Ralliement / Outing

La visibilité des homos du FN passe mal à l'extrême droite

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L'arrivée médiatisée au sein du Rassemblement Bleu Marine de Sébastien Chenu, ex-cadre de l'UMP et militant homosexuel, et l'outing du numéro deux du Front National, Florian Philippot, provoquent des remous au sein de la formation d'extrême droite.

L'arrivée de Sébastien Chenu, officialisée vendredi dernier, ne s'est pas faite sans heurts. Lors d'un bureau politique (BP) le même jour, plusieurs ténors du parti, dont la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen et la vice-présidente Marie-Christine Arnautu, se sont interrogés sur la «sincérité» de ce ralliement, mais ont aussi dit leur crainte qu'il ne fasse au sein du FN du «communautarisme» homosexuel.

Le cofondateur de GayLib représente, selon Bruno Gollnisch, « tout ce que nous avons combattu », ironisant: « Je sais bien que Saint Paul est subitement devenu un apôtre du christianisme sur le chemin de Damas... »

Lors du BP, le chef des eurodéputés Aymeric Chauprade a été lui jusqu'à dénoncer la présence d'un « lobby gai » au sein du FN. La presse d'extrême droite fustige également cette évolution. « Le néo-FN est une vraie cage aux folles », lâche ainsi Rivarol.

Présentant Sébastien Chenu à la presse comme futur patron, avec le député Gilbert Collard, d'un collectif culture au sein du Rassemblement Bleu Marine (RBM), Marine Le Pen a reconnu des « interrogations » internes (photo).

Ce ralliement et ce outing sont inhabituels et paradoxaux au sein d'un parti qui a longtemps été marqué par les saillies homophobes de Jean-Marie Le Pen.

Le cofondateur du parti d'extrême droite qualifiait en 1984 l'homosexualité « d'anomalie biologique et sociale ». Depuis, il a donné le « la » dans le parti: l'homosexualité doit rester cantonnée à la vie privée. « Pas de surveillance des braguettes » dans le parti, a-t-il précisé en 1995, mais rejet de toute « homosexualité militante ».

Il déclarait ainsi cet été devant deux journalistes qu'« au FN il y a pas mal d'homosexuels ». Pas d'opposition à cela, « à partir du moment où ils ne mettent pas la main dans ma braguette », ajoutait-il toutefois.

Mais avec l'arrivée de sa fille à la tête du parti, selon un cadre gai, c'est devenu « plus facile » d'avoir cette orientation sexuelle au FN. Celle qui avait dit de manière remarquée en 2010 que « dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc » s'était pourtant aussi demandé si ouvrir le mariage aux homosexuels ne conduirait pas à l'autorisation de la polygamie.

Mais alors que le parti UMP est divisé sur le « mariage pour tous », Marine Le Pen s''est toujours dite opposée à l'ouverture du mariage aux homosexuels, y préférant un « PaCS amélioré ».

Les homos du FN et du RBM sont donc prévenus; quoi qu'ils en pensent, la visibilité et la défense des droits LGBT n'a pas sa place à l'extrême droite.