En réponse à une chronique dans La Presse

Les transes de Lysiane Gagnon

Denis-Daniel Boullé
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photo DDB

On le sait, la chroniqueuse de La Presse s’est souvent pris les pieds dans les couleurs du tapis arc-en-ciel. Mais au lieu d’avoir appris de ses chutes lamentables, elle persiste à nous donner son point de vue, tout proche de la doxa populaire sur les minorités sexuelles. Retour sur sa chronique publiée dans La Presse du 27 novembre 2014 sous le titre : Un amalgame trompeur.


Première transe : L’ignorance conduit au mépris

« Le plus grand ennemi de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion de la connaissance. » Déclarait Stephen Hawking. Et c’est au nom de cette illusion de la connaissance que Lysiane Gagnon nous sert un ramassis de clichés des plus élémentaires. En commençant par l’utilisation d’un vocable du registre familier mais qui n’a pas sa place dans une chronique de La Presse.  L’expression  Les trans  revient souvent  sous la plume de Lysiane Gagnon. La décence aurait voulu qu’elle parle des personnes trans, et enlever toute connotation de condescendance.

Seconde transe : La maladie

Autre grand cliché selon la chroniqueuse : « Les trans, au contraire, souffrent de profonds problèmes d’identité sexuelle ». Notons déjà la confusion entre identité sexuelle et identité de genre qui ne semble pas résonner dans la tête de la chroniqueuse. Quant aux profonds problèmes d’identité dont souffriraient les personnes trans, nous tombons dans le registre de la pathologie mentale alors qu’il aurait été si simple de rappeler encore l’incapacité de la société à accepter une personne à s’autodéterminer dans le genre qui lui convient. Tout dans la société la dissuade d’aller de l’avant, la famille, l’école, l’administration et bien entendu l’État. Tout le cadre dans lequel la personne trans doit encore évoluer est parsemé d’embûches, de rebuffades, de moqueries, voire de haine. On aurait des troubles à moins que cela.

Troisième transe : La division artificielle

Tout à fait étonnant aussi de lire que : « Non seulement leurs (celles des personnes trans) revendications n’ont rien à voir avec celles des homosexuels, elles vont parfois contre les intérêts et les désirs de ces derniers ». La moindre rigueur journalistique aurait voulu que la Dame développe cette assertion puisque que nous voyons pas à quoi elle fait référence. En quoi les revendications des personnes trans vont-elles à l’encontre de celles des gais et des lesbiennes ? Et s’il y a des revendications spécifiques, entre autres quant à l’état civil, il y a des revendications communes comme la lutte contre la discrimination liée à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle.

Quatrième transe : Le triomphe de la nature

Lysiane Gagnon oppose la femme « biologique » à la femme trans.  Ce qui sous-entend  le primat du biologique sur la définition de c’est qu’un homme de ce qu’est une femme. Cette opposition impose une hiérarchie entre les femmes biologiques, les vraies, déterminées par la nature, et les fausses, les femmes trans. Une vision essentialiste qui tendrait aussi à réfuter qu’une femme trans ne pourrait être qu’une transfuge du fait de son sexe biologique à la naissance.

Cinquième transe : l’anachronisme

Lysiane Gagnon n’a pas dû voir passer les trente dernières années. Si dans les années quatre-vingts, des divergences ont pu apparaître au sein des différentes composantes du sigle LGBT, et si les personnes trans n’étaient pas tellement représentées dans les différents organismes LGBT, la situation a notablement changé ces dernières années. Et ce n’est pas parce que « les homosexuels ont généreusement accepté de laisser les trans s’accrocher à leur bateau » comme elle l’écrit. Mais bien parce que les personnes trans se sont imposées, ont fait entendre leurs voix, et que des gais et des lesbiennes allié-e-s, les ont soutenues, convaincu-e-s du bien-fondé de leurs revendications et de leur apport inestimable dans la réflexion sur le genre. Lysiane Gagnon semble oublier le substrat commun à toutes les minorités sexuelles, et le développement d’une culture commune longtemps underground et un peu plus visible aujourd’hui. Sans oublier peut-être, incidemment en passant, la solidarité. Les personnes LGBT ne luttent plus forcément de façon corporatiste (lesbiennes d’un côté, gais de l’autres) ou pour une reprendre une expression très tendance, en silo.

Autant d’erreurs dans une même chronique relève presque de la performance. Une bouillie trompeuse qui n’honore pas son auteure et qui risque de miner sa crédibilité.