à mieux travailler ensemble ! Il y cependant un problème important, le sous-financement des organismes d'aide. Nos deux paliers de gouvernements n'en font pas suffisamment et les problèmes que ça occasionne vont nous coûter beaucoup plus cher à moyen terme.

À part le cocktail, qu'est-ce qu'on organise pour l'avenir au Collectif, je crois qu'il y a sous peu une rencontre avec le commandant Guerrero du PDQ22 non ?

 Oui, nous allons rencontrer le commandant Guerrero cette semaine pour tenter de mettre en place une stratégie gagnante et permanente. Une rencontre avec le maire suivra. Le 12 décembre, nous profiterons de notre cocktail du 1er anniversaire pour prendre les suggestions des gens pour la suite.

 Et qu'est-ce qu'on peut dire lorsqu'on atteint un membership de 4000 pers. sur la page FB du Collectif ?

La page facebook du Collectif a passé le cap des 4000 j'aime. Les gens l'apprécient beaucoup. Nous y publions tous ce que nous faisons tel que notre présence à la Journée communautaire de Fierté Montréal ou toute autre activité à laquelle nous prenons part. Nous en profitons aussi pour féliciter les organismes gais qui font beaucoup de bien à la communauté comme Fierté Montréal, le GRIS, le Conseil Québécois LGBT, la Fondation Émergence/ Gai Écoute et j'en passe! Le nombre d'adeptes nous aide aussi beaucoup lors de nos représentations politiques. J'encourage donc tout le monde à aimer la page du CCRM et d'inviter leurs amis à en faire autant! Il est important de souligner que malgré le fait que le CCRM n'a aucun budget, ce qui est un exploit en soi, nous avons obtenu une excellente écoute autant des élus, du SPVM, des médias que des autres organismes du Village. Vous vous souviendrez qu'ils étaient tous présents à notre marche en février dernier. Le maire nous avait même mentionné dans son discours lors de la montée du drapeau gai à l'hôtel de Ville.

 

Rappel : Cocktail, vendredi 12 décembre dès 18h au Cabaret Mado (1115, rue Sainte-Catherine Est).

http://www.facebook.com/collectif.carrerose.montreal