« Le Point G » de Christophe Madrolle

CHANSONS ET PANSEXUALITÉ

Étienne Dutil
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Christophe

Auteur-compositeur et interprète, Christophe Madrolle a 26 ans et diffuse depuis quelques mois son second CD, Le Point G, intitulé prometteur dont les inspirations sont multiples, admet-il. « Je me laisse porter par les opportunités de la vie et j’écris sur des sujets qui me touchent. »

« J’ai fait le choix il y a quelques années de vivre mon orientation sexuelle; et assumer son choix, c'est toujours risqué. Un artiste est souvent soumis à la critique qui est parfois très dure, surtout quand il s’agit de parler de la sexualité. Mais on se fera critiquer toujours, quoi qu’on fasse, alors… Je voulais avant tout être honnête envers ceux qui m'écoutent, car je crois à la valeur de notre vérité. C’est dans cet esprit-là que j’avais écrit dans la tribune du Nouvel Observateur avant le grand débat sur le mariage pour tous. J’ai d’ailleurs été soumis à des critiques très violentes. »
 
Ayant grandi dans ce qu’on appelle la France profonde, celle des terroirs, près d’Issoudun dans la région Centre, ces origines modestes l’ont amené à apprendre par lui-même et à s’enrichir de ses propres expériences. C’est en décrochant son premier rôle à 16 ans dans la comédie musicale Toute la vie en parle qu’il commence sa carrière artistique. « Cela a été l'événement déclencheur. La première fois, j'étais pétrifié, mais il y a eu un déclic. Puis j’ai commencé, un peu tard c’est vrai, le conservatoire. J’apprends mon métier en autodidacte.» Jusqu’à 18 ans, il a préparé un bac scientifique… option musique ! 
 
L’aventure parisienne
Il quitte le foyer familial pour Tours où il fréquente l'école de jazz. Il devient choriste et cachetonne dans des concerts Gospel pendant 2 ans dans le groupe Rejoice et le Tours Gospel Choir de l'association Gospel Aujourd’hui. Grâce à différentes rencontres, il commence alors à construire son univers musical. Puis se lance dans l’aventure parisienne. Ces cachets de figurant ou de silhouette en télé et au cinéma, et les ventes de l'album et des remix sont réinvestis dans la réalisation des vidéos clips. C'est le secret de cette autoproduction qui fonctionne… entre deux contrats comme designer de sites web.
 Christopher
Il sort Grafitures son premier album en 2009, un CD intime et mélodieux, qui connaîtra le succès franc d’un album autoproduit. Suit Le Point G, un CD 12 titres où l’on découvre le malin plaisir de l’artiste à semer le doute sur ses préférences et ses références. Il y raconte une histoire inspirée de sa propre vie et des quotidiens de la communauté LGBT : les rencontres sur le net, les MST, la recherche d'identité, le coming out, etc. «Le Point G n’est pas un album gai à proprement parler, même si on y parle beaucoup de bisexualité. Je tenais surtout à toucher les personnes concernées.»
 
Génération pansexuelle
« Je suis pansexuel, j'aime les hommes, les femmes, les trans, etc.; je fais partie de cette génération qui accepte mal qu’on lui impose des frontières; géographiques, sociales ou plus intimes. La pansexualité est pour moi une philosophie de vie : le genre importe peu, c'est la personne qui compte ! » Le terme "pansexualité" pourrait-il être traduire en français le mot Queer? « Queer est un mot, et ce mot est déjà une étiquette ! » rappelle Christophe. « Quand on me demandait où je me situais sexuellement, je ne disais pas que j’étais bi. L’idée ne me plaisait pas, car cette catégorie me semblait exclure certaines personnes. »
 
« Je n’ai d’ailleurs pas fait de coming out, je n’en ai pas eu besoin, car tout le monde sait que je suis pansexuel. Mes amis ont écouté mes morceaux, ils ont vite compris. La pansexualité se traduit par une attirance sexuelle et sentimentale, sans considération pour le genre ou le sexe. C’est une définition standard. Mais c’est moi ça ! Il y a un an de cela, je ne savais même pas que ce terme existait. Je l’ai découvert par hasard sur Internet. J’ai trouvé ce terme beau et je me suis intégralement reconnu là-dedans. »
 
Christopher MadrolleDes chansons contre l’homophobie
Artiste engagé, Christophe soutient la lutte contre les discriminations et l'égalité des droits quelque soit l'orientation sexuelle. Il avait organisé une opération Calins gratuits pendant la Marche des Fiertés cette année à Paris. « C'est une façon de lutter à ma manière contre l'homophobie. Je remarque depuis quelques mois, une poussée, une montée grave de l’homophobie, agressive et sans honte. Il n’y a plus d’inhibitions à dire qu’on est homophobe ou Front national », observe Christophe Madrolle.
 
« Je suis actuellement en mode de promotions et concerts, mais j’écris, je compose et je prépare un nouveau projet et, notamment, un nouvel album. » Des projets, dont des tournées dans les discothèques. « Certains des plus grands ont commencé par là. Boîte de nuit ou piano-bar, on trouve dans ces lieux une réelle proximité avec le public. » Son nouveau clip, L’Erreur, est sorti le 24 septembre dernier. Une vidéo qui revendique une certaine ouverture d’esprit et s’adresse à un public averti.