Par ici ma sortie

Rêver 2015

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Denis daniel boule

Décembre : le temps de quelques jours, on fait une pause. On essaie de recharger les batteries, de se remonter le moral et de croire en partageant, chaleur, amitié, amour, avec ses proches qu’ils soient biologiques ou non, que nous pourrions avoir un monde meilleur. Et peut-être de le construire ensemble dès janvier 2015. Décembre c’est aussi le mois des bilans, des prévisions, et des résolutions. La seule résolution que je tiens chaque année, c’est celle de n’en prendre aucune. Côté prévisions pour l’année 2015, je ne lis pas dans les boules de cristal, ni dans les boules de Noël. Les seules boules qui m’intéressent viennent le plus souvent par deux et sont poilues ou rasées (Ceci pour vous mettre dans le temps des fêtes, mais plutôt fin de party bien arrosé). Quant aux bilans pour nos communautés, je ne pense pas que les miens soient si différents des vôtres.

Donc, je peux me rabattre sur les souhaits, une fois les traditionnels rappelés, amour, santé et prospérité. Mon souhait se fonde sur des commentaires entendus lors de nombreuses conférences, ateliers au cours de l’année sur la sérophobie, l’homophobie et la transphobie. En fait beaucoup se plaignaient que dans nos communautés, nous participions aussi dans  une certaine mesure à ses trois fléaux. Généralement envers d’autres composantes de notre propre communauté, des gais perpétuant des préjugés sur les lesbiennes, les personnes trans, ou encore à l’intérieur même d’une composante (la sérophobie, l’âgisme, le jeunisme, l’efféminement). Le plus souvent ce sont des plaisante-ries, mais leurs répétitions, leurs fréquences témoignent d’un malaise ou même d’une ignorance des réalités des uns et des autres, de leurs attentes, de ce qu’ils et elles sont généralement. Je m’en voudrais de ne pas évoquer le racisme, beaucoup plus fréquent encore qu’on ne le pense. 
 
Si nous sommes prompts à réagir quand dans les médias généralis-tes, des déclarations de journa-listes ou de chroniqueurs nous choquent, au point d’organiser des ma-nifestations devant les bureaux d’un quotidien ou encore de demander à ce que des excuses officielles soient présentées. Que faisons-nous quand les mêmes préjugés, les mêmes clichés et les mêmes faussetés sont tenus à l’intérieur de nos communautés. On a tous en mémoire la chronique de Lysiane Gagnon. Mais que faisons-nous lorsque ce sont des Lysianne Gagnon gaies, lesbiennes, trans… qui tiennent les mêmes propos ? Nous restons particulièrement silencieux. 
 
Heureusement, le temps est fini où la connaissance des leaders de la communauté  LGBTI, en ce qui a trait aux réa-lités différentes des leurs, frôlaient le degré zéro. Par le passé, ils roulaient pour eux seuls et ne voyaient pas l’intérêt d’intégrer les revendications des autres composantes de nos communautés en justifiant souvent leur attentisme sous des prétextes qui ne résistaient pas à une analyse un peu serrée de la situation. Combien de fois ai-je entendu ces derniers dire : la société n’est pas prête, les gens ne compren-­draient pas. L’histoire leur a donné tort. 
 
Personne à l’époque ne s’est élevé contre eux. Personne n’a remis en question que lorsqu’ils s’exprimaient au nom des communautés, ils faisaient parfois plus de tort que de bien. Bien sûr, dans les couloirs, on se plaignait, on trépignait… mais on ne les confrontait pas. Stratégie, pour ne pas apparaître comme désunis ? Ou manque de courage ? À quel point nos silences face aux Lysiane Gagnon dans nos communautés ne nous ont pas rendus complices de leurs agissements ? 
 
Il faut reconnaître un grand mérite au directeur-général sortant du Conseil québécois-LGBT, Steve Foster. Quand il a repris l’agonisante Table de concertation des gais et des lesbiennes, personne n’aurait parié un 25 cents sur ses chances de réussite. De plus, Steve Foster n’avait qu’une connaissance très superficielle de nos communautés, des problématiques et des dossiers à porter. Mais contrairement à ceux qui pensent tout savoir, il a fait ses classes, il a rencontré, discuté, parlé. Il s’est même s’entouré de personnes lui permettant d’avoir une vue plus claire des différents dossiers. Steve Foster écoute, je vous l’assure, sauf moi bien entendu. Plus sérieusement, il ne connaissait rien aux réalités des minorités ethniques, aux réalités des personnes trans, mais il est allé à leurs rencontres, s’est assis avec eux. Il laisse, en plus de ses différentes réalisations, un milieu communautaire plus solidaire, et plus enclin à développer des initiatives communes et bien entendu un Conseil devenu un interlocuteur crédible et incontournable face aux décideurs. Bien sûr, je ne construis pas une crèche arc-en-ciel avec un Steve Foster en chérubin dans le berceau, une cigarette au bec et une bière dans une main, entouré d’autres représentants d’organismes qui font un travail remarquable. On sait qu’il y a encore des réticences, des mécontentements, mais Steve a réussi à réunir, à slalomer entre les égos des uns et des autres. Au-delà de son caractère chialeux, de nous avoir montré à quel point il était photogéni-que, Steve a résolument œuvré pour nos communautés, parce qu’il a su dès le départ, ne pas se laisser porter par la petite Lysiane Gagnon qui s’agitait en lui. En fait, il a fait sa job, et il l’a bien faite. 
 
Nous souhaiterions que tous et toutes nous fassions le même parcours par rapport aux préjugés, que nous soyons un peu plus curieux aussi de ce qui vivent les autres, que nous soyons plus ouverts à l’autre. Et n’est-ce pas un des messages de Noël, et ce, toute religion confondue, et toute appartenance confondue. 
 
Donc une très bonne année à vous tous avec plein de boules. Faites comme moi choisissez celles qui vous plaisent le plus.